Les grands
discours de chefs d’État européens, à commencer par le président Macron, sur « l’Europe
forte » ou « l’Europe puissance » se révèlent n’être
que d’avariés gargarismes. Le refus de la condamnation
du rapt du président Maduro par les États-Unis, après les silences complices ou l’approbation de la
colonisation israélienne de la Palestine et la poursuite de la guerre éliminant
la population de Gaza, est une caution de plus à un monde sanglant où la force
remplace le droit.
Ces
approbations, ces complicités, ces silences contre le viol de la charte des
Nations Unies rendent impuissantes les institutions européennes. Les mots faux,
mille fois répétés, « alliés des États-Unis » ne sont qu’un voile qui
cache une vassalisation mortifère. Des fractions de la haute bourgeoisie et des
porte-voix des forces du capital européen commencent à s’en inquiéter, mais
refusent de tirer les conclusions des impasses actuelles.
Inféodation aux desiderata de l’imperium
Le rapport de
l’ancien président du conseil italien, puis de la Banque centrale européenne, a
alerté il y a plusieurs mois sur « la menace
existentielle » 1 qui pèse sur l’actuelle construction européenne, sans remettre en cause
ses fondements. Le dogmatique concept de « marché ouvert où la
concurrence est libre », alors que tous les continents se protègent
est devenu l’autoroute par laquelle à coups de délocalisations, de spéculation
et de fluctuations monétaires L’Europe est dépouillée de ses atouts industriels
et agricoles.
Et la
conception de la défense comme pilier européen de l’OTAN, soit l’inféodation
aux desiderata de l’imperium, empêche l’Union européenne d’agir pour faire
cesser des guerres comme on le voit en Ukraine, à Gaza et ailleurs. Voilà qui
conduit les dirigeants européens à n’utiliser aucun instrument
« anti-coercition » 2 pourtant à leur disposition vis-à-vis des mastodontes américains. C’est
ainsi que les dirigeants européens sapent la crédibilité des institutions
européennes et maintenant laissent contester le projet même d’organisation
continentale coopérative.
Source
d’inspiration du droit international, l’Europe serait « forte » si
elle se portait à la pointe de la défense du droit, de son utilisation et de la
valorisation de l’ONU. Cela lui donnerait une force considérable et lui
donnerait une aura positive auprès des peuples et de la majorité des États
membres de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Or, elle se
décrédibilise de plus en plus, trahissant les valeurs qu’elle prétend défendre
et en s’affranchissant de plus en plus des textes internationaux dont elle est
signataire : politique migratoire inhumaine et volonté désormais de
renvoyer des migrants vers des pays lointains ; accompagnement de la
politique de purification ethnique que mène Israël en Palestine ; silence
face aux crimes de guerre, crimes contre l’Humanité et présomption de crime de
génocide perpétrés par ce pays dirigé par une extrême droite décomplexée ;
soumission à la guerre commerciale et monétaire menée par le capitalisme
nord-américain ; réponse positive aux
demandes trumpistes de démantèlement de tous les lieux de régulation de
l’espace numérique et des
protections commerciales et environnementales, dont les dispositifs du pacte
vert européen.
Le sommet du
ridicule de cette vassalisation a été atteint avec ce déplacement au cœur de
l’été dernier de l’aristocrate Mme von der Leyen sur le terrain de golf
écossais de D. Trump pour accepter l’achat du pétrole et du gaz américains, des
armes américaines et un don de plus de 600 milliards de dollars aux
États-Unis pour conforter leurs industries après la piètre acceptation au
sommet de l’OTAN de consacrer 5 % des richesses produites dans chaque pays
membre de l’Union européenne à la course aux armements et son sombre
corollaire : « l’économie de guerre ».
Objectif de contrôle de « l’hémisphère
nord »
C’est la même
présidente de la Commission européenne qui a débarqué, avec l’accord d’E.
Macron, M. Thierry Breton de la Commission européenne parce qu’il avait
entrepris de vouloir garantir les droits des citoyens européens face aux
appétits du complexe numérique, et ne dit mot aujourd’hui des nouvelles
sanctions qui le frappent. Elle ne dit non plus mot des menaces qui frappent
des juges de pays européens à la cour pénale internationale ni du chantage fait à des
magistrats français à l’occasion du jugement en appel de Mme Le Pen et une cohorte de ses comparses jugées pour
détournement de fonds au détriment du Parlement européen.
