Des dizaines de
kilos de pommes de terre volés en pleine nuit, des rangs de poireaux vidés, des
vergers dépouillés… Les vols de légumes en plein champ et le siphonnage de
réservoirs font désormais les titres des 20 heures. La pomme de terre,
produit populaire par excellence, est devenue une cible convoitée.
Certes, tous
les voleurs ne sont pas des Jean Valjean et une partie de ces actes relève du
brigandage crapuleux. Mais le simple fait que voler des patates pour alimenter
un marché parallèle soit rentable, et justifie le risque, démontre à quel point
les produits alimentaires de base sont considérés comme hors de prix pour une
partie croissante de la population.
Un système où produire des légumes ne permet plus d’en
vivre
Vol organisé et
glanage sauvage illustrent l’appauvrissement qui frappe le pays. L’inflation
alimentaire a provoqué un choc dépassant les 20 % en cumulé depuis 2021,
avec des flambées à plus de 30 % sur certains produits de base.
Parallèlement, l’explosion des dépenses contraintes asphyxie les ménages.
Conséquence :
l’aide alimentaire explose (la barre des 2,4 millions de bénéficiaires a
été largement franchie par les grandes associations) et les vols se
multiplient. Ramasser des patates sous la lune relève, pour une part
grandissante de la population, d’une stratégie de survie ou d’un commerce
d’appoint informel.
Mais ce
phénomène révèle aussi un face-à-face tragique. Pour le pilleur nocturne,
l’agriculteur représente souvent une ressource inépuisable. Rien n’est plus
faux. Le paysan qui découvre ses champs dévastés est pris dans le même étau
financier. Pris en tenaille entre l’envolée de ses coûts de production,
l’énergie hors de prix et la pression des distributeurs, l’agriculteur voit ses
marges écrasées. Près d’un exploitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.
Quand une
récolte est volée, c’est le travail d’une année qui s’évapore, sans aucune
indemnisation des assurances, qui ne couvrent pas les vols en plein champ.
Victimes et auteurs partagent la même tragédie : celle d’un système
économique où produire des légumes ne permet plus d’en vivre dignement, et où
travailler ne suffit plus pour s’en acheter.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire