mardi 4 août 2026

« Les Échos » félicite les géants du CAC 40 pour leurs bénéfices pendant la guerre, le billet de Maurice Ulrich.



À la santé des bénéfices et des grands groupes ! Les Échos, le journal économique de Bernard Arnault, nous invite à lever nos verres avec un titre sans complexes : « Malgré la guerre au Moyen-Orient, l’insolente santé des géants du Cac 40 ». Lequel est l’indice boursier qui mesure leur bonne forme. Nos grandes entreprises, écrit l’éditorialiste du jour, « affichent des performances remarquables, dégageant presque toutes un chiffre d’affaires et des bénéfices en hausse ».

Bon, c’est vrai, dit-il, que les entreprises petites et moyennes « souffrent sans doute plus », mais il faut tout de même admettre que nous pourrions, pour une fois, « regarder le verre à moitié plein et admettre que tout ne va pas si mal ». Les chiffres du quotidien ne mentent pas. Au premier semestre, les bénéfices cumulés de 38 entreprises du CAC ont atteint 74,2 milliards d’euros.

Et « la progression des prix du pétrole permet à TotalEnergies d’approcher la barre des 10 milliards de bénéfices, qui se sont envolés de plus de 70 % sur un an ». La guerre, les actionnaires peuvent lui dire merci. Champagne.

lundi 3 août 2026

« Fifa : une fin de règne pour Gianni Infantino ? », l’éditorial de Lionel Venturini



Il n’y aura pas de prolongations. Présenté le 28 juillet, le projet du président de la Fifa de marchandiser encore un peu plus le football n’a pas résisté à la fronde des puissantes confédérations. L’UEFA, qui menaçait de boycotter les compétitions de la Fifa, a été rejointe dans son refus du projet par la Concacaf (Amérique du Nord, Amérique centrale et des Caraïbes) et la confédération asiatique.

En quelques jours, Gianni Infantino a dû remballer sa promesse de verser 20 millions de dollars supplémentaires à chacune des 211 fédérations membres de la Fifa, via une brochette d’investisseurs privés au sein d’une nouvelle société créée à cet effet. Un camouflet pour celui qui se voyait bien, à la fin de son dernier mandat, en 2031, en briguer la direction générale et multiplier des émoluments déjà confortables.

Ce projet était entouré de soupçons de conflit d’intérêts et de clientélisme à quelques mois seulement de l’élection à la présidence de la Fifa, prévue en mars 2027, avec pour l’heure un seul candidat déclaré, Infantino. Parmi les investisseurs mis dans la confidence se trouvait Joshua Kushner, chargé d’attirer des fonds souverains. Il est le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, milliardaire-président spécialiste du détournement d’affaires publiques au profit de business plans cyniques, comme le projet de Riviera du Proche-Orient à Gaza.

Face au tollé, et après le départ de son plus proche conseiller, Carlos Cordeiro, démissionnaire et « catégoriquement », dit-il, opposé au projet de l’instance mondiale de privatiser le ballon rond, Infantino n’avait d’autre choix pour sauver sa tête. L’UEFA et la Concacaf évoquent ouvertement désormais un changement de gouvernance. Pour rebondir, le patron de la Fifa accélère sa proposition d’une Coupe du monde à 64 équipes dès 2030, qui peut séduire certaines fédérations mais pourrait empêcher une nouvelle Coupe du monde en Afrique par exemple, faute d’infrastructures adaptées. Le but, toujours le même : tenir les futures compétitions là où coule l’argent roi.

 

« Nicolas BOUZOU, défenseur de Bernard Arnault », le billet de Maurice Ulrich.



Brave Nicolas Bouzou, économiste de plateaux télé, qui n’hésite pas, dans une tribune du Journal du dimanche, de Vincent Bolloré, à prendre la défense de Bernard Arnault, quand bien même ce dernier a déjà répondu lui-même à une série d’articles du Monde qui lui étaient « hostiles ».

Tiens donc… Mais n’écoutant que son cœur, l’économiste interroge : « Bernard Arnault mérite-t-il réellement les critiques récurrentes que lui adressent une partie de la gauche et certaines personnalités politiques manifestement obsédées par sa personne ? »

Eh bien sa réponse est non. La preuve en est d’ailleurs avec les pages entières de pub encensant les résultats de LVMH, « Aux racines de l’excellence », qui paraissent actuellement. Et Nicolas Bouzou confirme. « La France souffre moins d’un excès de grands entrepreneurs que de leur rareté La France a besoin de plus de Bernard Arnault. »

Lequel a besoin de son côté, on hésite à le dire car ça fait un peu mesquin, d’une île privée aux Bahamas, d’un yacht de 100 mètres, d’un autre en chantier de 150 mètres… Et avec ça on le critique.

samedi 1 août 2026

Fabien Gay, directeur de « L’Humanité » : en hommage à Jean Jaurès, préparons l’avenir




Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Ses combats, d’une brûlante actualité, sont notre héritage. L’existence et le développement de « L’Humanité » en tant que journal libre et indépendant des puissances de l’argent sont un enjeu fondamental.

