On sait depuis
longtemps que, pour les riches et les puissants, le principe d’égalité est
comme un caillou dans leur chaussure. Un petit truc pas vraiment douloureux
mais dérangeant qui peut devenir un vrai « scrupule » au sens
étymologique du terme. Le scrupulus dans la sandale du soldat romain pouvait le
faire boiter jusqu’à gêner la marche cadencée de la légion tout entière. D’où
cette détermination à s’en débarrasser.
Première visée,
l’égalité devant l’impôt. Aujourd’hui, les impôts des riches sont à leurs
niveaux les plus bas depuis des décennies. Les ultra-riches paient
proportionnellement moins d’impôts que les travailleurs. Et ils sont mobilisés
pour que cela ne change pas. Le refus absolu de la taxe Zucman,
les tentatives de délégitimation du rapport Gay sur les 211 milliards
d’aides offertes aux entreprises relèvent de cette détermination des riches de
« ne pas payer ». Leur question n’est pas de « ne pas payer
plus » mais de « ne pas payer du tout ».
Vient ensuite
le refus de l’égalité devant la loi. Les réactions aux condamnations de
Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen en justice en sont des
exemples caricaturaux. À les entendre, l’application du Code pénal, lorsqu’elle
les concerne, serait une atteinte à l’État de droit.
Après tout,
respecter la loi, c’est bon pour le commun des mortels. Ce sentiment de
supériorité, cette certitude de valoir mieux que les autres, d’avoir des
passe-droits légitimes conduisent les ultra-riches et leurs laquais à se croire
tout permis.
De ce
milliardaire français qui massacre des espèces protégées dans ses parties de
chasse à cette grande fortune australienne qui organise des « jeux
améliorés », véritables jeux du cirque, où le dopage est encouragé.
Sans oublier tous ceux qui, à force de nous faire travailler comme des bêtes,
de nous obliger à manger, boire, respirer des poisons, nous tuent,
littéralement, pour faire grimper le cours de leurs actions.
Le dernier
caillou qui les gêne – un peu – est la démocratie. Alors partout dans le monde,
à commencer par les États-Unis, les
riches et les puissants s’emploient à ôter ce dernier scrupule de leur sandale.
Ils ont rarement été aussi près d’y parvenir.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire