mardi 30 septembre 2025

« La justice cogne aux portes. », la chronique de Patrick Le Hyaric.



La multitude des bulles de colère qui montent du pays dit la force des demandes de justice fiscale, sociale et écologique. Voilà qu’elles escaladent le débat public au point de ne plus pouvoir être tues.

Cloîtrés en leur palais, agissant en qualité de fondés de pouvoir du grand capital, les dignitaires du régime en capilotade ne veulent n’y rien entendre. Au contraire, toutes les arguties, tous les mensonges, tous les faux considérants, toutes les peurs sont convoquées pour justifier l’inégalité entre contribuables fortunés et plus modestes.

L’argument le plus spécieux étant celui consistant à expliquer que la demande d’un petit pas vers la justice fiscale en augmentant les contributions des 1 800 personnes dont le patrimoine dépasse 100 millions d’euros les pousserait à fuir le pays. Voilà l’aveu que des ultra-fortunés existent bien ! Voilà dévoilé le haut niveau de leur patriotisme !

La taxe Zucman ne ferait coucher sous les ponts aucun des nantis

Des millions de personnes, le 15 du mois, ne peuvent plus faire leurs courses pour manger, tandis qu’une infime minorité se vautre dans la fortune. Soyons clairs, l’accumulation de leur capital n’est que le résultat de l’exploitation de celles et ceux qui ont du mal à remplir leurs caddies et de la valorisation de la rente spéculative et de ce qu’ils appellent bien pudiquement « l’optimisation fiscale ». Celui qui a du mal à joindre les deux bouts ne fera jamais « d’optimisation fiscale » sur l’injuste TVA qu’il doit payer sur ses besoins quotidiens. La taxe Zucman ne ferait coucher sous les ponts aucun des nantis. En effet, la fortune des 500 premiers privilégiés de la fortune a augmenté de 500 % ces 15 dernières années. S’ils étaient assujettis à un impôt de 2 %, il faudrait un siècle pour qu’ils reviennent à la fortune dont ils disposaient en 2010, en supposant qu’ils ne fassent plus aucun bénéfice entre-temps.

Ce sont eux, – accompagnés des ogres de la finance qui pompent sous forme d’intérêts le budget de la nation, tout en détruisant nos capacités industrielles et agricoles – qui portent la responsabilité des déficits et des dettes. La politique menée pour eux depuis des décennies appauvrit les familles populaires, affaiblit et détruit les services publics, empêche d’affronter les immenses défis écologiques – alors même que l’humanité vient de franchir la septième limite planétaire. Ce sont eux qui plongent l’économie dans un marasme dont il faut souhaiter qu’il ne devienne pas irréversible.

Le cran supplémentaire que vient de franchir la classe des possédants, dans sa lutte contre toute forme de justice, alors que ses mandataires sont au pouvoir en dit long sur un système économique et politique devenu de plus en plus vulnérable sous l’effet des protestations populaires liées aux souffrances sociales et aux injustices.

Les manœuvres de communication, les changements de Premier ministre, les visites à Matignon, les appels à la raison « économique », les longs et creux développements autour de « la culture du compromis » sont des simulacres rances qui attisent chaque jour un peu plus le rejet de la chose publique, le rejet de la politique.

La démocratie pourrait rendre son dernier souffle sur l’autel des inégalités galopantes

La cause des problèmes et des enlisements n’a rien à voir avec l’existence ou pas de compromis. Elle a tout à voir désormais avec la voracité du capitalisme et son pouvoir économique et politique qui impose sa loi de fer en dehors des choix des électrices et des électeurs. Un président de la République qui n’a pu être élu qu’avec les voix des forces de gauche pour faire barrage à l’extrême droite, des partis de gouvernement qui ne peuvent rassembler qu’un quart des électeurs inscrit, la négation permanente des demandes populaires ne peut qu’approfondir une crise institutionnelle qui mute en crise de régime portant en son sein une décomposition, une désagrégation de la nation.

Dès lors que l’infime minorité des 10 % des Français les plus fortunés s’approprie la moitié du patrimoine national, que les grandes entreprises se voient octroyer sans conditions entre 211 et 270 milliards d’euros d’aides publiques pendant que les salaires et les petites retraites sont bloqués, que les médicaments sont moins bien remboursés, que l’âge donnant droit à la retraite est sans cesse reculé, la décomposition s’avance.

Elle peut générer le pire si les forces progressistes et écologistes ne se ressaisissent pas pour travailler leur unité et nourrir l’unité populaire, alors que l’union des droites et extrême droite est en discussion. Les forces progressistes et écologistes peuvent dans l’immédiat porter ensemble au parlement les demandes de l’intersyndicale pour plus de justice sociale ; plus de justice fiscale grâce à une réelle progressivité de l’impôt ; la fin des aides publiques aux entreprises sans conditions sociales et environnementales ; l’amélioration et la démocratisation de la sécurité sociale et des services publics ; la défense du statut de la fonction publique ; des baisses de TVA sur les produits de haute nécessité dont l’électricité ; une ré industrialisation correspondant aux besoins civils de l’époque en lien avec l’indispensable bifurcation écologique ; une diplomatie du climat et de la paix et l’annulation des récentes augmentations des budgets militaires.

