jeudi 30 juillet 2026

« Infantino pousse le football mondial dans un abîme mercantile », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Gianni Infantino ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Après avoir organisé le Mondial de foot « le plus lucratif » de l’histoire, main dans la main avec son copain Donald Trump, le patron de la Fifa rêve tout haut de vendre la Coupe du monde aux marchés financiers. Diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences…

Toutes ces sources de revenus seraient, selon le business plan dévoilé mercredi, gérées par une société commerciale – la Fifa Forward Enterprise – abondée, à hauteur de 20 % dans un premier temps, par des investisseurs privés. Le millionnaire suisse, en pleine campagne pour sa réélection en 2027, promet, en échange, quelques dizaines de millions d’euros supplémentaires aux fédérations nationales. Une carotte exceptionnelle, pour mieux faire avaler la logique de financiarisation qui se profile derrière.

Initiative après initiative, Infantino pousse le foot mondial dans un abîme mercantile, à contresens de la vocation originelle de la Fifa, association à but non lucratif. L’objet d’un fonds d’investissement n’est ni le sport, ni l’éducation populaire, ni la solidarité, mais le profit exponentiel.

Si des acteurs privés gèrent en toute opacité les revenus de la Coupe du monde, la pression pour augmenter les recettes sera constante : extension du Mondial, multiplication des sponsors et des compétitions, hausse des droits TV et de la billetterie, exploitation accrue des données des supporters…

De quoi rendre le football toujours plus prisonnier d’une logique de rentabilité et de croissance infinie. Bien éloignée des valeurs désintéressées d’universalité, de démocratisation et d’équité, que le dirigeant actuel de la Fifa trahit dans les grandes largeurs.

Faut-il le rappeler à Gianni Infantino ? Le football n’est pas né dans les salles de marché, mais sur les terrains vagues, dans les cités ouvrières, les cours d’école, les villages, les clubs associatifs. La Coupe du monde représente une part de notre mémoire collective. Des émotions partagées par des milliards de personnes. Un bien commun qu’il faut, plus que jamais, protéger de la prédation du capitalisme. Et de son messager qui ambitionne de transformer la machine à rêve en machine à cash.

 

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