vendredi 18 septembre 2026

« Permanence(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.



ESPRIT. Après une Fête de l’Humanité vécue à un rythme endiablé, notre sentiment tient toujours en une question : comment la « poursuivre » et en garder le « chemin » ? Formulée autrement : comment préserver jusque dans les moindres détails sa diversité, sa richesse, bref sa démesure que les années d’expérience nous rendent plus évidente que jamais ? En somme, comment chérir l’esprit de la Fête « hors la Fête », pour que sa tonicité ne s’évanouisse pas ?

« Maturité et jeunesse », selon les mots du président des Amis de l’Humanité, Ernest Pignon-Ernest. « La Fête ? Un concentré vivant de ce que l’Humanité – et nous toutes et tous – ne devrait jamais cesser d’être toute l’année », d’après Monique Pinçon-Charlot. « Une foule rebelle et intelligente », pour Bernard Lavilliers. Quant à Gérard Mordillat, pas de doute : « Ici, avec le public, mille fleurs s’épanouissent, mille interrogations se posent. C’est unique en son genre ! »

PEUPLE.  Comment ne pas tenter d’en être à la hauteur, sans négliger l’urgence du calendrier politique ? Et si, derrière les estrades démontées, les stands rangés, les dernières chansons et la poussière des allées, quelque chose continuait de battre, obstinément, dans les têtes et dans les cœurs ? Comment empêcher que cette énergie, cette fraternité, cette curiosité, cette colère et cette joie ne s’évanouissent avec les derniers feux de septembre ?

Car la Fête n’est pas seulement un rendez-vous. Elle est une expérience qui rend visible ce que notre époque s’acharne à rendre invisible : la possibilité d’être des centaines de milliers sans être semblables, de discuter, de confronter les idées, de « faire peuple » sans demander à chacun d’abandonner ce qu’il est. Elle transforme la foule en communauté provisoire, telle une promesse durable. Voilà peut-être son secret : nous rêvons la Fête, mais la Fête nous rêve aussi.

APERÇU. Dans un monde saturé de solitudes, de concurrence et de résignation, la Fête demeure un espace où l’intelligence collective n’a rien d’un slogan. Elle se voit. Elle s’entend. Elle se partage. Débats, livres, musique, conversations improvisées, rencontres, repas, engagements, tout concourt à cette étrange alchimie où le politique retrouve quelque chose de profondément humain.

Le peuple n’y est pas une abstraction statistique, une catégorie de sondage ou une variable électorale. Il est là, debout, contradictoire, rieur, parfois furieux, toujours vivant. Voilà pourquoi l’après-Fête ne devrait jamais être un retour à la normale. Cette « normalité » hideuse de la société, qui atomise, qui sépare, qui oppose, qui transforme chaque voisin en concurrent et chaque citoyen en spectateur.

La Fête propose exactement l’inverse : sortir de la passivité, reprendre possession du temps, de la parole, de la culture, du débat et, surtout, de l’à-venir. Alors, pourquoi ne pas l’écrire franchement, comme le clame Monique Pinçon-Charlot : « Décrétons la Fête de l’Humanité permanente ! » Nous ne sommes pas encore en mesure de déterminer la figure même de l’Humanité que nous annonçons et promettons. La Fête n’a pas cette prétention. Mais elle en donne un aperçu, en éprouve la possibilité. Mieux, elle en esquisse la silhouette.

 

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