mercredi 28 janvier 2026

« Raconter l’histoire pour ne pas laisser l’extrême droite la réécrire », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



De la fabrication de la loi salique, excluant les femmes de la succession au trône de France, à « nos ancêtres les Gaulois », pour inculquer aux petits Français le mythe d’une France avant la France, raconter un passé fantasmé permet depuis toujours de justifier un futur désiré.

Le XIXe siècle a inventé le roman national, mythifiant des figures, et a construit une histoire de France glorieuse, linéaire et éternelle, comme une lutte sans fin pour protéger son identité. Il a permis de préparer les petits écoliers aux guerres du siècle suivant, celles des chocs des impérialismes intra-européens.

Aujourd’hui, le récit de l’histoire de France se déroule aussi hors de l’institution scolaire. Les « grands hommes », les « hauts lieux », les « grandes dates » sont littéralement mis en scène partout. Spectacles son et lumière, immersifs pullulent. La question qu’il faut se poser est : qu’est-ce qu’ils racontent ?

Car ce sont les milliardaires d’extrême droite, réactionnaires et catholiques ultra, qui donnent le ton. Les mises en scène les plus grossières renouent avec une vision fantasmée, figée et glorieuse. Les plus habiles, comme le Puy du Fou, jouent sur le côté martyr et héroïque d’un pays et d’une culture en danger.

De ces fêtes troubles, il faut essayer d’être les trouble-fêtes. Non pour gâcher le plaisir de ceux qui y assistent, mais pour qu’ils en maîtrisent les tenants et les aboutissants afin d’en profiter pleinement comme d’un spectacle. Le succès de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris prouve que beaucoup peuvent aimer aussi, et à la fois, le Puy du Fou et autre chose de joyeux et d’exigeant sur le plan historique.

L’abandon brutal d’un grand projet son et lumière, pensé par l’historien Patrick Boucheron et le metteur en scène Mohamed El Khatib, censé être accueilli en 2027 au château de Chambord, montre que la lutte est âpre. Faute de milliardaires de ce côté de l’échiquier politique, cette « autre chose » ne pourra exister que grâce à l’engagement militant et aux bonnes volontés des amoureux et des professionnels de l’histoire.

Offrir « autre chose », car, comme le dit Patrick Boucheron, « seules les doctrinaires identitaires n’ont aucun intérêt à ce que les gens se déplacent librement d’une référence à l’autre ».

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