Les yeux rivés
sur la scène internationale, à juste titre, nous scrutons les convulsions du
monde comme on observe un orage lointain, inquiets pour nos
« frères humains » qui sont sous la foudre. Des
guerres qui s’enlisent, des peuples réprimés dans le sang, la fin de
l’ordre international hérité de 1945… Jamais depuis les pires
moments de la guerre froide le monde n’avait connu un climat aussi
anxiogène. De Gaza à Téhéran, de Kiev à Kobané, des peuples qui
n’aspirent qu’à vivre libres et à choisir leur destin sont enfermés,
torturés, bombardés.
Avec la réélection
du mafieux impérialiste de la Maison-Blanche, la terrifiante mécanique guerrière s’est
emballée. La force l’emporte désormais sur le droit,
à l’extérieur, comme à l’intérieur des nations, où l’État de droit est
foulé aux pieds, où la haine des étrangers, des minorités, de
la science et de la culture tend à devenir hégémonique. « Certains
m’accusent d’être un horrible dictateur. Mais parfois vous avez besoin d’un
dictateur », a lancé Donald Trump à la tribune
de Davos le 21 janvier.
Plus qu’une
simple provocation, cette saillie du président états-unien s’inscrit dans un
mouvement de fond de révisionnisme historique
décomplexé. Inimaginable il y a encore vingt ans, de Pinochet
à Mussolini, les bourreaux du XXe siècle
sont désormais présentés
comme des modèles désirables.
Le danger n’est
pas seulement « là-bas ». En France aussi, il progresse
à grands pas et à bas bruit. L’histoire nous l’a appris :
les basculements politiques ne s’annoncent pas toujours par des fracas
spectaculaires. Ils passent souvent par des glissements progressifs. Les
élections municipales, dont on ne peut pas dire qu’elles suscitent jusqu’ici un
vif intérêt médiatique, auront lieu dans quelques semaines. Sans
mobilisation populaire pour se rendre aux urnes, elles pourraient représenter
un véritable tremplin pour
le Rassemblement national avant
l’élection présidentielle de 2027.
Le RN, qui
poursuit méthodiquement son implantation locale, a compris depuis longtemps que
le pouvoir se conquiert aussi par les mairies. À chaque scrutin, l’extrême
droite travaille à se rendre incontournable, respectable. Elle administre,
elle gère, elle s’installe, construisant patiemment des réseaux d’élus et
de cadres pour structurer des campagnes nationales. Ce que l’extrême
droite ne parvient pas toujours à imposer par le discours, elle cherche à
l’installer par l’habitude.
« Nous entendons peser comme jamais dans notre histoire sur le scrutin
local », a annoncé
Jordan Bardella le 12 janvier lors de ses vœux à la
presse. Son parti compte remporter « des dizaines de villes »,
et en vise une particulièrement symbolique : Marseille. Mais,
dans les petites communes rurales, le RN mise également sur les
candidats « sans étiquette », des listes « apartisanes »
mais proches de l’extrême droite. Chaque mairie conquise, chaque
implantation locale renforcerait la capacité du RN à se projeter vers
les échéances nationales.
Face à cette
vague brune qui pourrait déferler sur les villes, la gauche n’est pas désarmée. Elle peut d’abord s’appuyer sur des bilans
solides dans des villes où elle a su faire vivre
des alternatives concrètes au néolibéralisme, en développant les
services publics, des politiques du logement ambitieuses et des initiatives de
solidarité innovantes. L’extrême droite ne gagne
pas seulement parce qu’elle convainc massivement, mais
prospère par le vide laissé par les autres, lorsqu’on triangule sur son
terrain, qu’on renonce à la combattre frontalement. Les Français ont su
dire non en juin 2024. Le prochain scrutin municipal nécessite une mobilisation
citoyenne de même ampleur.

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