À la terrasse du Café du Croissant, le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné. Trois jours plus tard, l’Europe s’embrase. Ce jour, comme chaque année, le journal l’Humanité rend hommage à son fondateur. Son assassin pensait faire taire une voix. Mais ce qu’il voulait faire disparaître, c’était bien davantage : la conviction que les peuples peuvent choisir un autre avenir que celui qu’on leur présente comme inévitable.

Cent douze ans plus tard, les fatalistes ont changé de visage, mais portent toujours le même discours : il n’y aurait pas d’alternative. Il faudrait accepter la guerre. Accepter les inégalités. Accepter la montée de l’extrême droite. Accepter l’uniformisation de la pensée et de l’information au profit des tenants du capital. Plus d’un siècle nous sépare de ce soir de juillet. Et pourtant, il suffit d’ouvrir un journal, d’écouter les informations, de regarder le monde tel qu’il est pour comprendre que les questions posées par Jaurès n’ont rien perdu de leur actualité.

Jean Jaurès, toute sa vie, a refusé la résignation. Ce refus s’est transformé en une lutte, qui demeure notre héritage. Il faisait déjà le constat que la presse était détenue par la bourgeoisie. Plus que jamais, ce combat est d’une cruelle actualité. La concentration des médias dans les mains de multimillionnaires réactionnaires est un désastre pour notre démocratie et un danger pour le pluralisme de la presse. L’équilibre, la nuance, la confrontation d’idées et les faits sont effacés au profit de la désinformation et de l’émotion. Le pluralisme de la presse est pourtant consubstantiel de la démocratie et doit être garanti. Il n’existe pas de démocratie complète sans citoyens éclairés. La presse a donc un rôle majeur à jouer, et sa liberté doit être assurée par l’État, sans souffrir d’aucune pression.

Dans ce contexte, et depuis sa création par Jaurès, notre existence et notre développement en tant que journal libre et indépendant des puissances de l’argent sont un enjeu fondamental. Dans son sillon, notre but est donc de poursuivre et d’amplifier la bataille des idées, préalable à toute victoire électorale durable, de lutter contre une guerre idéologique et culturelle menée par l’extrême droite.

Les politiques ultralibérales de ces dernières années ont fragilisé les fondements de notre société, ont abîmé la classe ouvrière et populaire, lasse de subir, de perdre des droits sous le coup des attaques des libéraux. Nous vivons un point de bascule, un point de rupture. Tout le combat politique de Jaurès visait l’avènement d’une république sociale et du pacifisme. Deux concepts inextricables, qui s’alimentent, deux objectifs toujours à atteindre et d’une lucide actualité.

En ce jour d’hommage, nous célébrons, nous nous remémorons et nous préparons l’avenir. Afin que vive l’Humanité, je vous remercie chaleureusement pour vos soutiens à cette souscription pour faire de la prochaine Fête de l’Humanité une grande réussite.

 

vendredi 31 juillet 2026

« En finir avec les politiques climaticides ! », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité Magazine.



Notre monde brûle, les peuples suffoquent et notre humanité commune vacille. Sept des neuf limites planétaires sont dépassées, et c’est donc notre vie dans un écosystème sûr et viable sur le long terme qui est maintenant en jeu. Nous perdons des pans entiers du monde du vivant, le cycle de l’eau est maintenant durablement perturbé, et nos sols et océans pollués.

Il ne s’agit plus de savoir si on croit ou non au dérèglement climatique, ou encore si on pense que notre Terre peut encore endurer cela longtemps. Le réchauffement climatique impacte déjà nos vies, mutile des régions et cause des victimes. Non, la seule question qui vaille est celle de savoir quand nous romprons avec le système capitaliste, responsable de la destruction de la nature et du vivant, pour imposer d’autres modes de production, de consommation et de vie. Et plus nous tarderons, plus la rupture sera brutale, violente et sans transition.

Bien évidemment, on peut et on doit d’ores et déjà s’adapter, en climatisant et en rénovant le bâti par exemple pour supporter les épisodes de grand froid ou de canicule. Mais est-ce durable d’avoir des bâtiments climatisés pendant des semaines de canicule ?

Cet avenir inquiétant n’est pas une vue de l’esprit, fruit d’une imagination débordante, mais bien les scénarii possibles à l’horizon 2030, mis sur la table par des scientifiques. La trajectoire du réchauffement climatique sera de 2 degrés supplémentaires en 2030, et 4 degrés en 2100. Chaque été devient le « plus chaud jamais vécu » sur notre territoire, il commence de plus en plus tôt, affectant tous les domaines de la société, que ce soit l’éducation de nos enfants dans des écoles aux bâtiments dégradés, l’hospitalisation des personnes en souffrance, la saisonnalité de l’agriculture, les conditions de travail et d’habitat.

Nous sommes la dernière génération de femmes et d’hommes, de militantes et militants, à pouvoir agir. Le changement climatique est déjà lancé, mais nous pouvons agir pour l’avenir et limiter les dégâts. La croyance selon laquelle la technologie et l’intelligence artificielle nous permettront de tout réparer est illusoire.

