mercredi 22 juillet 2026

Des montagnes de cash pour les entreprises, du flicage pour les plus précaires, l’éditorial de Cyprien Boganda.



Aux entreprises, la patrie reconnaissante. Et généreuse. Tous les ans, l’État les abreuve d’argent public (au moins 211 milliards d’euros pour l’année 2023, selon le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur le sujet, paru en juillet 2025), sans aucun contrôle ni contrepartie.

Comme il ne voulait pas être taxé de laxisme – ce si vilain mot que la droite réserve traditionnellement à la gauche –, le gouvernement a commandé un contre-rapport au Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, présidé par le très macroniste Clément Beaune. Lequel s’est empressé d’enterrer, ou plutôt d’entacher la lisibilité du sujet, en inventant un chiffrage à géométrie variable (82 ou 187 milliards d’euros selon les critères).

Les sanctions à l’égard des multinationales qui, chaque année, suppriment des emplois après avoir profité de la générosité nationale attendront, si tant est qu’elles arrivent un jour.

Apparent paradoxe de l’État libéral. Alors que les plus précaires sont sommés de rendre des comptes quant au moindre euro d’argent public dépensé (on vient d’apprendre que France Travail va traquer les potentiels resquilleurs à l’aide de l’intelligence artificielle), les entreprises empochent des montagnes de cash sans que personne n’y trouve à redire.

Pointilleux avec les faibles et oublieux avec les forts, le gouvernement a néanmoins validé le fait que, pour la première fois, les aides publiques aux entreprises seront annexées au projet de loi de finances dans une partie spécifique. Demi-mesure bienvenue, mais bien timide malgré tout.

Pour les syndicats patronaux, ce petit rien est déjà trop. Le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire propose une audacieuse opération de blanchiment sémantique : cessons de parler d’« aides » aux entreprises, puisqu’il s’agit après tout d’une simple compensation visant à atténuer un « coût » du travail exorbitant. La logique est séduisante, pour peu qu’on l’élargisse : et si on appliquait le même procédé aux « aides » sociales, au motif qu’elles ne font que compenser le coût astronomique de la pauvreté ?

 

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Des montagnes de cash pour les entreprises, du flicage pour les plus précaires, l’éditorial de Cyprien Boganda.

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