lundi 29 décembre 2025

« Où Bruno Jeudy trouve-t-il toute cette énergie ? », le billet de Maurice Ulrich.



« Où trouve-t-il toute cette énergie ? » La réponse du président du RN à la question de savoir ce qu’il pensait de Donald Trump a fait le tour des réseaux. On ne fera pas au directeur de la rédaction de la Tribune dimanche, Bruno Jeudy, l’injure de dire qu’il pense comme Jordan Bardella.

Mais c’est quand même un peu embêtant qu’il écrive dans son dernier éditorial, quand bien même c’est en opposition à Emmanuel Macron « impopulaire, presque effacé », que « le contraste est saisissant avec l’Amérique de Donald Trump, tonitruante, brutale, parfois erratique, mais débordante d’énergie » avec « un locataire de la Maison-Blanche qui occupe l‘espace, impose son tempo, quitte à choquer »…

Eh bien, non, c’est un peu court Bruno Jeudy. Vous auriez pu dire, comme le fait dans le même numéro de l’hebdomadaire le chroniqueur François Clemenceau : « On s’amusait d’entendre le président américain dire des énormités. On s’offusquait de le voir insulter ses adversaires, mais derrière ce comportement grossier et parfois grotesque se cache à peine la mécanique d’un fascisme contemporain, un néofascisme à l’américaine. »

 

vendredi 26 décembre 2025

« Agriculture : sortir d’un modèle à bout de souffle », l’éditorial de Laurent Mouloud.



« Enfant, j’en rêvais ; adulte, j’en crève ! » Le cri de colère, entendu jeudi dernier dans la manifestation paysanne à Bruxelles, résume assez bien la détresse de tout un secteur qui, dans une relative indifférence, affronte une crise protéiforme, voire existentielle, particulièrement violente. Depuis trois ans se succèdent les images d’agriculteurs au bout du rouleau, pris dans les tourments d’une grippe aviaire, d’un feu géant ou de revenus indigents qui les poussent à mettre la clé sous la porte, étranglés par les dettes.

Ce regain de mobilisations ne doit rien au hasard. La profession est en première ligne face au changement climatique et à la pression des marchés dérégulés. Plus que toute autre, elle en subit ces effets destructeurs. Avec le sentiment profond – et souvent justifié – d’être abandonnée à son sort par les pouvoirs publics. La crise de la dermatose nodulaire contagieuse, avec sa stratégie d’abattages systématiques des troupeaux, est une souffrance de plus. La goutte d’eau dans un océan de difficultés.

Les Français le savent-ils ? Plus de la moitié des fermes françaises ont disparu depuis la fin des années 1980. Alors qu’on en recensait 1 million il y a quarante ans, il n’en reste aujourd’hui que 390 000 (soit une baisse de 61,7 %). Sur cette même période, la part dans l’emploi des agriculteurs exploitants est passée de 7,1 % à moins de 1,5 %. Ce constat, on le sait, n’a rien d’une fatalité. Il est le résultat de choix politiques menés par la droite et les sociaux-libéraux – qui ont méthodiquement détruit l’agriculture paysanne au profit d’une libéralisation délétère.

La fameuse politique agricole commune (PAC), autrefois outil de régulation et de sécurisation des revenus, est devenue un système d’aides inégalitaire, favorisant les grandes exploitations au détriment des petites, qui disparaissent à un rythme effréné : 40 000 en l’espace de trois ans.

De son côté, la grande distribution impose ses prix, les industriels compressent les marges, tandis que les accords de libre-échange – Ceta, Mercosur – mettent en concurrence des paysans français avec des producteurs soumis à des normes sociales et environnementales bien moindres. Pris en étau, beaucoup d’agriculteurs produisent aujourd’hui à perte, pendant que les géants de l’agroalimentaire et de la distribution engrangent des milliards.

Sortir de cette impasse nécessite de rompre avec ce capitalisme agricole et son modèle productiviste qui détruit les sols, épuise les paysans et enrichit une poignée d’acteurs de l’agro-industrie. Cela passe par un refus du traité du Mercosur, dont la signature vient d’être reportée à début janvier sous la pression de la France et de l’Italie.

Mais également par un projet politique clair qui défende une agriculture paysanne, locale et durable, qui garantisse des prix planchers, une régulation des marchés, un soutien fort aux installations et un accompagnement permanent à la transition agroécologique.

