Chaque automne,
c’est le même scénario : un gouvernement illégitime qui ne repose sur
aucune majorité propose au Parlement un budget tout aussi illégitime, fait de
coupes rases dans les besoins essentiels. Un seul impératif – la dette ! –
vaut tous les sacrifices. L’an dernier, on a eu droit à un interminable et
lassant feuilleton, rythmé par les atermoiements du PS. Cette fois, c’est un
arc droite-RN qui se dessine pour faire avaler la potion la plus amère jamais
conçue.
54 milliards d’euros, 10 de plus que le plan d’austérité sur lequel le
gouvernement Bayrou était tombé. Tout y passe : les retraites, les
salaires des fonctionnaires, les aides au logement, les allocations familiales,
les remboursements de soins, les indemnités d’arrêts maladie. Ça ne vous
rappelle rien ? « Prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944
et 1952, écrivait feu le vice-président du Medef, Denis Kessler, en 2007. Il
s’agit aujourd’hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national
de la Résistance. »
L’extrême droite est l’alliée idéale pour cette basse
œuvre
La dette a bon
dos. Hier, c’était « le décrochage de notre nation ».
L’extrême droite est l’alliée idéale pour cette basse œuvre. Écoutons Zemmour,
il dit tout haut ce que Le Pen pense tout bas. Le prix du carburant, lui, n’a
pas de couleur. Tout le monde se saigne pour aller travailler. 2,40 euros
le litre. Et il faudrait s’en remettre à la charité de Total, qui fait du
chantage aux impôts.
Il existe
pourtant des marges de manœuvre pour réduire la dette tout en préservant le
modèle social. 211 milliards d’euros par an sont versés aux entreprises.
Il ne s’agit pas de renoncer aux aides quand elles constituent un levier pour
décarboner et réorienter l’économie.
Mais même les
parlementaires s’avouent incapables de les évaluer et votent les budgets « à
l’aveugle », comme l’explique le sénateur et
directeur de l’Humanité, Fabien Gay, dans son livre 211 milliards (l’Atelier). Pourquoi ne
pas déduire les aides des dividendes aux actionnaires ? En commençant par
récupérer, sur les 75 milliards d’exonérations de cotisations à la Sécu,
20 milliards qui ne « servent à rien » sur les salaires
dépassant une fois et demie le Smic, dixit les économistes de tous bords cités
dans l’ouvrage.

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