Le travail commun et les actions de l’intersyndicale sont précieux pour les salariés et les retraités. Il ne faut pas qu’il soit affaibli par les dissensions et les discordes, les exclusions et excommunications au sein des forces progressistes.

La question fondamentale désormais pour tous les salariés et les retraités est l’ouverture d’un débouché politique progressiste au bouillonnement de colère qui parcourt les entreprises, et les écoles, les rues des villes et les allées des villages. Elles ont la responsabilité d’abattre le mur de paralysie contre lequel les poussent les puissances d’argent et leurs commis politiques. Ne pas le faire aujourd’hui revient à laisser prospérer les extrêmes droites et se répandre un fascisme dont il faut observer les méfaits aux États-Unis, seulement dix mois après l’accession de D. Trump à la Maison Blanche.

Il devient temps de poser la question l’appropriation sociale et citoyenne des grands leviers de l’économie et de mettre fin à la propriété lucrative

Au-delà, le moment est venu de porter les questions politiques fondamentales pour une transformation structurelle permettant de sortir du capitalisme : la répartition des richesses ne peut se penser qu’avec la perspective de la maîtrise et l’appropriation réelle du travail par les travailleuses et travailleurs de toute catégorie. L’amélioration de la démocratie institutionnelle doit s’accompagner de la conquête par les travailleuses et travailleurs du pouvoir sur la nature et le sens de la production, de leur souveraineté sur le travail. Il devient temps de poser la question l’appropriation sociale et citoyenne des grands leviers de l’économie et de mettre fin à la propriété lucrative.

Le temps est venu de pousser la justice et la démocratie jusqu’au bout. Il n’y a pas de compromis possible avec l’authentique justice, avec l’éthique, avec le transfert du pouvoir réel à celles et ceux qui créent les richesses : les travailleuses et les travailleurs.

 

« Ces riches et ces puissants qui se croient tout permis », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



On sait depuis longtemps que, pour les riches et les puissants, le principe d’égalité est comme un caillou dans leur chaussure. Un petit truc pas vraiment douloureux mais dérangeant qui peut devenir un vrai « scrupule » au sens étymologique du terme. Le scrupulus dans la sandale du soldat romain pouvait le faire boiter jusqu’à gêner la marche cadencée de la légion tout entière. D’où cette détermination à s’en débarrasser.

Première visée, l’égalité devant l’impôt. Aujourd’hui, les impôts des riches sont à leurs niveaux les plus bas depuis des décennies. Les ultra-riches paient proportionnellement moins d’impôts que les travailleurs. Et ils sont mobilisés pour que cela ne change pas. Le refus absolu de la taxe Zucman, les tentatives de délégitimation du rapport Gay sur les 211 milliards d’aides offertes aux entreprises relèvent de cette détermination des riches de « ne pas payer ». Leur question n’est pas de « ne pas payer plus » mais de « ne pas payer du tout ».

Vient ensuite le refus de l’égalité devant la loi. Les réactions aux condamnations de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen en justice en sont des exemples caricaturaux. À les entendre, l’application du Code pénal, lorsqu’elle les concerne, serait une atteinte à l’État de droit.

Après tout, respecter la loi, c’est bon pour le commun des mortels. Ce sentiment de supériorité, cette certitude de valoir mieux que les autres, d’avoir des passe-droits légitimes conduisent les ultra-riches et leurs laquais à se croire tout permis.

De ce milliardaire français qui massacre des espèces protégées dans ses parties de chasse à cette grande fortune australienne qui organise des « jeux améliorés », véritables jeux du cirque, où le dopage est encouragé. Sans oublier tous ceux qui, à force de nous faire travailler comme des bêtes, de nous obliger à manger, boire, respirer des poisons, nous tuent, littéralement, pour faire grimper le cours de leurs actions.

Le dernier caillou qui les gêne – un peu – est la démocratie. Alors partout dans le monde, à commencer par les États-Unis, les riches et les puissants s’emploient à ôter ce dernier scrupule de leur sandale. Ils ont rarement été aussi près d’y parvenir.

 

lundi 29 septembre 2025

Hégémonie et suicide politique !

 


