vendredi 26 septembre 2025

« Vérité(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin



HONNEUR : Étrange semaine, en vérité, où se côtoient la Grande Histoire et les petites polémiques de caniveau. Côté Grande Histoire, inutile de rappeler la reconnaissance de l’État palestinien par la France, geste qui entre dans le Grand Livre de notre trajectoire internationale. Le bloc-noteur imaginait peu avoir à l’écrire un jour : rendons grâce à Mac Macron II d’avoir tenu bon, jusqu’à la tribune de l’ONU, ne laissant ni Israël ni les États-Unis lui couper l’herbe sous le pied, entraînant derrière lui de nouveaux pays.

Une sorte de « merci » effleure même nos pensées, mais nous ne franchirons pas ce seuil-là – ce serait dédouaner le prince-président d’avoir tardé, attendant qu’un génocide s’abatte sur Gaza et provoque des haut-le-cœur dans le monde entier. Néanmoins, il y a désormais un avant et un après. L’honneur de la France.

La taxe Zucman comme révélateur

LIBÉRAUX : Côté petites polémiques de caniveau, notre pays montre, dans le même moment, qu’il n’a vraiment pas de leçons à recevoir d’autres grandes nations. Voici donc la taxe Zucman comme révélateur emblématique et pitoyable de l’état des échanges contradictoires dans la sphère médiatico-politique.

« Sortir d’un débat caricatural », écrivait même le Monde cette semaine, renvoyant dos à dos ceux qui soutiennent le dispositif, accusés d’y trouver « le remède miracle à notre impasse budgétaire », et les opposants, qui font « semblant de ne pas voir qu’il existe un sujet d’équité et de dégressivité de l’impôt chez les plus riches ». Ainsi le débat tournerait « à vide », le Monde pointant, sans surprise, les risques du dispositif Zucman, à savoir la « fuite des talents », les « dommages sur l’attractivité du pays », le « frein à la création d’entreprise », le « risque d’inconstitutionnalité », etc.

Nous avons compris le message : les libéraux sont dans la place ! Surtout pour relayer la parole des milliardaires et des riches, qui, depuis le macronisme (et bien avant), vivaient un rêve éveillé. Pensez donc leur réaction : une petite taxe de 2 % sur les patrimoines à 100 millions d’euros apparaît fatalement comme le plus insupportable des cauchemars, mettant en péril tout l’édifice qu’ils ont établi à la sueur de leurs fronts (sic).

Après les cris d’orfraie du Medef, du Figaro et d’économistes ultralibéraux venant même des rangs de l’extrême droite, le dernier à avoir perdu son sang-froid devant cette mesure n’est autre que l’homme le plus riche d’Europe : Bernard Arnault. Le PDG de LVMH, dans une interview choc accordée au Sunday Times, qualifie Gabriel Zucman de « militant d’extrême gauche » aligné sur une idéologie qui « vise la destruction de l’économie libérale » et dont la « pseudo-compétence universitaire fait largement débat ». En quelques mots, tout y passe.

Bernard Arnault, chose rare, sort du bois au moment crucial, alors que deux tiers des Français se disent « favorables » à une taxation des riches, dans un contexte bien connu : pour les plus fortunés, les impôts restent en chute libre, l’optimisation fiscale permet d’éviter ceux qui restent, et les grandes entreprises se gavent d’argent public. Pour mémoire, notons que les 500 plus grandes fortunes ont vu leur richesse multipliée par six en quinze ans…

AMNÉSIQUES : Le pauvre Gabriel Zucman n’en demandait pas tant. L’économiste, qui n’a rien d’un militant et enseigne à l’École normale supérieure après avoir donné des cours à Berkeley, s’est donc contenté de répondre à Arnault que « la fébrilité n’autorise pas la calomnie ». Avant d’asséner deux-trois vérités : « Avec la montée du trumpisme, j’ai vu fleurir ce discours dénigrant les savoirs et la recherche aux États-Unis. (…) Par ailleurs, n’oublions pas que les milliardaires ne paient pas, ou presque, d’impôt sur le revenuen France. »

La taxe Zucman, qui effraie les possédants, est pourtant modeste dans son esprit et sa réalité. Elle ne constitue ni une révolution ni un changement de cap vers le communisme, et fut d’ailleurs déjà votée à l’Assemblée nationale, avant même la chute de François IV, contre l’avis de Mac Macron II. En France, les amnésiques ne manquent pas. Bernard Arnault est leur porte-parole. Comment s’en étonner ?

 

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