HONNEUR : Étrange semaine, en vérité, où se côtoient la
Grande Histoire et les petites polémiques de caniveau. Côté Grande Histoire,
inutile de rappeler la reconnaissance de l’État palestinien par la France,
geste qui entre dans le Grand Livre de notre trajectoire internationale. Le
bloc-noteur imaginait peu avoir à l’écrire un jour : rendons grâce à Mac
Macron II d’avoir tenu bon, jusqu’à la tribune de l’ONU, ne laissant ni Israël
ni les États-Unis lui couper l’herbe sous le pied, entraînant derrière lui de
nouveaux pays.
Une sorte de
« merci » effleure même nos pensées, mais nous ne franchirons pas ce
seuil-là – ce serait dédouaner le prince-président d’avoir tardé, attendant
qu’un génocide s’abatte sur Gaza et provoque des haut-le-cœur dans le monde
entier. Néanmoins, il y a désormais un avant et un après. L’honneur de la
France.
La taxe Zucman comme révélateur
LIBÉRAUX : Côté petites polémiques de caniveau, notre pays
montre, dans le même moment, qu’il n’a vraiment pas de leçons à recevoir
d’autres grandes nations. Voici donc la taxe Zucman comme révélateur
emblématique et pitoyable de l’état des échanges contradictoires dans la sphère
médiatico-politique.
« Sortir d’un débat caricatural », écrivait même le Monde cette semaine,
renvoyant dos à dos ceux qui soutiennent le dispositif, accusés d’y trouver « le
remède miracle à notre impasse budgétaire », et les opposants, qui
font « semblant de ne pas voir qu’il existe un sujet d’équité et de
dégressivité de l’impôt chez les plus riches ». Ainsi le débat
tournerait « à vide », le Monde pointant, sans
surprise, les risques du dispositif Zucman, à savoir la « fuite des
talents », les « dommages sur l’attractivité du pays »,
le « frein à la création d’entreprise », le « risque
d’inconstitutionnalité », etc.
Nous avons
compris le message : les libéraux sont dans la place ! Surtout pour
relayer la parole des milliardaires et des riches, qui, depuis le macronisme
(et bien avant), vivaient un rêve éveillé. Pensez donc leur réaction :
une petite taxe de 2 % sur les patrimoines à 100 millions
d’euros apparaît fatalement comme le plus insupportable des cauchemars, mettant
en péril tout l’édifice qu’ils ont établi à la sueur de leurs fronts (sic).
Après les cris
d’orfraie du Medef, du Figaro et d’économistes ultralibéraux venant
même des rangs de l’extrême droite, le dernier à avoir perdu son sang-froid
devant cette mesure n’est autre que l’homme le plus riche d’Europe :
Bernard Arnault. Le PDG de LVMH, dans une interview choc accordée au Sunday
Times, qualifie Gabriel Zucman de « militant d’extrême
gauche » aligné sur une idéologie qui « vise la destruction de
l’économie libérale » et dont la « pseudo-compétence
universitaire fait largement débat ». En quelques mots, tout y passe.
Bernard
Arnault, chose rare, sort du bois au moment crucial, alors que deux tiers des
Français se disent « favorables » à une taxation des riches, dans un
contexte bien connu : pour les plus fortunés, les impôts restent en chute
libre, l’optimisation fiscale permet d’éviter ceux qui restent, et les grandes
entreprises se gavent d’argent public. Pour mémoire, notons que les
500 plus grandes fortunes ont vu leur richesse multipliée par six en
quinze ans…
AMNÉSIQUES : Le pauvre
Gabriel Zucman n’en demandait pas tant. L’économiste, qui n’a rien d’un
militant et enseigne à l’École normale supérieure après avoir donné des cours à
Berkeley, s’est donc contenté de répondre à Arnault que « la fébrilité
n’autorise pas la calomnie ». Avant d’asséner deux-trois vérités :
« Avec la montée du trumpisme, j’ai vu fleurir ce discours dénigrant
les savoirs et la recherche aux États-Unis. (…) Par ailleurs, n’oublions pas
que les milliardaires ne paient pas, ou presque, d’impôt sur le revenu en France. »
La taxe Zucman,
qui effraie les possédants, est pourtant modeste dans son esprit et sa réalité.
Elle ne constitue ni une révolution ni un changement de cap vers le communisme,
et fut d’ailleurs déjà votée à l’Assemblée nationale, avant même la chute de
François IV, contre l’avis de Mac Macron II. En France, les amnésiques ne
manquent pas. Bernard Arnault est leur porte-parole. Comment s’en
étonner ?

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