Cet infernal été laisse déjà derrière lui, en Europe,
des champs brûlés, des récoltes perdues, des exploitations promises, sans soutien public, à
la faillite. Quand il ne pleut plus pendant des semaines, quand les sols se
dessèchent, quand les températures s’envolent au-dessus des seuils de
résistance des cultures au stress thermique, c’est la sécurité et la
souveraineté alimentaire qui sont en jeu.
Nous ne vivons
pas une crise passagère, et elle n’a pas commencé en 2026. Les chiffres sont cruels :
les pertes de récoltes ont triplé en Europe depuis les années 1960 et le
secteur agricole européen perd déjà plus de 28 milliards d’euros par an
sous l’effet des événements météorologiques extrêmes. Et ce n’est qu’un début.
Nous vivons
sous un nouveau régime climatique avec des vagues de chaleur toujours plus
longues, plus violentes, plus fréquentes. Produire de la nourriture, dans ces
conditions, devient de plus en plus difficile, de plus en plus coûteux. Et
quand les récoltes sont amputées, les prix montent, avec une inflation
alimentaire qui affecte en premier lieu les plus modestes, les classes
populaires.
L’adaptation à
cette nouvelle donne climatique ne peut plus attendre ; elle implique des
transformations radicales des modèles et des pratiques agricoles, des
investissements massifs dans la recherche, une protection collective des
paysans exposés à des chocs de plus en plus brutaux. Relever ces défis est
impossible dans le carcan de la « concurrence libre et non faussée »
qui sert de boussole aux politiques européennes. Laisser le marché dicter seul
sa loi, c’est mettre en péril des milliers d’exploitations et l’accès aux
vivres de millions de personnes.
Il n’y aura pas
de retour en arrière : le climat d’hier ne reviendra pas. Mais on ne s’adaptera
pas indéfiniment à des températures qui finiront par franchir les limites
biologiques de la plupart des espèces végétales sous nos latitudes. Seule une
réduction colossale des émissions de gaz à effet de serre, en sortant des
énergies fossiles, peut contenir le réchauffement. Et chaque fraction de degré
compte, pour préserver un monde compatible avec l’agriculture, avec la vie
humaine elle-même.

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