mercredi 24 mai 2023

Nouvelle : « SCULPTEUR D’ÂME »



Savez-vous écouter un musicien ambulant ? Savez-vous remarquer le passant qui vous offre un sourire ? Savez-vous accepter l’humain qui vous tend la main ?

Il est là et il donne sans s’apercevoir ni chercher à voir, alors que les gens prennent avec nonchalance le bonheur qu’il leur offre du bout de doigts. Il est là et il est beau quand il leur raconte ses rêves, tellement beau que personne n’écoute alors qu’il suffit d’entendre. Il est là mais ailleurs en même temps, insaisissable puisqu’il est humain et musique à la fois ; il se fond dans ce décor qui ne lui convient pas et qui le cache si bien de ceux qui y évoluent comme si ce monde était le leur, personne ne le remarque, ou personne ne daigne le voir et pourtant il met son cœur à nu sous leurs yeux.

Alors ils se sentent obligés et c’est comme s’ils lui faisaient une fleur, ils descendent de leur piédestal pour lui faire une faveur, ils ont l’impression de donner et se voient grands, alors qu’ils ne sont rien devant lui, mais il ne leur dira pas. C’est une étoile tombée du ciel qui accepte ce qu’elle a de meilleur, et aux pauvres ingrats se voient toujours supérieurs ; leur vie se décline en une multitude de gris dont ils sont fiers, fiers puisqu’ignorants des couleurs qui illustrent la sienne ; mais il est indulgent et poursuit la ritournelle.

Elle est là et elle se voit, entend et ressent, elle rêve avec lui et rejoint son monde, goûte aux couleurs de ses illusions et partage ses joies. Elle oublie sa peine et délaisse son chagrin, pendant un instant elle danse aussi et discerne le bonheur, il est si près, toujours à portée de main et elle s’aperçoit qu’ils sont bien aveugles. Elle se voit si petite et elle comprend qu’ils ne sont rien et qu’il est tout puisqu’il n’est pas seul, lui sait s’ouvrir et s’offrir quand ils ne savent même pas écouter et c’est là que se trouve toute la différence.

Elle est là et elle le voit, elle entend la musique de son âme, elle l’écoute avec le cœur et elle non plus n’est plus seule, elle ressent ses peines et ses chagrins qu’elle mêle aux siens, ils ne font plus qu’un, l’espace d’un instant, puisqu’elle a su recevoir ce qu’il a su donner. Et elle se fige au milieu de la rue, et elle sourit avec les yeux comme elle sourit avec la bouche, et elle rayonne du bonheur qu’elle a su apprécier, le bonheur que distribue un inconnu avec son violon.

Les gens passent sans s’arrêter, ils croient entendre de la musique, finalement c’est bien ça, quelques notes qui s’envolent et qui dansent, mais qui sont bien vite emportées par une foule de pensées bien plus importantes. Leur démarche est vive et régulière, ils sont musiques sans le savoir, métronomes qui martèlent le pavé de leur existence autrement importante, ils accordent quelques secondes de leur précieux temps à cet inconnu insignifiant, ils daignent lui accorder quelques secondes de leur attention. Ils sont magnanimes.

Et les plus généreux s’avancent et laissent tomber quelques ronds métalliques qui tintent quand leur chute se termine dans une boîte tout aussi métallique, une offrande à l’image du cœur de ces automates. Ils sont bien grands ces passants, ils ont fait une bonne action, ils ont à peine entendu et ils ont donné, ils sont bien bons et il leur est redevable, ce violoniste qui n’a apparemment rien de mieux à faire.

Sculpteur d’âme, sculpteur de cœur, de chagrin…toujours la même ritournelle, pourtant cette fois, ils étaient deux à voir le monde en couleur.

« La République contre-attaque », l’éditorial de Cristophe Deroubaix dans l’Humanité.



