Dans le
contexte actuel de montée des populismes climatosceptiques, alors que le
président américain coupe les financements de la recherche, bannit des
thématiques d’études et répète que le réchauffement climatique serait un « canular »,
le chef de l’Etat français a raison : les pays européens restent des
refuges pour les scientifiques.
Mais l’Europe
et la France, sous la pression d’extrêmes droites qui cherchent à
instrumentaliser les colères d’une partie de la population contre les élites,
ne sont pas à l’abri d’une dérive plus sournoise. La comparaison avec les
Etats-Unis, flatteuse, ne saurait faire oublier les récents reculs
environnementaux décidés au mépris de la vérité scientifique. Jeudi
29 janvier, une proposition de loi réautorisant la
recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans les outre-mer, « principales victimes de la bonne
conscience écologique », a été votée au Sénat. L’initiative est venue
d’un groupe centriste proche du gouvernement et contredit à la fois la loi
Hulot de 2017, les engagements d’Emmanuel Macron et les avis des scientifiques
qui préconisent d’arrêter tout nouveau forage pour limiter le changement
climatique.
Si cette
proposition de loi aura du mal à passer à l’Assemblée nationale, le
gouvernement a, mardi, préféré reporter le vote de la loi simplification. En l’état, le texte revient sur les zones à faibles
émissions et amoindrit les objectifs du zéro artificialisation net, des mesures
ambitieuses de la loi Climat et résilience de 2021.
Et il aura
suffi de quelques centaines de tracteurs dans les rues de Paris pour que soit
annoncée une loi d’urgence agricole pour « enlever des boulets aux
pieds des agriculteurs », selon les termes du ministère de
l’agriculture. Au menu, de nouveaux affaiblissements des mesures de protection
environnementale, par exemple sur le loup et la biodiversité, sans oublier un
inquiétant « moratoire des décisions sur l’eau », suspendant
l’ensemble des évolutions réglementaires en cours. Comme lors de la
crise agricole de l’hiver 2024, le gouvernement a cédé à de nombreuses demandes
des syndicats agricoles sans associer les scientifiques et les associations de
défense de l’environnement.
Sur tous ces sujets, le gouvernement est soit trop
faible pour imposer sa ligne, soit manque de courage, soit préfère les intérêts
économiques aux enjeux écologiques… Il n’a en tout cas pas compris que l’époque
a changé et que l’enjeu environnemental devient de plus en plus urgent. Si le
malaise agricole et les différentes tensions provoquées par les mesures vertes
méritent des réponses, il est plus que jamais nécessaire de mettre tous les
acteurs autour de la table : les représentants des filières, les citoyens
mais aussi la science.














