Aux entreprises, la patrie reconnaissante. Et généreuse. Tous les ans, l’État les abreuve d’argent public (au moins 211 milliards d’euros pour l’année 2023, selon le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur le sujet, paru en juillet 2025), sans aucun contrôle ni contrepartie.
Comme il ne
voulait pas être taxé de laxisme – ce si vilain mot que la droite réserve
traditionnellement à la gauche –, le gouvernement a commandé un contre-rapport
au Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, présidé par le très macroniste
Clément Beaune. Lequel s’est
empressé d’enterrer, ou plutôt d’entacher la lisibilité du sujet, en inventant
un chiffrage à géométrie variable (82 ou 187 milliards d’euros selon les
critères).
Les sanctions à
l’égard des multinationales qui, chaque année, suppriment des emplois après avoir profité de la générosité nationale
attendront, si tant est qu’elles arrivent un jour.
Apparent
paradoxe de l’État libéral. Alors que les plus précaires sont sommés de rendre
des comptes quant au moindre euro d’argent public dépensé (on vient d’apprendre
que France Travail va traquer les potentiels resquilleurs à l’aide de
l’intelligence artificielle), les entreprises empochent des montagnes de cash
sans que personne n’y trouve à redire.
Pointilleux
avec les faibles et oublieux avec les forts, le gouvernement a néanmoins validé
le fait que, pour la première fois, les aides publiques aux entreprises seront
annexées au projet de loi de finances dans une partie spécifique. Demi-mesure
bienvenue, mais bien timide malgré tout.
Pour les
syndicats patronaux, ce petit rien est déjà trop. Le Mouvement des
entreprises de taille intermédiaire propose une audacieuse opération de blanchiment sémantique : cessons
de parler d’« aides » aux entreprises, puisqu’il s’agit après tout
d’une simple compensation visant à atténuer un « coût » du travail
exorbitant. La logique est séduisante, pour peu qu’on l’élargisse : et si
on appliquait le même procédé aux « aides » sociales, au motif
qu’elles ne font que compenser le coût astronomique de la pauvreté ?

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