La République contre-attaque là où elle a, il y a peu, perdu : à Saint-Brevin. L’affaire est devenue nationale depuis que son maire, Yannick Morez, a démissionné de ses fonctions et décidé de quitter la ville après que sa maison eut été incendiée. Il voulait implanter un centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Par la violence extrême, l’extrême droite lui a fait payer son humanité. La marche organisée aujourd’hui où se retrouveront des maires, des élus socialistes, insoumis, communistes, écologistes pourrait contribuer à faire de cette toujours noble idée de République une force matérielle, de nouveau.

L’histoire traversée par Yannick Morez ne raconte pas seulement la montée en puissance de l’extrême droite. Elle dit surtout la responsabilité de la Macronie dans ce phénomène. Au Sénat, l’ancien édile a raconté par le menu les défaillances de l’État lors de la course dramatique vers la tentative de nuire à son intégrité physique. Ce fut édifiant. Il faut pourtant bien constater que cette défaillance tient plus de la complicité de fait que de l’accident de parcours. La coalition au pouvoir a tellement euphémisé le danger de l’extrême droite que cette banalisation rentre par tous les pores de la peau de la société. On connaît le but de la manœuvre : valoriser la famille politique des Le Pen, meilleure ennemie du second tour pour le « bloc central », et donc la faire prospérer en reprenant ses codes et en braconnant sur ses terres.

Qui a, entre autres, fait voter une loi sur le séparatisme, développé une campagne sur « l’islamo-gauchisme », et tant et tant emprunté à la rhétorique de l’extrême droite ? On apprenait même hier que le ministère de l’intérieur – Gérald Darmanin, encore et toujours lui – avait demandé aux rectorats de faire remonter le taux d’absentéisme constaté lors de l’Aïd al-Fitr dans les établissements scolaires.

L’affaire de Saint-Brevin nous apprend pourtant que l’extrême droite n’est pas un objet inanimé dans les mains expertes d’un apprenti sorcier mais une force en expansion. Et la marche républicaine du jour préfigurera peut-être un endiguement par la seule force manifestement disponible : la gauche.

 

mardi 23 mai 2023

« Dictature de l’argent », l’éditorial de Rosa Moussaoui dans l’Humanité.



Un Parlement bafoué, des brèches constitutionnelles instrumentalisées par un exécutif omnipotent, des grévistes réprimés, des rassemblements interdits, des manifestants tabassés : rien d’inédit. Partout où, dans le « monde libre », se sont déployées, ces dernières années, d’impopulaires politiques d’austérité et de démolition sociale, les principes démocratiques, les libertés ont été mis en charpie. En Europe, le martyre grec en a offert l’illustration la plus cruelle, avec les mémorandums des créanciers se substituant à la loi. Non, capitalisme et démocratie ne sont pas les deux faces d’une même pièce. Les papes du néolibéralisme n’ont d’ailleurs jamais dissimulé leur aversion pour le gouvernement du peuple.

« Je dois admettre franchement que si la démocratie veut dire gouvernement par la volonté arbitraire de la majorité, je ne suis pas démocrate ; je considère même un tel gouvernement comme pernicieux », clamait en 1983 le prix Nobel d’économie Friedrich Hayek. Louis Rougier, pionnier du néolibéralisme en France, se désespérait, lui aussi, de voir « la politique économique, budgétaire et monétaire des États » décidée « sous la pression des masses électorales ». Quant au « libéral-démocrate » Raymond Aron, il redoutait ouvertement de voir « le libéralisme politique » conduire « de manière presque fatale à un système d’économie partiellement dirigé et partiellement socialiste ». Et dans sa hiérarchie assumée des libertés, le monétariste Milton Friedman, qui forma les Chicago Boys d’Augusto Pinochet, plaçait au sommet la liberté économique, qu’il tenait pour « une fin en soi ». Le néolibéralisme, ce n’est pas la démocratie. C’est le règne du fric, des marchés financiers, des agences de notation ; c’est la décision politique indexée sur les fluctuations boursières.

