vendredi 31 juillet 2026

« Quand la droite récupère l’élan de solidarité des Girondins face aux incendies », l’éditorial de Sébastien Crépel



C’est une petite musique qui monte chez les éditorialistes de droite. L’action spontanée des Girondins pour aider les pompiers à sauver des flammes ce qui peut l’être tout comme leur solidarité envers leurs compatriotes en détresse seraient la preuve d’un État dépassé, certes, mais également du fait qu’on ne peut pas tout attendre de ce dernier.

Les lois et les normes au nom de l’écologie ne feraient qu’entraver et infantiliser les citoyens. Quant à l’initiative des habitants, elle serait un antidote à « l’assistanat » qui les assigne à la passivité. D’autres vont plus loin encore en invoquant le « bon sens paysan » contre la bureaucratie, dans la plus pure veine pétainiste.

Si une démonstration est faite, c’est celle de la dérive libertarienne d’une droite que sa propre trumpisation n’effraie plus. Quitte à récupérer l’exemplaire élan de générosité des Girondins pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Ce qui se joue, au fond, c’est le sens à imprimer au besoin et à l’envie de changement qui taraudent le pays. Comme durant la crise Covid, chacun se dit que les choses ne peuvent plus rester en l’état et que doit s’inventer dans l’urgence un changement complet de paradigme.

Oui, mais lequel ? La France hésite, rejette le macronisme méprisant, autoritaire et dur aux pauvres, mais ne sait à quelle opposition se fier. L’extrême droite surfe sur ce rejet, mais elle-même se heurte à l’exigence de renforcer les services publics qui fait l’unanimité dans le pays, et qui pose la question cruciale des moyens pour le faire.

La tentative de confondre la politique des gouvernants actuels dans un même discrédit avec les instruments de la puissance publique en général doit être lue à cette aune. Elle vise à escamoter la question fondamentale de l’argent derrière une condamnation de façade du macronisme, alors qu’il s’agit en réalité d’en pousser au bout la logique ultralibérale pour conserver intacts les intérêts des fortunés. Tout changer pour que tout continue comme avant. C’est le sens du cri des éditocrates : vive « l’autodéfiance » citoyenne envers la chose publique. C’est aussi un cri contre la République, la res publica, en latin.

 

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