vendredi 26 septembre 2025

« La Fottille pour Gaza : les protéger avant qu’il ne soit trop tard. » , l’éditorial de Cédric Clérin



Une flottille humanitaire, composée d’une cinquantaine de bateaux, tente de briser le blocus de Gaza pour y acheminer de l’aide et permettre une assistance qui est refusée à des Palestiniens suppliciés. À son bord se trouvent des élus, des militants, des marins et des journalistes – parmi eux, notre collègue Émilien Urbach, envoyé spécial de l’Humanité.

Cette expédition pacifique, dont l’objectif n’a jamais été d’approcher les côtes israéliennes, a déjà essuyé deux attaques de drones. La dernière a été vécue comme une scène de guerre. Les informations qui nous parviennent laissent craindre un assaut bien plus grave encore. La menace est sérieuse.

On se souvient de l’abordage sanglant du Mavi Marmara, en 2010, qui fit dix morts et plusieurs dizaines de blessés. Et cela, alors même que le gouvernement israélien n’était pas encore engagé dans la fuite en avant génocidaire que l’on connaît aujourd’hui.

Ce qui se joue dépasse le seul sort de cette flottille. Un État menace désormais des ressortissants de 44 pays, hors de ses eaux territoriales. Face à cette situation, certains gouvernements européens ont pris leurs responsabilités : l’Italie, l’Espagne, l’Irlande ont décidé d’envoyer des navires pour protéger leurs concitoyens. Cette réaction n’est pas tombée du ciel : la perspective d’une grève générale et le blocage annoncé du port de Gênes par les dockers ont contraint Giorgia Meloni à agir.

Et la France ? Le pays qui prétend prendre la tête d’un mouvement mondial pour la paix reste immobile. Ni navire, ni condamnation des attaques, ni mise en garde adressée à Israël. Rien, sinon une déclaration minimaliste du Quai d’Orsay, expliquant que « les participants à cette expédition en faveur de Gaza ont été informés des risques encourus » et promettant une simple « protection consulaire ».

Pourtant, la levée du blocus et l’entrée de journalistes à Gaza figurent noir sur blanc parmi les objectifs affichés de la diplomatie française. Quarante-quatre de nos concitoyens, dont un journaliste de l’Humanité, sont aujourd’hui exposés à une menace directe. Si un drame devait survenir, l’exécutif porterait une lourde responsabilité.

 

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