Deux élections partielles ont eu lieu ce dimanche. À Paris, où Michel Barnier a été élu dans une circonscription des beaux quartiers de la rive gauche, réputée imperdable pour la droiteLa candidate socialiste qui était celle du Nouveau Front Populaire en 2024, l’était à nouveau. Avec une abstention de 75 %, la gauche rassemblée recule de 6%. La seconde partielle avait lieu dans la 5ème circonscription de électeurs de l’étranger. L’abstention s’élève à 83%. En 2024, le Nouveau Front populaire avait présenté un candidat insoumis. Cette fois outre la candidature de la France insoumise, nous comptions celles du Parti socialiste et de Place publique. La droite arrive en tête et la candidate de la FI arrive en seconde position. Elles seront opposées la semaine prochaine. Pourtant, il s’en est fallu de peu pour que ce soit le RN, arrivé troisième qui soit opposé à la droite. Ce même dimanche à l’occasion de la rentrée politique de Carole DELGA, nombre des présents, toujours au nom de l’union, se sont évertués à enterrer le Nouveau Front Populaire. Et puis voilà que ces entreprises de division s’invitent à l’occasion des prochaines municipales. Un peu partout naissent des « associations », jurant la main sur le cœur que les élections municipales ne sont en rien politiques et appelant à dépasser les clivages droite-gauche. Il y a celles et ceux, qui, intoxiqué-e-s par le pouvoir, rêvent de devenir « calife à la place du calife ». Cela se traduit par l’arrogance, la démesure, l’orgueil, une prétention insolente et une bonne dose de mégalomanie. De ce point de vue, en naviguant sur la toile romainvilloise, j’ai pu remarquer que notre ville n’est pas en reste Promettant évidemment d’être au seul service de l’intérêt général. Une vision totalement déconnectée de la situation politique nationale et tous les risques qu’elle comporte pour la vie de nos concitoyen-nes. Il est temps, pour les formations de la gauche et de l’écologie de se reprendre. Elles ont une lourde responsabilité, à un an des élections présidentielles avec l’extrême droite et la droite extrême aux portes du pouvoir.

dimanche 28 septembre 2025

« Nicolas Sarkozy n’est ni une victime, ni une exception », l’éditorial de Cathy Dos Santos.

 


Insultes, harcèlements, menaces… La sentence prononcée à l’encontre de Nicolas Sarkozy donne lieu à de violentes charges contre les magistrats, comme ce fut déjà le cas lors de la condamnation de Marine Le Pen. Pour la seconde fois en moins de six mois, le premier président de la Cour d’appel de Paris a été contraint de mettre en garde contre des attaques « qui portent atteinte à l’institution judiciaire ».

Elles sont le signe d’une inquiétante dérive – dopée par les déclarations des dirigeants de droite et d’extrême droite –, qui vise à disqualifier la justice plutôt que les agissements du condamné. Sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision bollorisés, la suspicion et la haine jettent l’opprobre sur le travail et l’éthique des femmes et hommes de loi.

Cette entreprise abîme l’indépendance de la justice, taxée d’impartialité à des fins politiques. Au bout de cette chaîne d’accusations infondées, c’est la séparation des pouvoirs qui est mise à mal.

Nicolas Sarkozy ne se prive pas de jeter de l’huile sur le feu. « Toutes les limites de l’État de droit ont été violées », a-t-il osé déclarer au journal d’extrême droite du dimanche détenu par son ami, le milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré. Qu’importe si le délit d’«association de malfaiteurs », qui vaut à l’ancien locataire de l’Élysée une peine de cinq ans de prison ferme, assortie d’une exécution provisoire, a bel et bien été qualifié et caractérisé par le tribunal.

Les garants de la « tolérance zéro » pour les délits des jeunes des quartiers populaires s’offusquent aujourd’hui de la lourdeur de la peine dont écope Nicolas Sarkozy. Le verdict dit, au contraire, qu’il est justiciable comme n’importe quel autre citoyen, que la délinquance en col blanc tombe, elle aussi, sous le coup de la loi.

Quant aux polémiques sur l’exécution provisoire, si le débat doit avoir lieu, qu’il se tienne dans les instances adéquates, mais sans double langage ni favoritisme de classe. Car les chiffres sont sans appel : 85 % des peines supérieures ou égales à cinq ans de prison sont assorties d’une exécution provisoire. Nicolas Sarkozy, qui déclarait en son temps que « la non-exécution des peines, c’est l’impunité », n’est ni une victime, ni une exception.

 

« Réaction des médias à la condamnation de Nicolas Sarkozy : enfants de Pétain ? », le billet de Maurice Ulrich.

 


On peut passer sur la une du Journal du dimanche de Vincent Bolloré, où Nicolas Sarkozy affirme qu’il combat la décision de justice qui le concerne « pour l’État de droit ». Ce qui ressemble bien à ce qu’on appelle un oxymore…

Mais que penser des réactions de tant de commentateurs qui ne lèveraient pas le petit doigt pour défendre Jean Valjean accusé du vol d’un pain, mais n’ont pas de mots assez durs pour condamner l’iniquité et les magistrats, sans autre forme de procès.

Sur le mode faux cul, Bruno Jeudy dans la Tribune dimanche, s’il affirme que nul ne songe à contester la décision de justice « dans son principe », c’est pour écrire deux lignes plus loin qu’elle est « d’une sévérité rare, presque brutale », jetant le trouble « sinon sur la justice, du moins sur sa lisibilité »

Dans le même hebdomadaire, Guillaume Durand évoque, lui, « la loi des suspects sous la Révolution » et rappelle à propos de la magistrature que seulement deux de ses membres n’avaient pas prêté serment « au maréchal Pétain » ! C’est tout dire !

 

« La bataille est aussi idéologique », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité-Magazine.



Rupture. Le mot est lâché par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Les consultations des forces politiques semblent convaincre le nouveau locataire de Matignon à faire autrement. Mais le sempiternel discours sur la « méthode » ne fonctionne plus. Barnier, Bayrou comme Lecornu, illégitimes au regard du vote populaire, ne sont prêts en réalité à aucune concession.

