mercredi 14 janvier 2026

« Venezuela, Groenland, Gaza… Briser ce silence étouffant en Europe », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Les grands discours de chefs d’État européens, à commencer par le président Macron, sur « l’Europe forte » ou « l’Europe puissance » se révèlent n’être que d’avariés gargarismes. Le refus de la condamnation du rapt du président Maduro par les États-Unis, après les silences complices ou l’approbation de la colonisation israélienne de la Palestine et la poursuite de la guerre éliminant la population de Gaza, est une caution de plus à un monde sanglant où la force remplace le droit.

Ces approbations, ces complicités, ces silences contre le viol de la charte des Nations Unies rendent impuissantes les institutions européennes. Les mots faux, mille fois répétés, « alliés des États-Unis » ne sont qu’un voile qui cache une vassalisation mortifère. Des fractions de la haute bourgeoisie et des porte-voix des forces du capital européen commencent à s’en inquiéter, mais refusent de tirer les conclusions des impasses actuelles.

Inféodation aux desiderata de l’imperium

Le rapport de l’ancien président du conseil italien, puis de la Banque centrale européenne, a alerté il y a plusieurs mois sur « la menace existentielle » 1 qui pèse sur l’actuelle construction européenne, sans remettre en cause ses fondements. Le dogmatique concept de « marché ouvert où la concurrence est libre », alors que tous les continents se protègent est devenu l’autoroute par laquelle à coups de délocalisations, de spéculation et de fluctuations monétaires L’Europe est dépouillée de ses atouts industriels et agricoles.

Et la conception de la défense comme pilier européen de l’OTAN, soit l’inféodation aux desiderata de l’imperium, empêche l’Union européenne d’agir pour faire cesser des guerres comme on le voit en Ukraine, à Gaza et ailleurs. Voilà qui conduit les dirigeants européens à n’utiliser aucun instrument « anti-coercition » 2 pourtant à leur disposition vis-à-vis des mastodontes américains. C’est ainsi que les dirigeants européens sapent la crédibilité des institutions européennes et maintenant laissent contester le projet même d’organisation continentale coopérative.

Source d’inspiration du droit international, l’Europe serait « forte » si elle se portait à la pointe de la défense du droit, de son utilisation et de la valorisation de l’ONU. Cela lui donnerait une force considérable et lui donnerait une aura positive auprès des peuples et de la majorité des États membres de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Or, elle se décrédibilise de plus en plus, trahissant les valeurs qu’elle prétend défendre et en s’affranchissant de plus en plus des textes internationaux dont elle est signataire : politique migratoire inhumaine et volonté désormais de renvoyer des migrants vers des pays lointains ; accompagnement de la politique de purification ethnique que mène Israël en Palestine ; silence face aux crimes de guerre, crimes contre l’Humanité et présomption de crime de génocide perpétrés par ce pays dirigé par une extrême droite décomplexée ; soumission à la guerre commerciale et monétaire menée par le capitalisme nord-américain ; réponse positive aux demandes trumpistes de démantèlement de tous les lieux de régulation de l’espace numérique et des protections commerciales et environnementales, dont les dispositifs du pacte vert européen.

Le sommet du ridicule de cette vassalisation a été atteint avec ce déplacement au cœur de l’été dernier de l’aristocrate Mme von der Leyen sur le terrain de golf écossais de D. Trump pour accepter l’achat du pétrole et du gaz américains, des armes américaines et un don de plus de 600 milliards de dollars aux États-Unis pour conforter leurs industries après la piètre acceptation au sommet de l’OTAN de consacrer 5 % des richesses produites dans chaque pays membre de l’Union européenne à la course aux armements et son sombre corollaire : « l’économie de guerre ».

Objectif de contrôle de « l’hémisphère nord »

C’est la même présidente de la Commission européenne qui a débarqué, avec l’accord d’E. Macron, M. Thierry Breton de la Commission européenne parce qu’il avait entrepris de vouloir garantir les droits des citoyens européens face aux appétits du complexe numérique, et ne dit mot aujourd’hui des nouvelles sanctions qui le frappent. Elle ne dit non plus mot des menaces qui frappent des juges de pays européens à la cour pénale internationale ni du chantage fait à des magistrats français à l’occasion du jugement en appel de Mme Le Pen et une cohorte de ses comparses jugées pour détournement de fonds au détriment du Parlement européen.

