mercredi 28 janvier 2026

« Immigration : l’inquiétante trumpisation de la France », l’éditorial de Marion d’Allard.



La stigmatisation, l’exclusion, la défiance généralisée envers les étrangers ont atteint un stade de maturation terrifiant. Aux États-Unis, Donald Trump et son bras armé de l’ICE en sont le paroxysme. La police de l’immigration sème le chaos, assassine des citoyens désarmés, interpelle des enfants et la Maison-Blanche couvre, justifie, insulte ceux qui s’opposent à cette stratégie du pire.

En France, les extrêmes droites soutiennent la politique migratoire du président milliardaire, condensé d’un suprémacisme qu’elles appellent de leurs vœux. Relayées en masse par des médias bollorisés, leurs visées programmatique et idéologique ont pris racine dans une société malade de ses inégalités. Les plateaux de CNews sont devenus le déversoir de déclarations abjectes, jamais contredites, trop rarement condamnées.

C’est sous ces projecteurs qu’Arno Klarsfeld s’est senti autorisé à souhaiter, « comme fait Trump avec l’ICE », l’organisation de « grandes rafles un peu partout », pour « attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière ». L’histoire nous enseigne. Ils refusent de retenir la leçon.

Il n’est pas là question d’un simple ressenti. Les politiques gouvernementales sont au diapason d’une xénophobie galopante, qu’à leur tour elles encouragent. Leurs effets sont réels, brisant des vies sur le mur du rejet institutionnalisé. Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes : en 2025, les interpellations de personnes en situation irrégulière ont augmenté de 30 %.

Les reconduites à la frontière de près de 16 %. Les régularisations, elles, ont chuté d’environ 10 %. Pis, Gérald Darmanin, ex-locataire Place Beauvau aujourd’hui garde des Sceaux, architecte et promoteur des politiques d’exclusion, appelle au gel de l’immigration sur au moins deux ans.

Qu’il est loin le temps où Emmanuel Macron louait le labeur des « premières lignes », travailleurs souvent immigrés, mal rémunérés et déconsidérés qui faisaient, pendant le Covid, tourner un pays à l’arrêt. Oui, la France a besoin d’immigration. Elle apporte plus qu’elle ne coûte. Infiniment plus. À Madrid, on entérine un plan historique de régularisation de 500 000 personnes ; à Paris, on s’inscrit, encore, à rebours de l’histoire.

 

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