Il y a des chiffres qui donnent le tournis et révèlent à
eux seuls l’injustice sociale d’une politique gouvernementale à bout de
souffle. Cinquante-quatre milliards d’économies annoncées par le premier
ministre dans le prochain budget. Cinquante-quatre milliards arrachés, pour
l’essentiel, aux retraites, aux aides au logement des plus modestes et des
familles, aux frais d’université de nos jeunes et des étudiants internationaux,
aux arrêts maladie, aux salaires et aux conditions de travail des agents
publics. Cinquante-quatre milliards prélevés sur celles et ceux qui tiennent le
pays à bout de bras, qui soignent, qui enseignent, qui protègent, qui
maintiennent debout ce qui reste de la cohésion sociale de notre pays. Sur les
54 milliards, six sont pris sur les retraités, véritables cibles du
gouvernement, affublés du statut de privilégiés comme les cheminots avec leur
statut ou les gaziers et électriciens qui bénéficient du tarif agent, remis en cause
actuellement. Pourtant, les retraités font partie des essentiels du pays,
notamment en prenant de leur temps pour faire vivre en tant que bénévoles le
tissu associatif et sportif partout sur le territoire.
Et, face à cela, le silence et l’inaction. Un silence
assourdissant sur les 211 milliards versés, année après année, aux entreprises
sans transparence, ni évaluation, ni conditionnement. Pas 1 euro repris. Pas
une condition renforcée. Pas même l’esquisse d’un effort symétrique. Ce
contraste n’est pas un accident de parcours, ni un oubli. Il constitue, en
réalité, le coeur de la politique macroniste. Le macronisme n’est pas seulement
une méthode de gouvernement. C’est un choix de société qui, sous le vernis de
la modernité et de la responsabilité budgétaire, redessine sans cesse la carte
des sacrifices.
Matraquer le peuple de mesures antisociales, pour
épargner les grandes entreprises et les milliardaires du pays. Les premiers
ministres se succèdent en tenant toujours le même discours. La dette nous menace
et il faut donc rétablir les comptes publics. On invoque la dette comme une
divinité inflexible. On parle d’effort collectif. On répète que « tout le monde
doit contribuer ». Tout le monde… à l’exception de ceux qui, depuis des années,
accumulent dividendes, superprofits et niches fiscales sans que le regard
public ne s’attarde longtemps sur eux.
Les mêmes entreprises qui,
hier, recevaient sans condition les largesses de l’État, sont aujourd’hui
préservées de toute contribution nouvelle. Comme si l’argent public, une fois
versé au capital, devenait intouchable, tandis que celui destiné à la
protection sociale restait, par nature, compressible. Il y a là plus qu’une
injustice comptable. Il y a une conception du bien commun. Une conception qui
considère que la prospérité des grands groupes constitue, en soi, un objectif
supérieur, et que le reste de la société doit s’adapter à cette exigence.
Les retraités deviendront plus pauvres, les malades plus
fragiles, les fonctionnaires plus précaires : peu importe, pourvu que le flux
des aides aux entreprises ne se tarisse pas.
On nous dira que c’est le
réalisme. Mais le réalisme n’est jamais neutre. Il désigne toujours ceux qu’il est
acceptable de faire payer. Dans cette hiérarchie des souffrances, le macronisme
a tranché. Il a choisi de protéger le capital plutôt que de défendre les forces
du travail. Un tel choix n’est pas une fatalité économique. C’est une décision
politique. Et comme toute décision politique elle peut, et surtout doit, être
contestée. Il est temps d’imposer dans le débat l’idée d’une autre répartition
des richesses, des pouvoirs, des savoirs.

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