Cette même Europe soumise, qui impose à la Chine des sanctions dictées par le matamore américain, place aujourd’hui nombre de ses petites entreprises et d’agriculteurs dans la pire des situations, accélérant sa désindustrialisation et perdant ses capacités de coopération. Et que dire du siphonnage de centaines de milliards d’euros de l’épargne européenne au profit du grand capital états-unien et de l’engagement de transférer au moins 600 milliards de dollars dans l’industrie américaine ? Curieusement, les petites chamailleries parlementaires sur le budget n’abordent jamais ces enjeux cruciaux qui ont pourtant à voir avec la capacité de l’Europe et de La France de conserver leur souveraineté.

Du discours de JD. Vance à Munich en février 2024 au programme pour « la stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique » prévaut sur une même orientation agressive : d’un même pas, sont accélérés le nationalisme et l’expansionnisme territorial, l’objectif de contrôle de « l’hémisphère nord » et de détruire tout projet de coopération européenne.

Une version longue3 du document de « stratégie de sécurité nationale » révélée par le site américain « Défense-One » 4 est d’autant plus inquiétante qu’elle est encore plus précise. On peut y lire la volonté de démanteler le projet des Brics + et l’Union européenne et de remplacer le G7 ou le G 20 par un nouvel instrument dénommé le « Core 5 » composé des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de l’Inde et du Japon pour une sorte de partage des zones d’influence en excluant tous les pays de l’Union européenne ceux du continent africain ou de grandes nations comme le Mexique et le Brésil.

Il projette, noir sur blanc, de faire rompre rapidement quatre États membres de l’Union européenne qui « combattraient l’immigration et défendraient la liberté d’expression » : l’Italie, l’Autriche, la Hongrie, la Pologne. Cette orientation s’accompagne du soutien aux partis « voulant rétablir les valeurs traditionnelles » soit les extrêmes droites.

Brandir haut le flambeau de la paix

Le projet mondial de l’internationale réactionnaire et fascisante n’est donc pas secret. Il se met en œuvre. Il défend la conception fantasmée d’une nation blanche, sans immigration, refusant le multiculturalisme. C’est, pour une part, à ce titre que l’Europe est sous les feux des critiques car prétendument vouée à « un effacement civilisationnel ». Son grand tort ? Avec tout l’Occident, elle aurait renoncé à ses empires et à ses colonies tout en accueillant après la Seconde Guerre mondiale les ressortissants de ses anciennes dépendances.

La guerre intra capitaliste et inter impérialiste ne fait aucun cadeau. Il s’agit pour l’imperium Nord-américain d’expulser les impérialismes européens du club des grandes puissances mondiales pour en faire des périphéries et de simples protectorats. Les fondements mêmes d’une construction européenne ultra-libérale ouvrent cette possibilité. Les faiblesses endémiques d’une construction technocratique, en dehors et contre les peuples, permettent la violence de cette offensive, alors qu’une union des peuples et des nations coopératives et solidaires, souveraines et associées, libérerait les forces de la création, de la recherche et du travail pour des progrès de civilisation.

Car il ne faut pas s’y méprendre, l’autre objectif trumpien, fer de lance des intérêts des hautes bourgeoisies mondiales, est la destruction des conquis sociaux et démocratiques, civilisationnels, culturels résultant des luttes des classes au sein des pays européens et du rôle qui y ont exercé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale les partis communistes, souvent avec des forces socialistes, syndicales et autres mouvements progressistes. Ces conquis sont considérés aujourd’hui comme dangereux à la Maison-Blanche comme au Kremlin.

Il est urgent que les peuples brandissent haut le flambeau de la paix pour obtenir un projet de paix durable en Ukraine, mais aussi pour empêcher un sordide troc ou le laisser-faire permettrait aux Américains de faire main basse sur le Groenland pendant que la guerre russe s’élargirait aux pays Baltes. La géopolitique du Far-West doit être remplacée par une mobilisation des peuples pour construire une solide architecture de sécurité commune sur tous les continents, européens respectant la souveraineté de tous, tout en étant ouverte à de nouveaux types de coopérations pour le bien-être humain et l’environnement.

 

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