lundi 28 septembre 2026

« Quand le vol de pommes de terre raconte comment la pauvreté gagne du terrain », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Des dizaines de kilos de pommes de terre volés en pleine nuit, des rangs de poireaux vidés, des vergers dépouillés… Les vols de légumes en plein champ et le siphonnage de réservoirs font désormais les titres des 20 heures. La pomme de terre, produit populaire par excellence, est devenue une cible convoitée.

Certes, tous les voleurs ne sont pas des Jean Valjean et une partie de ces actes relève du brigandage crapuleux. Mais le simple fait que voler des patates pour alimenter un marché parallèle soit rentable, et justifie le risque, démontre à quel point les produits alimentaires de base sont considérés comme hors de prix pour une partie croissante de la population.

Un système où produire des légumes ne permet plus d’en vivre

Vol organisé et glanage sauvage illustrent l’appauvrissement qui frappe le pays. L’inflation alimentaire a provoqué un choc dépassant les 20 % en cumulé depuis 2021, avec des flambées à plus de 30 % sur certains produits de base. Parallèlement, l’explosion des dépenses contraintes asphyxie les ménages.

Conséquence : l’aide alimentaire explose (la barre des 2,4 millions de bénéficiaires a été largement franchie par les grandes associations) et les vols se multiplient. Ramasser des patates sous la lune relève, pour une part grandissante de la population, d’une stratégie de survie ou d’un commerce d’appoint informel.

Mais ce phénomène révèle aussi un face-à-face tragique. Pour le pilleur nocturne, l’agriculteur représente souvent une ressource inépuisable. Rien n’est plus faux. Le paysan qui découvre ses champs dévastés est pris dans le même étau financier. Pris en tenaille entre l’envolée de ses coûts de production, l’énergie hors de prix et la pression des distributeurs, l’agriculteur voit ses marges écrasées. Près d’un exploitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.

Quand une récolte est volée, c’est le travail d’une année qui s’évapore, sans aucune indemnisation des assurances, qui ne couvrent pas les vols en plein champ. Victimes et auteurs partagent la même tragédie : celle d’un système économique où produire des légumes ne permet plus d’en vivre dignement, et où travailler ne suffit plus pour s’en acheter.

 

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