Il y va de l’avenir de toute une profession. Mais aussi de la souveraineté alimentaire de la France. À défaut, le gouvernement laissera le champ ouvert à toutes les récupérations politiques de la colère paysanne. Dans les territoires ruraux du Sud-Ouest, la Coordination rurale, syndicat proche de l’extrême droite, fait son beurre de la dénonciation des « normes » dans une rhétorique dangereuse qui oppose écologie et justice sociale. À n’en pas douter, ce discours continuera de prospérer sur la souffrance du monde paysan. Et, surtout, sur l’absence de toute autre perspective.

 

mercredi 24 décembre 2025

Le renoncement à la distribution postale de la presse, un danger pour la démocratie !



La presse est aujourd’hui plongée dans une profonde transformation sous l’effet du numérique. La hausse constante du nombre d’abonnements et des audiences en ligne témoigne de son adaptation réussie aux nouveaux usages. Cependant, une partie importante de des lecteurs reste attachée au journal papier, permettant notamment de financer les investissements nécessaires dans le numérique.

Cet équilibre fragile est aujourd’hui remis en cause par l’augmentation vertigineuse des coûts de distribution – et particulièrement par la perspective d’une augmentation brutale des tarifs postaux.

Le service public de distribution postale de la presse, institué par la loi, est en effet un rouage essentiel de la chaîne de l’information, qui permet de servir les lecteurs situés dans les zones les plus isolées.

Les conditions de cette mission sont aujourd’hui remises en cause : alors que la Poste et l’Etat s’étaient engagés à plafonner les augmentations tarifaires jusqu’en 2027, ils s’apprêtent aujourd’hui à revenir sur leur signature, en augmentant massivement le prix du transport postal.

Une telle décision remettrait en cause, pour nos concitoyens situés dans les zones les moins denses du territoire, la disponibilité de leur journal ou de leur magazine à un coût raisonnable.

Les coûts de distribution augmentent quand les volumes distribués baissent

Quelles sont les raisons d’un tel revirement ? La Poste prétend que les coûts de distribution de la presse auraient augmenté de 40 % en 2023, et ce alors même que les volumes distribués baissent continuellement ; que ces coûts seraient désormais « insupportables », alors qu’elle a réalisé 1,4 milliard d’euros de bénéfice l’année dernière…

Il est tentant de penser qu’il s’agit plutôt de faire peser sur les éditeurs les conséquences financières du recul des volumes du courrier postal. Si le coût des missions de service public n’est pas entièrement compensé, ce n’est pas aux éditeurs et aux lecteurs de presse d’y remédier.

Après la désertification des territoires en matière de commerces, d’infrastructures, de médecins, allons-nous assister à la fin de l’un des derniers services publics bénéficiant à tous les Français de façon égalitaire ? Ainsi, l’on aurait en France une Poste capable de livrer dans de bonnes conditions tous les colis, mais pas la presse ?

A l’approche d’échéances électorales importantes, et alors que la désinformation en ligne devient massive, affaiblir la distribution d’une information fiable et pluraliste est un danger pour notre démocratie, que les pouvoirs publics ne peuvent ignorer. L’étude publiée récemment par la Fondation Jean-Jaurès a encore mis en évidence le lien entre l’attachement aux valeurs démocratique, la participation électorale et l’accès aux médias.

L’Etat doit ici jouer son rôle et respecter sa signature en garantissant les conditions de la distribution postale.

 

QU’UN HUMAIN !



Tu n’es pas ce rocher qui résiste aux tempêtes, perdu dans les embruns, renaissant aussitôt.  Tu n’es pas ce roseau qui sait courber la tête et se relève prêt pour un nouvel assaut. Tu n’es pas ce galet que les vagues entraînent et qui indifférent se répand au rivage. Tu n’es pas cette dune que les grands vents malmènent et qui se reconstruit après chaque passage. Tu n’es pas ce bateau amarré à la grève qui tangue et qui gémit mais ne sombre jamais. Tu n’es pas cet oiseau dans le jour qui s’achève inconscient de demain et de sa destinée. Tu n’es qu’un humain connaissant ses faiblesses. Tu ne t’effondres pas au moindre coup du sort.   Tu penses et tu agis empli d’une grande sagesse en ne te résignant pas à la loi du plus fort.

