La presse est
aujourd’hui plongée dans une profonde transformation sous l’effet du numérique.
La hausse constante du nombre d’abonnements et des audiences en ligne témoigne
de son adaptation réussie aux nouveaux usages. Cependant, une partie importante
de des lecteurs reste attachée au journal papier, permettant notamment de
financer les investissements nécessaires dans le numérique.
Cet équilibre
fragile est aujourd’hui remis en cause par l’augmentation vertigineuse des
coûts de distribution – et particulièrement par la perspective d’une
augmentation brutale des tarifs postaux.
Le service
public de distribution postale de la presse, institué par la loi, est en effet
un rouage essentiel de la chaîne de l’information, qui permet de servir les
lecteurs situés dans les zones les plus isolées.
Les conditions
de cette mission sont aujourd’hui remises en cause : alors que la Poste et
l’Etat s’étaient engagés à plafonner les augmentations tarifaires jusqu’en
2027, ils s’apprêtent aujourd’hui à revenir sur leur signature, en augmentant
massivement le prix du transport postal.
Une telle
décision remettrait en cause, pour nos concitoyens situés dans les zones les
moins denses du territoire, la disponibilité de leur journal ou de leur
magazine à un coût raisonnable.
Les coûts de distribution augmentent quand les volumes
distribués baissent
Quelles sont
les raisons d’un tel revirement ? La Poste prétend que les coûts de
distribution de la presse auraient augmenté de 40 % en 2023, et ce alors même
que les volumes distribués baissent continuellement ; que ces coûts seraient
désormais « insupportables », alors qu’elle a réalisé 1,4 milliard d’euros
de bénéfice l’année dernière…
Il est tentant
de penser qu’il s’agit plutôt de faire peser sur les éditeurs les conséquences
financières du recul des volumes du courrier postal. Si le coût des missions de
service public n’est pas entièrement compensé, ce n’est pas aux éditeurs et aux
lecteurs de presse d’y remédier.
Après la
désertification des territoires en matière de commerces, d’infrastructures, de
médecins, allons-nous assister à la fin de l’un des derniers services publics
bénéficiant à tous les Français de façon égalitaire ? Ainsi, l’on aurait en
France une Poste capable de livrer dans de bonnes conditions tous les colis,
mais pas la presse ?
A l’approche
d’échéances électorales importantes, et alors que la désinformation en ligne
devient massive, affaiblir la distribution d’une information fiable et
pluraliste est un danger pour notre démocratie, que les pouvoirs publics ne peuvent
ignorer. L’étude publiée récemment par la Fondation Jean-Jaurès a encore mis en
évidence le lien entre l’attachement aux valeurs démocratique, la participation
électorale et l’accès aux médias.
L’Etat doit ici
jouer son rôle et respecter sa signature en garantissant les conditions de la
distribution postale.

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