 

On sait que le mot rupture ne dit rien en soi. La vraie et l’unique rupture doit être sur le fond contre ces projets d’austérité, saupoudrés de poussées autoritaires incarnées et de remises en cause de l’Etat de droit voulue par Bruno Retailleau et l’extrême droite. 

 

Dans ce contexte, la bataille idéologique fait rage. Les soutiens des droites coalisées à l’extrême droite matraquent en permanence leur discours sur l’immigration, l’insécurité et l’islam, relayé par des puissants médias détenus par quelques milliardaires. Ils le doublent maintenant d’un discours sur la dette, promettant du sang et des larmes aux travailleurs.

 

Et pourtant, malgré ce matraquage en continu, la politique de l’offre et la théorie du ruissellement sont rejetées massivement. Il faut dire qu’avec 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, qu’avec des cohortes de privés d’emplois subissant les dégâts de la désindustrialisation et des réformes successives de l’assurance chômage, le bilan macroniste n’est pas glorieux. Il y a une soif de justice sociale et fiscale qui émerge comme le démontrent les mobilisations récentes.

 

Les principes de contrôle de l’argent public versé aux grandes entreprises, au lieu de nourrir les actionnaires, comme une taxation plus élevée des ultra-riches, qui ont largement profité de la crise, sont largement partagés

La taxe Zucman, un impôt plancher de 2% sur les revenus du patrimoine au-delà de 100 millions, comme le rapport sur les aides publiques aux grandes entreprises, qui démontrent que 211 milliards sont attribués, sans transparence, ni suivi, ni évaluation sont désormais des revendications populaires. Rien ni  personne ne peut arrêter une idée qui s’empare des masses. 

 

Fébrile, le camp du capital contre-attaque et tente de discréditer, caricaturer, moquer ou invisibiliser ces deux propositions. Tour à tour, le patronat, Bernard Arnault en tête, éditorialistes libéraux tentent d’éteindre le feu. Leur morgue démontre leur fébrilité. 

 

La colère est grande face à celles et ceux qui veulent faire croire que l’austérité est la seule voie, sans s’interroger sur leur propre responsabilité quant au manque d’argent dans les caisses de l’Etat. 

 

Celles et ceux qui sont en colère ne sont pas des irresponsables qui voudraient le chaos, ce ne sont pas des doux rêveurs qui planeraient, avec de l’autre côté, des pragmatiques réalistes face à la situation économique. Ce sont des hommes et des femmes qui sont lucides sur les dégâts causés, partout dans la société, par des années de politiques libérales. 

 

La foule est aux trousses du couple exécutif et prépare l’Après-Macron. Le peuple fera de l’examen budgétaire un temps fort de notre démocratie. Le futur gouvernement n’aura d’autres choix que d’écouter pour répondre aux besoins populaires. Ils sont acculés, au bout de leur logique libérale et anti-démocratique. 

La gauche a marqué des points dans la bataille idéologique. Et chacun sait qu’elle est le préalable à toute victoire électorale. 

 

Il faut donc unir nos forces pour transformer l’essai et répondre à cette volonté populaire, qui s’est exprimée successivement le 10 septembre, puis à la Fête de l’Humanité, et le 18 septembre dernier, pour en faire une victoire politique durable.

 

vendredi 26 septembre 2025

« Vérité(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin



HONNEUR : Étrange semaine, en vérité, où se côtoient la Grande Histoire et les petites polémiques de caniveau. Côté Grande Histoire, inutile de rappeler la reconnaissance de l’État palestinien par la France, geste qui entre dans le Grand Livre de notre trajectoire internationale. Le bloc-noteur imaginait peu avoir à l’écrire un jour : rendons grâce à Mac Macron II d’avoir tenu bon, jusqu’à la tribune de l’ONU, ne laissant ni Israël ni les États-Unis lui couper l’herbe sous le pied, entraînant derrière lui de nouveaux pays.

Une sorte de « merci » effleure même nos pensées, mais nous ne franchirons pas ce seuil-là – ce serait dédouaner le prince-président d’avoir tardé, attendant qu’un génocide s’abatte sur Gaza et provoque des haut-le-cœur dans le monde entier. Néanmoins, il y a désormais un avant et un après. L’honneur de la France.

La taxe Zucman comme révélateur

LIBÉRAUX : Côté petites polémiques de caniveau, notre pays montre, dans le même moment, qu’il n’a vraiment pas de leçons à recevoir d’autres grandes nations. Voici donc la taxe Zucman comme révélateur emblématique et pitoyable de l’état des échanges contradictoires dans la sphère médiatico-politique.

« Sortir d’un débat caricatural », écrivait même le Monde cette semaine, renvoyant dos à dos ceux qui soutiennent le dispositif, accusés d’y trouver « le remède miracle à notre impasse budgétaire », et les opposants, qui font « semblant de ne pas voir qu’il existe un sujet d’équité et de dégressivité de l’impôt chez les plus riches ». Ainsi le débat tournerait « à vide », le Monde pointant, sans surprise, les risques du dispositif Zucman, à savoir la « fuite des talents », les « dommages sur l’attractivité du pays », le « frein à la création d’entreprise », le « risque d’inconstitutionnalité », etc.