 

1936-2026 : 80ème anniversaire du Front populaire



S'il y a une commémoration à ne pas manquer, c'est bien celle des 80 ans du Front populaire. A moins que l'oubli ne soit volontaire. Le Front populaire, une période où la gauche, socialiste en tête, osait des réformes audacieuses capables de mobiliser les forces vives du pays. La comparaison est sûrement trop cruelle. Dans un pays frappé de commémoritude aiguë, où l'on entretient les anniversaires comme on soigne des plantes vertes, cet événement ne devra pas passer inaperçu : les 80 ans du Front populaire. On ne peut pas passer par profits et pertes le bilan des mois qui virent l'arrivée de la gauche au pouvoir, les grandes grèves de mai et juin 1936, puis la signature des accords de Matignon. Ces derniers se sont soldés, excusez du peu, par l'instauration des congés payés, la création des allocations chômage, la semaine des 40 heures, la liberté syndicale, l'élection des délégués du personnel, la généralisation des conventions collectives, la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans (contre 10 auparavant), le droit à la retraite à 65 ans pour les travailleurs des mines, ou la création de l'Office national interprofessionnel du blé afin de soutenir les prix des denrées agricoles. Pour la première fois depuis la Commune de Paris, des hommes (et même des femmes, suprême nouveauté) non issus des couches dominantes ont accédé aux commandes de l'Etat…

On n’arrête pas le progrès…, l’éditorial de Marie-José Sirach.



Quelque part entre la Grèce et l’Albanie, plus de 100 000 araignées ont construit sous terre une sorte de phalanstère où elles cohabitent harmonieusement. Elles ont tissé une fraternité arachnéenne avec partage du boulot, solidarité. Elles appartiennent au genre Meta. À ne pas confondre avec le genre Maga.

Validé par l’Inserm, le CNRS, la Sorbonne, la Fondation Rothschild, un implant oculaire va permettre à 200 millions de Terriens atteints de dégénérescence maculaire de ne pas perdre la vue. Pour celles et ceux qui en doutent, ils ont toujours la possibilité d’aller à Lourdes, il paraît qu’on y fait des miracles. Dans le désert d’Atacama, un télescope géant permet de cartographier l’Univers, les planètes, les astéroïdes, les étoiles, les galaxies. À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune présence de petits bonshommes verts ou rouges n’a été détectée.

Voilà quelques-unes des découvertes scientifiques de l’année dont on peut, dont on devrait se réjouir, tant elles représentent des avancées considérables pour le bien-être de l’humanité. Ce serait sans compter sur cette déferlante obscurantiste, ces attaques sans précédent contre la recherche fondamentale qui ne sont plus l’apanage de quelques hurluberlus. Les théories platistes, complotistes sans aucun argument rationnel, relayées par une armée d’influenceurs qui tirent à vue sur la recherche scientifique, sont désormais validées par Trump et son administration.

Mise à mort de la recherche sur le changement climatique, l’environnement, la santé des femmes. Sanctions budgétaires contre les universités. Démantèlement partiel ou total des agences d’État, tous ces services publics qui coûtent décidément trop cher aux yeux du milliardaire président.

Depuis son retour au pouvoir, la guerre est déclarée à la communauté scientifique et aux intellectuels. On oppose à leurs travaux des valeurs morales, chrétiennes, seules aptes à rendre l’Amérique plus grande. Sommes-nous bien sûrs, ici, d’être à l’abri de telles manipulations ? Il y a toujours un Bolloré qui traîne quelque part…

 

« Donald Trump à l'assaut du Groenland », le billet de Maurice Ulrich.



C’est comme un voisin qui s’installerait chez vous parce que votre appartement lui plaît. Le forcené vient de nommer un envoyé spécial au Groenland dont il a toujours le dessein de s’emparer. Jeff Landry, gouverneur républicain de Louisiane dont on se demande bien quel est le rapport avec le territoire du Nord, « comprend à quel point, a déclaré Donald Trump, le Groenland est essentiel à notre sécurité nationale et défendra avec vigueur les intérêts de notre pays pour la sûreté, la sécurité et la survie de nos alliés, et même du monde entier ». 

Il fait ça aussi pour nous. Jeff, en tout cas, a bien compris, qui lui a répondu : « C’est un honneur pour moi de vous servir à ce poste bénévole afin de faire du Groenland une partie des États-Unis. » On a peut-être omis de lui dire qu’il y avait au Groenland des Groenlandais opposés, à plus de 90 %, à ce rapt d’État. Faute de rouler Jeff dans du goudron et des plumes pour un retour à l’envoyeur, le congeler, peut-être ? C’est Noël.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...