mardi 27 janvier 2026

« Ah, le doux commerce », l’éditorial de Maurice Ulrich.

 


Montesquieu, à qui l’on doit De l’esprit des lois, pensait que ce qu’il appelait le doux commerce entre les nations, comme la musique, adoucirait les mœurs en écartant les risques de guerre. L’histoire s’est chargée de le détromper. La guerre commerciale est au cœur des relations internationales. Singulièrement entre la Chine et les États-Unis, dans le moment de bascule des relations internationales que nous vivons, précipité par les initiatives de Donald Trump.

Voilà près d’un demi-siècle que les États-Unis surveillent la Chine comme le lait sur le feu. Les accords militaires conclus en Asie, l’implantation de bases opérationnelles dans nombre de pays ont dressé autour d’elle comme un cordon sanitaire, tant son essor économique était devenu prévisible, avec un enjeu : la Chine peut-elle devenir la première puissance du monde ? La perte, pour les États-Unis, de leur première place, économique et militaire, aura de lourdes conséquences, dans le monde comme au plan intérieur.

Mais le paradoxe, c’est que la fuite en avant de Trump, avec des hausses insensées des droits de douane, son chantage permanent, sa relance d’un impérialisme historique, sont peut-être en passe d’aller à l’encontre de l’effet recherché. Alors que, dans bien des domaines, la Chine a déjà dépassé les États-Unis, sa riposte, appuyée pour beaucoup, mais pas seulement, sur sa possession des terres rares indispensables au monde numérique, a ramené Trump au réel. Et quand bien même il le nie, les États-Unis ne sont pas au mieux et tous les indicateurs mesurant son action sont en baisse.

Son mépris affiché pour l’Europe tend à l’isoler. Ce n’est pas pour autant que l’UE va se jeter dans les bras de la Chine, mais les dirigeants anglais, allemand comme le premier ministre du Canada vont s’y rendre dans les prochains jours. La politique commerciale agressive de la Maison-Blanche à l’égard de grands pays comme l’Inde, son interventionnisme en Amérique latine comme au Moyen-Orient font désormais apparaître la Chine comme un facteur de stabilité dans le monde. Les États-Unis devraient en tirer les leçons en pensant le monde autrement qu’en termes de force. Avec ou sans Trump.

 

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