Nous avons compris le message : les libéraux sont dans la place ! Surtout pour relayer la parole des milliardaires et des riches, qui, depuis le macronisme (et bien avant), vivaient un rêve éveillé. Pensez donc leur réaction : une petite taxe de 2 % sur les patrimoines à 100 millions d’euros apparaît fatalement comme le plus insupportable des cauchemars, mettant en péril tout l’édifice qu’ils ont établi à la sueur de leurs fronts (sic).

Après les cris d’orfraie du Medef, du Figaro et d’économistes ultralibéraux venant même des rangs de l’extrême droite, le dernier à avoir perdu son sang-froid devant cette mesure n’est autre que l’homme le plus riche d’Europe : Bernard Arnault. Le PDG de LVMH, dans une interview choc accordée au Sunday Times, qualifie Gabriel Zucman de « militant d’extrême gauche » aligné sur une idéologie qui « vise la destruction de l’économie libérale » et dont la « pseudo-compétence universitaire fait largement débat ». En quelques mots, tout y passe.

Bernard Arnault, chose rare, sort du bois au moment crucial, alors que deux tiers des Français se disent « favorables » à une taxation des riches, dans un contexte bien connu : pour les plus fortunés, les impôts restent en chute libre, l’optimisation fiscale permet d’éviter ceux qui restent, et les grandes entreprises se gavent d’argent public. Pour mémoire, notons que les 500 plus grandes fortunes ont vu leur richesse multipliée par six en quinze ans…

AMNÉSIQUES : Le pauvre Gabriel Zucman n’en demandait pas tant. L’économiste, qui n’a rien d’un militant et enseigne à l’École normale supérieure après avoir donné des cours à Berkeley, s’est donc contenté de répondre à Arnault que « la fébrilité n’autorise pas la calomnie ». Avant d’asséner deux-trois vérités : « Avec la montée du trumpisme, j’ai vu fleurir ce discours dénigrant les savoirs et la recherche aux États-Unis. (…) Par ailleurs, n’oublions pas que les milliardaires ne paient pas, ou presque, d’impôt sur le revenuen France. »

La taxe Zucman, qui effraie les possédants, est pourtant modeste dans son esprit et sa réalité. Elle ne constitue ni une révolution ni un changement de cap vers le communisme, et fut d’ailleurs déjà votée à l’Assemblée nationale, avant même la chute de François IV, contre l’avis de Mac Macron II. En France, les amnésiques ne manquent pas. Bernard Arnault est leur porte-parole. Comment s’en étonner ?

 

« La Fottille pour Gaza : les protéger avant qu’il ne soit trop tard. » , l’éditorial de Cédric Clérin



Une flottille humanitaire, composée d’une cinquantaine de bateaux, tente de briser le blocus de Gaza pour y acheminer de l’aide et permettre une assistance qui est refusée à des Palestiniens suppliciés. À son bord se trouvent des élus, des militants, des marins et des journalistes – parmi eux, notre collègue Émilien Urbach, envoyé spécial de l’Humanité.

Cette expédition pacifique, dont l’objectif n’a jamais été d’approcher les côtes israéliennes, a déjà essuyé deux attaques de drones. La dernière a été vécue comme une scène de guerre. Les informations qui nous parviennent laissent craindre un assaut bien plus grave encore. La menace est sérieuse.

On se souvient de l’abordage sanglant du Mavi Marmara, en 2010, qui fit dix morts et plusieurs dizaines de blessés. Et cela, alors même que le gouvernement israélien n’était pas encore engagé dans la fuite en avant génocidaire que l’on connaît aujourd’hui.

Ce qui se joue dépasse le seul sort de cette flottille. Un État menace désormais des ressortissants de 44 pays, hors de ses eaux territoriales. Face à cette situation, certains gouvernements européens ont pris leurs responsabilités : l’Italie, l’Espagne, l’Irlande ont décidé d’envoyer des navires pour protéger leurs concitoyens. Cette réaction n’est pas tombée du ciel : la perspective d’une grève générale et le blocage annoncé du port de Gênes par les dockers ont contraint Giorgia Meloni à agir.

Et la France ? Le pays qui prétend prendre la tête d’un mouvement mondial pour la paix reste immobile. Ni navire, ni condamnation des attaques, ni mise en garde adressée à Israël. Rien, sinon une déclaration minimaliste du Quai d’Orsay, expliquant que « les participants à cette expédition en faveur de Gaza ont été informés des risques encourus » et promettant une simple « protection consulaire ».

Pourtant, la levée du blocus et l’entrée de journalistes à Gaza figurent noir sur blanc parmi les objectifs affichés de la diplomatie française. Quarante-quatre de nos concitoyens, dont un journaliste de l’Humanité, sont aujourd’hui exposés à une menace directe. Si un drame devait survenir, l’exécutif porterait une lourde responsabilité.

 

« Javier Milei : Au secours Trump », le billet de Maurice Ulrich.