Cet été, le monde brûle, du Canada à l’Espagne, de l’Algérie à la France, et les premiers réfugiés climatiques sont déjà là. Le feu rase les forêts, tue les animaux et s’approche dangereusement de métropoles comme Madrid ou Bordeaux. Les États à eux seuls ne parviennent pas à répondre à la crise, et le soutien des pays voisins montre à chaque fois sa nécessité. Mais il se fait toujours de manière pressante, sans réflexion globale sur ce qui nous a menés à cette impasse, sur la coordination mondiale et les moyens à mettre en œuvre sur le long terme. Alors que les gouvernements augmentent les budgets militaires, ils refusent d’allouer des millions pour la prévention, la sécurité civile ou les forêts. Ce n’est pas de l’inaction climatique. Ce sont des politiques climaticides, qui devraient être interdites.

Il faut donc d’urgence œuvrer à la création d’une grande coalition internationale des peuples libres, souverains et associés, qui aura la tâche de sauver le climat et mettre fin aux inégalités. Mettre en commun les savoirs, les pouvoirs et les richesses, nationaliser les moyens pour dépolluer sols, rivières et océans, mettre fin à l’exploitation des ressources pétrolières. Devoir impérativement produire non pas ce que veut la société consumériste, mais ce dont les peuples ont besoin.

L’urgence de notre temps est donc au communisme.

« Quand la droite récupère l’élan de solidarité des Girondins face aux incendies », l’éditorial de Sébastien Crépel



C’est une petite musique qui monte chez les éditorialistes de droite. L’action spontanée des Girondins pour aider les pompiers à sauver des flammes ce qui peut l’être tout comme leur solidarité envers leurs compatriotes en détresse seraient la preuve d’un État dépassé, certes, mais également du fait qu’on ne peut pas tout attendre de ce dernier.

Les lois et les normes au nom de l’écologie ne feraient qu’entraver et infantiliser les citoyens. Quant à l’initiative des habitants, elle serait un antidote à « l’assistanat » qui les assigne à la passivité. D’autres vont plus loin encore en invoquant le « bon sens paysan » contre la bureaucratie, dans la plus pure veine pétainiste.

Si une démonstration est faite, c’est celle de la dérive libertarienne d’une droite que sa propre trumpisation n’effraie plus. Quitte à récupérer l’exemplaire élan de générosité des Girondins pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Ce qui se joue, au fond, c’est le sens à imprimer au besoin et à l’envie de changement qui taraudent le pays. Comme durant la crise Covid, chacun se dit que les choses ne peuvent plus rester en l’état et que doit s’inventer dans l’urgence un changement complet de paradigme.

Oui, mais lequel ? La France hésite, rejette le macronisme méprisant, autoritaire et dur aux pauvres, mais ne sait à quelle opposition se fier. L’extrême droite surfe sur ce rejet, mais elle-même se heurte à l’exigence de renforcer les services publics qui fait l’unanimité dans le pays, et qui pose la question cruciale des moyens pour le faire.

La tentative de confondre la politique des gouvernants actuels dans un même discrédit avec les instruments de la puissance publique en général doit être lue à cette aune. Elle vise à escamoter la question fondamentale de l’argent derrière une condamnation de façade du macronisme, alors qu’il s’agit en réalité d’en pousser au bout la logique ultralibérale pour conserver intacts les intérêts des fortunés. Tout changer pour que tout continue comme avant. C’est le sens du cri des éditocrates : vive « l’autodéfiance » citoyenne envers la chose publique. C’est aussi un cri contre la République, la res publica, en latin.

 

« Le Frankenstein du XXIe siècle », le billet de Maurice Ulrich.



C’est un peu l’histoire de King Kong qui sort de sa cage ou celle de la créature de Frankenstein… On s’aventurait à écrire ici, il y a quelques jours, que la course effrénée à l’intelligence artificielle des hyper-milliardaires de la tech était peut-être l’une des entreprises les plus stupides de l’histoire, en pensant alors au coût environnemental des énormes data centers qui se multiplient comme des pains.

Mais c’est du secteur de l’IA lui-même que vient une autre mise en garde avec une pétition signée par 1 000 de ses salariés, dont des cadres et dirigeants au plus haut niveau. C’est un appel adressé à l’État américain pour que soit mieux encadré son développement : « L’IA progresse à un rythme auquel notre société n’est peut-être pas préparée (…) Pour éviter des dommages catastrophiques, nous avons besoin d’une bien meilleure coordination. »

Le PDG d’Open IA, Sam Altman lui-même, a apporté un soutien à l’initiative. Il y a quelques jours, un de ses modèles en développement s’est échappé de son propre chef du cadre imparti pour le contourner.

 

« Le Tour de France femmes sur France Télévisions…avec modération », le billet de Maurice Ulrich.

Comme le Tour de France hommes, le Tour de France femmes, c’est sur France Télévisions mais… avec modération. Dès le premier jour on s’att...