vendredi 14 août 2026

« Sécurité et souveraineté alimentaires sont en jeu », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Cet infernal été laisse déjà derrière lui, en Europe, des champs brûlés, des récoltes perdues, des exploitations promises, sans soutien public, à la faillite. Quand il ne pleut plus pendant des semaines, quand les sols se dessèchent, quand les températures s’envolent au-dessus des seuils de résistance des cultures au stress thermique, c’est la sécurité et la souveraineté alimentaire qui sont en jeu.

Nous ne vivons pas une crise passagère, et elle n’a pas commencé en 2026. Les chiffres sont cruels : les pertes de récoltes ont triplé en Europe depuis les années 1960 et le secteur agricole européen perd déjà plus de 28 milliards d’euros par an sous l’effet des événements météorologiques extrêmes. Et ce n’est qu’un début.

Nous vivons sous un nouveau régime climatique avec des vagues de chaleur toujours plus longues, plus violentes, plus fréquentes. Produire de la nourriture, dans ces conditions, devient de plus en plus difficile, de plus en plus coûteux. Et quand les récoltes sont amputées, les prix montent, avec une inflation alimentaire qui affecte en premier lieu les plus modestes, les classes populaires.

L’adaptation à cette nouvelle donne climatique ne peut plus attendre ; elle implique des transformations radicales des modèles et des pratiques agricoles, des investissements massifs dans la recherche, une protection collective des paysans exposés à des chocs de plus en plus brutaux. Relever ces défis est impossible dans le carcan de la « concurrence libre et non faussée » qui sert de boussole aux politiques européennes. Laisser le marché dicter seul sa loi, c’est mettre en péril des milliers d’exploitations et l’accès aux vivres de millions de personnes.

Il n’y aura pas de retour en arrière : le climat d’hier ne reviendra pas. Mais on ne s’adaptera pas indéfiniment à des températures qui finiront par franchir les limites biologiques de la plupart des espèces végétales sous nos latitudes. Seule une réduction colossale des émissions de gaz à effet de serre, en sortant des énergies fossiles, peut contenir le réchauffement. Et chaque fraction de degré compte, pour préserver un monde compatible avec l’agriculture, avec la vie humaine elle-même.

 

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