De la
fabrication de la loi salique, excluant les femmes de la succession au trône de
France, à « nos ancêtres les Gaulois », pour inculquer aux
petits Français le mythe d’une France avant la France, raconter un passé
fantasmé permet depuis toujours de justifier un futur désiré.
Le XIXe siècle
a inventé le roman national, mythifiant des figures, et a construit une
histoire de France glorieuse, linéaire et éternelle, comme une lutte sans fin
pour protéger son identité. Il a permis de préparer les petits écoliers aux
guerres du siècle suivant, celles des chocs des impérialismes intra-européens.
Aujourd’hui, le
récit de l’histoire de France se déroule aussi hors de l’institution scolaire.
Les « grands hommes », les « hauts lieux », les
« grandes dates » sont littéralement mis en scène partout. Spectacles
son et lumière, immersifs pullulent. La question qu’il faut se poser est :
qu’est-ce qu’ils racontent ?
Car ce sont les
milliardaires d’extrême droite, réactionnaires et catholiques ultra, qui
donnent le ton. Les mises en scène les plus grossières renouent avec une vision
fantasmée, figée et glorieuse. Les plus habiles, comme le Puy du Fou, jouent
sur le côté martyr et héroïque d’un pays et d’une culture en danger.
De ces fêtes
troubles, il faut essayer d’être les trouble-fêtes. Non pour gâcher le plaisir
de ceux qui y assistent, mais pour qu’ils en maîtrisent les tenants et les aboutissants
afin d’en profiter pleinement comme d’un spectacle. Le succès de la cérémonie
d’ouverture des JO de Paris prouve que beaucoup peuvent aimer aussi, et à la
fois, le Puy du Fou et autre chose de joyeux et d’exigeant sur le plan
historique.
L’abandon
brutal d’un grand projet son et lumière, pensé par l’historien Patrick
Boucheron et le metteur en scène Mohamed El Khatib, censé être accueilli
en 2027 au château de Chambord, montre que la lutte est âpre. Faute de
milliardaires de ce côté de l’échiquier politique, cette « autre
chose » ne pourra exister que grâce à l’engagement militant et aux bonnes
volontés des amoureux et des professionnels de l’histoire.
Offrir
« autre chose », car, comme le dit Patrick Boucheron, « seules
les doctrinaires identitaires n’ont aucun intérêt à ce que les gens se
déplacent librement d’une référence à l’autre ».

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