Montesquieu, à
qui l’on doit De l’esprit des lois, pensait que ce qu’il appelait le
doux commerce entre les nations, comme la musique, adoucirait
les mœurs en écartant les risques de guerre. L’histoire s’est chargée
de le détromper. La guerre commerciale est au cœur des relations
internationales. Singulièrement entre la Chine et les États-Unis, dans le
moment de bascule des relations internationales que nous vivons, précipité par
les initiatives de Donald Trump.
Voilà près d’un
demi-siècle que les États-Unis surveillent la Chine comme le lait sur le
feu. Les accords militaires conclus en Asie, l’implantation de bases
opérationnelles dans nombre de pays ont dressé autour d’elle comme un cordon sanitaire,
tant son essor économique était devenu prévisible, avec un enjeu : la
Chine peut-elle devenir la première puissance du monde ? La perte, pour
les États-Unis, de leur première place, économique et militaire, aura de
lourdes conséquences, dans le monde comme au plan intérieur.
Mais le
paradoxe, c’est que la fuite en avant de Trump, avec des hausses
insensées des droits de douane, son chantage permanent, sa relance
d’un impérialisme historique, sont peut-être en passe d’aller à l’encontre
de l’effet recherché. Alors que, dans bien des domaines, la Chine a déjà
dépassé les États-Unis, sa riposte, appuyée pour beaucoup, mais pas
seulement, sur sa possession des terres rares indispensables au monde
numérique, a ramené Trump au réel. Et quand bien même il le nie, les
États-Unis ne sont pas au mieux et tous les indicateurs
mesurant son action sont en baisse.
Son mépris
affiché pour l’Europe tend à l’isoler. Ce n’est pas pour autant que l’UE va se
jeter dans les bras de la Chine, mais les dirigeants anglais,
allemand comme le premier ministre du Canada vont s’y rendre
dans les prochains jours. La politique commerciale agressive de la
Maison-Blanche à l’égard de grands pays comme l’Inde, son
interventionnisme en Amérique latine comme au Moyen-Orient font désormais apparaître
la Chine comme un facteur de stabilité dans le monde. Les États-Unis
devraient en tirer les leçons en pensant le monde autrement qu’en termes
de force. Avec ou sans Trump.

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