samedi 19 septembre 2026

« Quand la gauche reprend confiance », l’éditorial de Sébastien Crépel.



La Fête de l’Humanité des 11, 12 et 13 septembre s’est ouverte dans un climat de doute sur la capacité de la gauche à incarner l’alternative en 2027, alimenté par les fractures dans son camp et par sa faiblesse structurelle face une extrême droite à la domination écrasante. D’aucuns pouvaient légitimement redouter que le rassemblement annuel organisé dans l’Essonne par notre journal tende un miroir grossissant de ces failles et de ces difficultés.

À la satisfaction générale, les trois jours d’affluence exceptionnelle au fil des quelque 400 débats ont déjoué les pronostics de pugilat à gauche, ce travers auquel celle-ci s’est si régulièrement laissée aller dans son histoire. Au lieu de cela, la Fête a révélé l’existence de forces encore largement insoupçonnées ou, à tout le moins, mésestimées, sur laquelle la gauche doit compter pour espérer l’emporter, en particulier ces dizaines de milliers de jeunes en recherche de solutions politiques. Et elle a révélé aussi une maturité qui avait – osons le dire – parfois manqué cruellement ces dernières années.

Tous les problèmes n’ont certes pas disparu comme par magie. Malgré la célébration commune du Front populaire, les désaccords subsistent, à la fois stratégiques et programmatiques, entre communistes, socialistes, insoumis et écologistes. Mais le nombreux public de la Fête de l’Humanité – plus d’un demi-million de visiteurs en un week-end – a démontré sa capacité à les affronter avec un sang-froid et une sérénité qui forcent le respect.

Un problème existentiel et une solution collective

Nulle invective ni polémique stérile – ou si peu – n’est venue ternir le climat fraternel d’écoute et de débat, et si tous ne feront pas la campagne présidentielle ensemble, tant s’en faut, chaque candidat ou aspirant à le devenir a d’abord concentré ses efforts et son propos sur le danger imminent d’une victoire de l’extrême droite flanquée de la droite, et la nécessité de le déjouer.

À l’heure du bilan de ces trois jours de réjouissances, quels enseignements peut-on en retenir ? La force d’attraction du candidat aujourd’hui placé en tête de la gauche ne s’est pas démentie. La foule débordant du chapiteau de l’Agora de l’Humanité, où il était invité, a montré l’intérêt intact que suscitent les prises de parole de Jean-Luc Mélenchon, notamment chez les jeunes. Au point de conforter l’intuition, à l’unisson des enquêtes d’opinion, que le second tour peut être à portée de main.

Cela explique sans doute pour beaucoup que l’esprit de clocher ait reflué pour laisser place au regain de confiance chez le peuple de gauche. Et que la coexistence de plusieurs candidatures commence dès lors à être vue non plus comme un frein, mais comme un possible atout. Celle de Fabien Roussel en particulier, dont l’écho, résonnant dans toute la Fête où les communistes sont naturellement chez eux, a souligné le potentiel de mobilisation d’électeurs de milieux populaires en mal de représentation.

Libérée de la peur d’être éliminée à coup sûr du duel final, la gauche pourrait alors envisager lucidement l’effort primordial qu’elle doit accomplir, aujourd’hui masqué par la compétition sans merci du premier tour : celui de briser le plafond de verre des 30 % qui la condamne à échouer au second tour face à l’extrême droite.

Cette question, à laquelle la gauche se heurte, les journalistes de l’Humanité l’ont posée au leader des insoumis comme aux autres représentants de la gauche. Aucun pris isolément n’a de réponse convaincante à ce problème existentiel pour la gauche et pour le pays. Comme souvent, la solution ne peut être que collective. Élargir ce socle, plutôt que de se phagocyter entre eux : tel est le défi vital lancé aux candidats de gauche. La Fête de l’Humanité en a constitué un premier test encourageant.

 

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