Il est arrivé il y a deux ans à la tête de l’Argentine comme l’enfant terrible de l’économie mondiale en éructant « la liberté, bordel », brandissant sa tronçonneuse qui allait tout tronçonner. Les services publics, les aides sociales, bref toutes les dépenses inutiles…

Javier Milei est devenu le fétiche des ultralibéraux, la presse économique, en France comme ailleurs, saluant plus souvent qu’à son tour, le miracle argentin. Depuis des semaines maintenant, la monnaie, le Peso, est en chute, la banque centrale a dû intervenir pour le soutenir, à ses risques et périls tant elle manque de réserves, pour tenter une vraie relance de l’activité qui patine, les 42 milliards déjà obtenus auprès du Fonds monétaire international ne suffisent pas et le président, empêtré dans des affaires de corruption, est en difficulté dans les urnes, désavoué par plus de 53 % de la population. Mais le protecteur est là, un peu comme un papa indulgent que Milei sollicite.

Nous ferons tout a assuré le secrétaire au Trésor américain « pour aider l’Argentine ». La liberté, bordel… Mais Trump, au secours.

 

mercredi 24 septembre 2025

« L'intersyndicale donne rendez-vous à Lecornu dans la rue le 2 octobre, le billet de Maurice Ulrich.



Une rencontre « lunaire » selon la secrétaire nationale de la CGT, Sophie Binet, à l’issue de la réunion de l’intersyndicale avec le premier ministre. On pourrait presque parler d’un théâtre de l’illusion avec quatre ministres démissionnaires autour de Sébastien Lecornu, placé là par la seule décision d’Emmanuel Macron, ne pouvant s’appuyer sur quelque majorité que ce soit dans les urnes ou au Parlement.

Combien de commentateurs ont glosé sur ses qualités d’homme de droite mais à l’écoute des uns et des autres en sachant prendre le temps… Un habile négociateur à même de pouvoir concilier les contraires ou en tout cas de construire des projets que ses ministres à venir, s’ils viennent, auraient tellement à cœur de mettre en œuvre, capable d’envisager des « ruptures ».

Rien. Le premier ministre n’avait rien à dire aux huit syndicats représentatifs de millions de salariées et de salariés qu’il a reçus. Rien. Le premier ministre feint de ne pas avoir entendu la volonté de justice sociale et fiscale qui monte dans le pays, les revendications qui s’expriment sur les retraites, les services publics, les salaires…

Jamais comme le 18 septembre dernier, dans les rues de plus de 250 villes, on n’avait entendu une telle mise en cause directe des milliardaires. L’idée de la taxe Zucman est devenue le débat central du pays, soutenue par plus de 80 % de la population. Ce n’est pas propre à la France et à sa « furie égalitaire » comme aime le dire la droite. Le débat monte au Brésil, en Norvège, au Royaume-Uni…

Face à cela, le grand patronat, les ultra-riches avec Bernard Arnault, l’ami de Trump, en porte-parole jusqu’à la caricature et le dénigrement, se désolidarisent de la nation dans une sorte de sécession de plus en plus manifeste. Jusqu’à en appeler à une grande mobilisation des patrons au risque de se retrouver, selon l’un d’entre eux, entre deux cents pingouins.

Le premier ministre sans gouvernement joue absurdement le temps, comme En attendant Godot, mais le temps ne joue pas pour lui. L’intersyndicale, elle, appelle à une nouvelle journée de mobilisation, le 2 octobre. Rendez-vous est pris.

 

« Bernard Arnault avale Challenges : les milliardaires continuent leur Monopoly dans la presse », le billet de Maurice Ulrich.



C’est fait. Bernard Arnault, qui détenait 40 % des parts du magazine Challenges, a topé avec Claude Perdriel en acquérant 60 % que ce dernier détenait encore de son groupe (Croque futur, dont fait partie l’hebdomadaire). Et un journal économique en plus de l’Opinion, les Échos, tous deux quotidiens, le mensuel Mieux vivre votre argent, Investir, les titres en ligne la Lettre de l’Expansion, , l’Agefi, Capital finance, la newsletter 2050Now… On ne sait pas encore s’il va céder le Parisien à Vincent Bolloré, mais ça ressemble à un partage des tâches.

Je te laisse le populisme, je prends l’économie et les CSP +, chefs d’entreprise, professions libérales et à fort revenu, fonctionnaires de haut rang. Ils ont aussi leur école de journalisme. L’École supérieure de journalisme de Paris, rachetée l’an dernier avec Rodolphe Saadé et la famille Dassault.

Il faut bien former des plumes. Les journalistes de Challenges s’inquiètent un peu de leur relative indépendance ou de la suppression par exemple du classement des 500 premières fortunes de France que le magazine publie chaque année. 1 200 milliards cumulés, ça fait un peu comme un gros nez rouge dans le paysage.

 

« Ne relâcher aucun effort pour que vive la Palestine », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Nous nous sommes tant époumonés, tant dépensés en marches, en manifestations, en réunions, en dépôts de résolutions, en explications, en voyages de soutien que nous ne pouvons que nous réjouir qu’enfin ! la République française, par la voix de son président, reconnaisse aux Palestiniens le droit de disposer de leur terre et d’y bâtir leur État. 

