C’est une
petite musique qui monte chez les éditorialistes de droite. L’action spontanée des Girondins pour aider les pompiers à sauver des flammes ce qui
peut l’être tout comme leur solidarité envers leurs compatriotes en détresse
seraient la preuve d’un État dépassé, certes, mais également du fait qu’on ne
peut pas tout attendre de ce dernier.
Les lois et les
normes au nom de l’écologie ne feraient qu’entraver et infantiliser les
citoyens. Quant à l’initiative des habitants, elle serait un antidote à « l’assistanat »
qui les assigne à la passivité. D’autres vont plus loin encore en invoquant le « bon
sens paysan » contre la bureaucratie, dans la plus pure veine
pétainiste.
Si une
démonstration est faite, c’est celle de la dérive libertarienne d’une droite
que sa propre trumpisation n’effraie plus. Quitte à récupérer l’exemplaire élan
de générosité des Girondins pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Ce qui se
joue, au fond, c’est le sens à imprimer au besoin et à l’envie de changement
qui taraudent le pays. Comme durant la crise Covid, chacun se dit que les
choses ne peuvent plus rester en l’état et que doit s’inventer dans l’urgence
un changement complet de paradigme.
Oui, mais
lequel ? La France hésite, rejette le macronisme méprisant, autoritaire et dur aux pauvres, mais ne sait à
quelle opposition se fier. L’extrême droite surfe sur ce rejet, mais elle-même
se heurte à l’exigence de renforcer les services publics qui fait l’unanimité
dans le pays, et qui pose la question cruciale des moyens pour le faire.
La tentative de
confondre la politique des gouvernants actuels dans un même discrédit avec les
instruments de la puissance publique en général doit être lue à cette aune.
Elle vise à escamoter la question fondamentale de l’argent derrière une
condamnation de façade du macronisme, alors qu’il s’agit en réalité d’en
pousser au bout la logique ultralibérale pour conserver intacts les intérêts
des fortunés. Tout changer pour que tout continue comme avant. C’est le sens du
cri des éditocrates : vive « l’autodéfiance » citoyenne envers la
chose publique. C’est aussi un cri contre la République, la res publica, en
latin.

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