La multitude
des bulles de colère qui montent du pays dit la force des demandes de justice
fiscale, sociale et écologique. Voilà qu’elles escaladent le débat public au
point de ne plus pouvoir être tues.
Cloîtrés en
leur palais, agissant en qualité de fondés de pouvoir du grand capital, les
dignitaires du régime en capilotade ne veulent n’y rien entendre. Au contraire,
toutes les arguties, tous les mensonges, tous les faux considérants, toutes les
peurs sont convoquées pour justifier l’inégalité entre
contribuables fortunés et plus modestes.
L’argument le
plus spécieux étant celui consistant à expliquer que la demande d’un petit pas
vers la justice fiscale en augmentant les contributions des 1 800
personnes dont le patrimoine dépasse 100 millions d’euros les pousserait à
fuir le pays. Voilà l’aveu que des ultra-fortunés existent bien !
Voilà dévoilé le haut niveau de leur patriotisme !
La taxe Zucman ne ferait coucher sous les ponts aucun
des nantis
Des millions de
personnes, le 15 du mois, ne peuvent plus faire leurs courses pour manger,
tandis qu’une infime minorité se vautre dans la fortune. Soyons clairs,
l’accumulation de leur capital n’est que le résultat de l’exploitation de
celles et ceux qui ont du mal à remplir leurs caddies et de la valorisation de
la rente spéculative et de ce qu’ils appellent bien pudiquement
« l’optimisation fiscale ». Celui qui a du mal à joindre les deux
bouts ne fera jamais « d’optimisation fiscale » sur l’injuste TVA
qu’il doit payer sur ses besoins quotidiens. La taxe Zucman ne ferait coucher sous les ponts aucun des nantis. En
effet, la fortune des 500 premiers privilégiés de la fortune a augmenté de
500 % ces 15 dernières années. S’ils étaient assujettis à un impôt de
2 %, il faudrait un siècle pour qu’ils reviennent à la fortune dont ils
disposaient en 2010, en supposant qu’ils ne fassent plus aucun bénéfice
entre-temps.
Ce sont eux, –
accompagnés des ogres de la finance qui pompent sous forme d’intérêts le budget
de la nation, tout en détruisant nos capacités industrielles et agricoles – qui
portent la responsabilité des déficits et des dettes. La politique menée pour
eux depuis des décennies appauvrit les familles populaires, affaiblit et
détruit les services publics, empêche d’affronter les immenses défis
écologiques – alors même que l’humanité vient de franchir la septième limite
planétaire. Ce sont eux qui plongent l’économie dans un marasme dont il faut
souhaiter qu’il ne devienne pas irréversible.
Le cran
supplémentaire que vient de franchir la classe des possédants, dans sa lutte
contre toute forme de justice, alors que ses mandataires sont au pouvoir en dit
long sur un système économique et politique devenu de plus en plus vulnérable
sous l’effet des protestations populaires liées aux souffrances sociales et aux
injustices.
Les manœuvres
de communication, les changements de Premier ministre, les visites à Matignon,
les appels à la raison « économique », les longs et creux
développements autour de « la culture du compromis » sont des
simulacres rances qui attisent chaque jour un peu plus le rejet de la chose
publique, le rejet de la politique.
La démocratie pourrait rendre son dernier souffle sur
l’autel des inégalités galopantes
La cause des
problèmes et des enlisements n’a rien à voir avec l’existence ou pas de
compromis. Elle a tout à voir désormais avec la voracité du capitalisme et son
pouvoir économique et politique qui impose sa loi de fer en dehors des choix
des électrices et des électeurs. Un président de la République qui n’a pu être
élu qu’avec les voix des forces de gauche pour faire barrage à l’extrême
droite, des partis de gouvernement qui ne peuvent rassembler qu’un quart des
électeurs inscrit, la négation permanente des demandes populaires ne peut
qu’approfondir une crise institutionnelle qui mute en crise de régime portant
en son sein une décomposition, une désagrégation de la nation.
Dès lors que
l’infime minorité des 10 % des Français les plus fortunés s’approprie la
moitié du patrimoine national, que les grandes entreprises se voient octroyer
sans conditions entre 211 et 270 milliards d’euros d’aides publiques
pendant que les salaires et les petites retraites sont bloqués, que les
médicaments sont moins bien remboursés, que l’âge donnant droit à la retraite
est sans cesse reculé, la décomposition s’avance.
Elle peut
générer le pire si les forces progressistes et écologistes ne se ressaisissent
pas pour travailler leur unité et nourrir l’unité populaire, alors que l’union
des droites et extrême droite est en discussion. Les forces progressistes et
écologistes peuvent dans l’immédiat porter ensemble au parlement les demandes
de l’intersyndicale pour plus de justice sociale ; plus de justice fiscale
grâce à une réelle progressivité de l’impôt ; la fin des aides publiques
aux entreprises sans conditions sociales et environnementales ;
l’amélioration et la démocratisation de la sécurité sociale et des services
publics ; la défense du statut de la fonction publique ; des baisses
de TVA sur les produits de haute nécessité dont l’électricité ; une ré
industrialisation correspondant aux besoins civils de l’époque en lien avec
l’indispensable bifurcation écologique ; une diplomatie du climat et de la
paix et l’annulation des récentes augmentations des budgets militaires.
Le travail
commun et les actions de l’intersyndicale sont précieux pour les salariés et
les retraités. Il ne faut pas qu’il soit affaibli par les dissensions et les
discordes, les exclusions et excommunications au sein des forces progressistes.
La question
fondamentale désormais pour tous les salariés et les retraités est
l’ouverture d’un débouché politique progressiste au bouillonnement de
colère qui parcourt les entreprises, et les écoles, les rues des villes et les
allées des villages. Elles ont la responsabilité d’abattre le mur de paralysie
contre lequel les poussent les puissances d’argent et leurs commis politiques.
Ne pas le faire aujourd’hui revient à laisser prospérer les extrêmes droites et
se répandre un fascisme dont il faut observer les méfaits aux États-Unis, seulement
dix mois après l’accession de D. Trump à la Maison Blanche.
Il devient temps de poser la question l’appropriation
sociale et citoyenne des grands leviers de l’économie et de mettre fin à la
propriété lucrative
Au-delà, le
moment est venu de porter les questions politiques fondamentales pour une
transformation structurelle permettant de sortir du capitalisme : la
répartition des richesses ne peut se penser qu’avec la perspective de la
maîtrise et l’appropriation réelle du travail par les travailleuses et
travailleurs de toute catégorie. L’amélioration de la démocratie
institutionnelle doit s’accompagner de la conquête par les travailleuses et
travailleurs du pouvoir sur la nature et le sens de la production, de leur
souveraineté sur le travail. Il devient temps de poser la question
l’appropriation sociale et citoyenne des grands leviers de l’économie et de
mettre fin à la propriété lucrative.
Le temps est
venu de pousser la justice et la démocratie jusqu’au bout. Il n’y a pas de
compromis possible avec l’authentique justice, avec l’éthique, avec le
transfert du pouvoir réel à celles et ceux qui créent les richesses : les
travailleuses et les travailleurs.