Il aura fallu attendre longtemps, très longtemps, trop longtemps, alors que le Parlement français a voté pour cette reconnaissance en 2014, alors que l’Organisation des Nations Unies, dès 1947, par sa résolution 181 prescrivait la création de deux États, un État israélien créé en 1948, un État palestinien dont l’existence ne fait plus de doute pour 158 pays sur 193 mais qui, 78 ans plus tard, reste à créer. Cette déclaration de reconnaissance n’est pas symbolique. Elle est politique. On s’en convainc aisément au vu des agressifs propos et des menaces du Premier ministre israélien et de ses alliés d’extrême droite au gouvernement. Son affolement redouble depuis que la diplomatie française a réussi à unir derrière elle plusieurs pays occidentaux, dont des pays très proches de l’actuel État israélien comme le Royaume-Uni ou l’Australie. Nous apprécions le pas ainsi fait, sans évidemment oublier que ces États ont laissé jusque-là les pouvoirs israéliens détruire méthodiquement depuis des décennies les bases de l’édification d’un État palestinien. 

Désormais, le nombre de pays reconnaissant l’État de Palestine et donc la conscience nationale palestinienne est porté à 158. Mieux encore, des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis restent le seul pays à refuser de reconnaître au peuple palestinien son droit à un État, conformément aux multiples résolutions de l’ONU votées depuis 1947.

Il s’agit bien d’une défaite politique du pouvoir israélien, permise par l’immense mouvement mondial des peuples du monde contre une injustice contre les horreurs perpétrées à Gaza, et d’une victoire de la juste cause palestinienne. Celle-ci avait été tant marginalisée, après ce que l’on a appelé les « printemps arabes », que Nétanyahou avait décidé en 2024 d’interrompre toute négociation avec l’Autorité palestinienne et renforçait le blocus sur la bande de Gaza, allongeait le mur de séparation et accélérait la colonisation. 

L’histoire n’a donc pas commencé le 7 octobre 2023, date des attaques terroristes du Hamas contre des jeunes civils israéliens bien souvent militants de la paix et de la justice. Une histoire marquée par le vol des terres, des fermes, de l’eau et des maisons de Palestiniens, par l’érection d’un mur de séparation, par une cohorte de prisonniers politiques, par des bombardements quasi journaliers sur Gaza mise sous blocus bien avant le 7 octobre 2023, par des vexations, des humiliations, des injustices quotidiennes faites aux Palestiniennes et Palestiniens lors des passages aux check-points militarisés, des intrusions de l’armée israélienne dans les camps de réfugiés et, aujourd’hui, dans le nettoyage ethnique et l’entreprise d’écrasement, d’anéantissement, d’annexion de Gaza, réalisés avec les armes de l’Occident. 

Du reste, si l’État palestinien avait existé comme le prévoit le droit international, les pogroms du 7-Octobre n’auraient jamais existé. Et si Nétanyahou, dans son œuvre de division de l’OLP et du peuple palestinien, n’avait pas décidé de financer et d’entretenir le Hamas depuis plus de trente ans, l’histoire aurait été bien différente. 

Dans ce contexte, tout en la jugeant bien tardive, nous ne sous-estimerons pas la proclamation de reconnaissance de l’État de Palestine par la République française. Nous ne l’exagèrerons pas non plus puisqu’elle n’est que l’affirmation du droit inaliénable d’un peuple à l’autodétermination conformément au droit international et aux innombrables résolutions de l’ONU adoptées en ce sens. Mais elle constitue un cran de plus dans le balancier du rapport des forces en faveur du droit et de la justice d’un peuple colonisé, martyrisé, bombardé, affamé, déplacé avec la complicité de l’occidentalisme prétendument libéral. Elle doit maintenant se concrétiser. Il n’y a en effet pas d’État sans la reconnaissance d’un territoire visible défini dans les résolutions onusiennes, sans des populations regroupées, sans institutions assumant les fonctions régaliennes, sans sécurité, sans capitale. 

La reconnaissance ne peut pas être un aboutissement, mais un palier supplémentaire dans le combat pour l’application du droit international. Elle ne doit pas non plus être une nouvelle couverture morale à une passivité criminelle. Elle doit maintenant se transformer en mobilisation internationale pour faire cesser le génocide à Gaza, pour obtenir un cessez-le-feu immédiat, pour mettre fin à tout aussi immédiatement à l’occupation et à la colonisation de la Cisjordanie, pour créer les conditions de la libération de tous les otages israéliens et de tous les prisonniers politiques palestiniens enfermés dans les sombres geôles israéliennes. 

Il faut pour cela avoir le courage d’utiliser l’outil des sanctions économiques, de rompre des traités commerciaux, technologiques et militaires, et de cesser de fournir des armes aux criminels de Tel-Aviv. 

