mercredi 14 janvier 2026

« La dangereuse banalisation de l’extrême droite en France », l’éditorial de Maurice Ulrich.



En France, on dirait que l’extrême droite a disparu du paysage comme un vilain gros mot. Il n’y aurait plus comme perspective que « l’union des droites ». Pour Éric Ciotti, dont on sait quel bon marché il avait fait de son âme en s’alliant pour les dernières législatives au Rassemblement national, elle est même « une nécessité historique pour redresser le pays ». On se souvient que ce fut une cause de rupture au sein des « Républicains ».

Mais où était donc le crime quand Bruno Retailleau, désormais à leur tête, déclare que le RN fait bien partie de l’arc républicain ? Ce qui n’est pas le cas, selon lui, de La France insoumise. Et que, dit-il, « j’assume de m’adresser aux électeurs du RN pour que l’union des droites se fasse dans les urnes ».

On voit ce qui se dessine comme accords, lesquels ne peuvent dans ces conditions que se multiplier pour les élections municipales toutes proches. Les digues ont sauté. C’est fini, les pincettes et les mouchoirs sur le nez. Mais quid, qui et comment pour l’élection présidentielle dans à peine plus d’un an ?

Le président du RN, Jordan Bardella, avait toutes les raisons mardi, à la veille du procès en appel de Marine le Pen, de se la jouer « cool », ou si l’on préfère, de rester sur la réserve. Le Journal du dimanche venait, quarante-huit heures avant, de publier un sondage le mettant en tête de toutes les personnalités pouvant représenter précisément cette « union des droites » avec 38 %, devant Marine le Pen à 22 %, Bruno Retailleau à 12 %. Le même sondage CSA, toujours selon le JDD, confirmant « l’attente du peuple de droite d’une union la plus large possible, des Républicains au Rassemblement national ».

Dans ces conditions, nul besoin pour Jordan Bardella de pavoiser. « Les Républicains » ont beau se poser la question d’une primaire d’Édouard Philippe à Sarah Knafo pour en arriver à une candidature, ils sont en passe d’offrir le premier rôle sur un plateau au président du RN. Une jolie expression, naguère, donnait la recette du pâté de cheval et d’alouette, à parts égales. Pour un cheval, une alouette. Avec « l’union des droites », c’est l’extrême droite le cheval.

 

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