Cette même
Europe soumise, qui impose à la Chine des sanctions dictées par le matamore
américain, place aujourd’hui nombre de ses petites entreprises et
d’agriculteurs dans la pire des situations, accélérant sa désindustrialisation
et perdant ses capacités de coopération. Et que dire du siphonnage de centaines
de milliards d’euros de l’épargne européenne au profit du grand capital
états-unien et de l’engagement de transférer au moins 600 milliards de
dollars dans l’industrie américaine ? Curieusement, les petites
chamailleries parlementaires sur le budget n’abordent jamais ces enjeux
cruciaux qui ont pourtant à voir avec la capacité de l’Europe et de La France de
conserver leur souveraineté.
Du discours de JD. Vance à Munich en
février 2024 au programme
pour « la stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique »
prévaut sur une même orientation agressive : d’un même pas, sont accélérés
le nationalisme et l’expansionnisme territorial, l’objectif de contrôle de
« l’hémisphère nord » et de détruire tout projet de coopération
européenne.
Une version
longue3 du document de
« stratégie de sécurité nationale » révélée par le site américain « Défense-One » 4 est d’autant plus inquiétante qu’elle est encore plus précise. On peut y
lire la volonté de démanteler le projet des Brics + et l’Union européenne
et de remplacer le G7 ou le G 20 par un nouvel instrument dénommé le
« Core 5 » composé des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de
l’Inde et du Japon pour une sorte de partage des zones d’influence en excluant
tous les pays de l’Union européenne ceux du continent africain ou de grandes
nations comme le Mexique et le Brésil.
Il projette,
noir sur blanc, de faire rompre rapidement quatre États membres de l’Union
européenne qui « combattraient l’immigration et défendraient la liberté
d’expression » : l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Pologne.
Cette orientation s’accompagne du soutien aux partis « voulant rétablir
les valeurs traditionnelles » soit les extrêmes droites.
Brandir haut le flambeau de la paix
Le projet
mondial de l’internationale réactionnaire et fascisante n’est donc pas secret.
Il se met en œuvre. Il défend la conception fantasmée d’une nation blanche,
sans immigration, refusant le multiculturalisme. C’est, pour une part, à ce
titre que l’Europe est sous les feux des critiques car prétendument vouée à « un
effacement civilisationnel ». Son grand tort ? Avec tout
l’Occident, elle aurait renoncé à ses empires et à ses colonies tout en
accueillant après la Seconde Guerre mondiale les ressortissants de ses
anciennes dépendances.
La guerre intra
capitaliste et inter impérialiste ne fait aucun cadeau. Il s’agit pour
l’imperium Nord-américain d’expulser les impérialismes européens du club des
grandes puissances mondiales pour en faire des périphéries et de simples
protectorats. Les fondements mêmes d’une construction européenne ultra-libérale
ouvrent cette possibilité. Les faiblesses endémiques d’une construction
technocratique, en dehors et contre les peuples, permettent la violence de
cette offensive, alors qu’une union des peuples et des nations coopératives et
solidaires, souveraines et associées, libérerait les forces de la création, de
la recherche et du travail pour des progrès de civilisation.
Car il ne faut
pas s’y méprendre, l’autre objectif trumpien, fer de lance des intérêts des
hautes bourgeoisies mondiales, est la destruction des conquis sociaux et
démocratiques, civilisationnels, culturels résultant des luttes des classes au
sein des pays européens et du rôle qui y ont exercé au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale les partis communistes, souvent avec des forces socialistes,
syndicales et autres mouvements progressistes. Ces conquis sont considérés
aujourd’hui comme dangereux à la Maison-Blanche comme au Kremlin.
Il est urgent
que les peuples brandissent haut le flambeau de la paix pour obtenir un projet de paix durable en
Ukraine, mais aussi pour empêcher un
sordide troc ou le laisser-faire permettrait aux Américains de faire main basse
sur le Groenland pendant que la guerre russe s’élargirait aux pays Baltes. La
géopolitique du Far-West doit être remplacée par une mobilisation des peuples
pour construire une solide architecture de sécurité commune sur tous les
continents, européens respectant la souveraineté de tous, tout en étant ouverte
à de nouveaux types de coopérations pour le bien-être humain et
l’environnement.

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