Il faudra aussi cesser de mettre sur le même pied le pouvoir israélien et la Palestine occupée. Il ne peut y avoir de trait d’équivalence entre un colonisateur et un colonisé, un occupant et un occupé. Et ce n’est pas parce que nous parlons d’Israël qu’il faut s’abstenir de nommer les choses. D’immondes choses, d’abjects actes qu’un langage convenu – utilisant mensonges et demi-mensonges, torsions de l’histoire de cette terre, intérêts économiques et projets géopolitiques des forces du capital international sciemment tus – interdit de nommer : génocide, apartheid, nettoyage ethnique, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, guerre d’accaparement. Tous ces mots passés sous silence pour protéger l’agresseur, le criminel et banaliser l’horreur. 

Le rejet ferme de toute forme d’antisémitisme n’autorise pas le mutisme sur le projet d’effacement d’un peuple entier. Réclamer l’application du droit des Palestiniens à l’autodétermination n’a rien à voir avec l’antisémitisme, qualificatif utilisé par les hommes du pouvoir pour disqualifier le mouvement de la cause palestinienne en France et dans le monde, et qui, maintenant, est appliqué au président de la République française lui-même. Et ceux qui s’offusquent bruyamment devant les micros de voir des drapeaux palestiniens dans les manifestations ou lors de la course cycliste la Vuelta en Espagne ou à la Mostra de Venise n’arrivent pas à saisir l’intelligente alerte des peuples : Gaza nous concerne toutes et tous. On ne peut être tranquille ici quand nos semblables, quand des enfants innocents par dizaines de milliers sont écrasés, assassinés sous des bombes américaines d’une tonne. 

Ne pas laisser faire le crime à Gaza, ne pas laisser la Cisjordanie être dépecée jour après jour, revient aussi à refuser de frapper sur le dernier clou du cercueil d’un ordre international fondé sur des règles. Un ordre libéral, certes, qui institue le double standard qui saute aux yeux quand on compare le traitement en Occident de l’agression russe contre l’Ukraine et la guerre génocidaire que mène l’armée israélienne contre le peuple palestinien. Cependant, sans cadre commun international, comme le souhaitent un Trump ou un Poutine, les conséquences historiques risquent d’être terribles. Ce serait une voie plus dégagée encore à la poussée du néofascisme à l’échelle internationale. Un autre ordre international est nécessaire, où l’égalité entre les peuples ne saurait être un vœu pieux.

Dans cet effroyable contexte, il faut donc aller plus loin que la reconnaissance de la Palestine. La reconnaissance sans rupture politique, économique avec l’État d’Israël, sans sanctions, sans embargo, sans isolement international sera forcément interprétée, par la clique fascisante au pouvoir à Tel-Aviv, comme un sauf-conduit ou un acte de dédouanement. Des tentatives d’intimidation existeront évidemment, des provocations aussi. Rien ne serait pire que de courber l’échine.

Or, notre pays, tous ceux qui reconnaissent l’État de Palestine et l’ensemble du mouvement populaire disposent d’une force juridique incomparable avec l’avis de la Cour internationale de justice de juillet 2024 qui affirme que l’occupation de La Palestine viole le droit international. Ce texte est conforté par la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 18 septembre 2024 demandant à Israël de restituer les terres volées et occupées. On aurait aimé que le président de la République le rappelle comme un point d’appui.  

Il est impératif d’intensifier les efforts et les actions, et d’intensifier la solidarité concrète avec le peuple palestinien aussi. Cesser l’envoi d’armes, interdire aux navires transportant des armes et des munitions d’accoster dans les ports européens, interdire aux avions transportant des armes et des munitions pour Israël de survoler l’espace aérien européen ou d’atterrir dans les aéroports, rompre les relations commerciales. Des initiatives diplomatiques doivent être prises en direction des peuples arabes et des liens noués avec les progressistes et les syndicats israéliens qui tous les jours se battent et manifestent à Tel-Aviv. 

En lien avec le gouvernement espagnol et celui du Royaume-Uni, la France pourrait constituer un groupe de pays européens pour porter une stratégie de mise en place des sanctions européennes, de protection du peuple palestinien et de discussions serrées (et non soumises) avec les États-Unis pour que ce pays cesse sa participation à une guerre de génocide. Au-delà, il conviendrait aujourd’hui de s’appuyer sur d’autres pays du « sud » particulièrement l’Afrique du Sud.

L’amplification de la mobilisation des peuples du monde et des sociétés permettra d’aller au-delà de la seule déclaration de reconnaissance de l’État de Palestine. Le document issu de la conférence qui vient de se tenir lors de l’Assemblée générale des Nations unies contient des éléments pouvant conforter ce mouvement : retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza, arrêt des déplacements forcés, protection du peuple palestinien par une force de protection, contrôle de Gaza par l’autorité palestinienne, mais aussi engagement d’un processus pour mettre fin à l’occupation et à la guerre de colonisation.

Un nouveau moment peut s’ouvrir alors que le pouvoir israélien et celui des États-Unis sont de plus en plus isolés. Le mouvement des peuples a permis d’obtenir que de nouveaux pays reconnaissent l’État de Palestine. Maintenant, il faut obtenir que vive la Palestine dans ses frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, le respect du droit au retour des réfugiés – et ce, conformément aux résolutions adoptées à l’ONU ses huit dernières décennies.

 Patrick Le Hyaric 

23 septembre 2025

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