Ultime chausse-trappe du « cheminement démocratique » dont il se flatte, l’exécutif invoque aujourd’hui, pour empêcher l’abrogation de sa réforme des retraites, l’article 40 de la Constitution, qui retire de facto aux députés et sénateurs l’initiative de la dépense publique. Le message est limpide : « Ne touchez pas au grisbi. » Il est temps que tombe cette dictature de l’argent. 

 

lundi 22 mai 2023

Préparer la Paix, pas la guerre (Patrick Le Hyaric)



De nouveaux mots aux odeurs de poudre et de mort sont de plus en plus prononcés par le président de la République et plusieurs gouvernements occidentaux : « économie de guerre », « nous sommes en guerre » a récemment déclaré M. Macron avant d’en appeler à préparer « une guerre d’avance ».

Fou qui banaliserait ces mots qui sifflent comme des missiles. Ils ne racontent pas une fiction, mais témoignent de l’ambiance aride qui règne dans les chancelleries dans le monde. Nous venons de basculer dans une nouvelle période inquiétante, dangereuse, où les puissants de ce monde palabrent sur l’arme atomique comme d’un jouet dont ils peuvent se servir.

Souhaitons que le Parlement, qui commence cette semaine à l’examen de la nouvelle loi de programmation militaire, mesure la tragique portée d’une telle stratégie.

L’inadmissible guerre déclenchée par la Russie de M. Poutine contre l’Ukraine sert ici de prétexte, mais le tournant de ce surarmement mortifère est pris depuis longtemps. Dans ce contexte les mouvements internationaux pour la paix ont été comme paralysés lors du sommet des sept grands pays capitalistes qui s’est tenu en ce lieu emblématique de la ville martyre de Hiroshima. Le président de la Russie qui n’atteint aucun objectif qu’il avait prétendu fixer, aura réussi cette sale besogne : faire taire les pacifistes, réhabiliter l’OTAN et réinstaller les États-Unis en Europe.

L’occident capitaliste, promoteur de la guerre économique, estime à juste titre sa domination sur le monde menacée. Dès lors, il considère que cette domination doit passer non plus par le commerce et la politique, mais par la force.

Il se réarme sous la houlette de l’OTAN sous commandement nord-américain. D’autres grands pays comme la Chine ou l’Inde font de même. Et les tensions intra-capitalistes et inter-impérialistes sèment les germes de guerre tout en aggravant toutes les insécurités humaines : famines, insécurités sociales, sanitaires, alimentaires, bouleversement climatique, migrations décuplées. Au lieu d’être orientées vers les œuvres de vie, et le combat contre les bouleversements climatiques, de colossales sommes d’argent nourrissent la grande industrie d’armement, poussant le monde au bord de l’apocalypse.

C’est dans ce contexte que le chef d’État-Major des armées et le président de la République modifient la doctrine militaire du pays et affaiblissent notre corps diplomatique. On ne parle plus de « défense du territoire », mais de plus en plus de préparation à la « guerre de haute intensité » ou du concept de « guerre avant la guerre ». Jamais il n’est dit contre qui se prépare la guerre, ni pour les objectifs de celle-ci !

Évidemment l’objectif fondamental est de défendre les grands intérêts capitalistes et de désigner la Chine ou peut-être demain l’Afrique comme l’ennemi.

Au lieu de reprendre l’ardu chemin d’une diplomatie de paix, le pouvoir arrime et intègre de plus en plus – sans débat public – la France à la stratégie militaire de l’OTAN, c’est-à-dire à celle des États-Unis, qui sont les grands gagnants de la guerre contre le peuple ukrainien.

Cette intégration va jusqu’à rendre de plus en plus dépendants nos matériels militaires des technologies nord-américaines pendant que plusieurs pays européens achètent déjà des chars, des avions, des missiles aux industriels américains, bien loin des lénifiantes déclarations sur une industrie européenne de défense.

Les industries d’armement combinées à celle du numérique, aux États-Unis notamment, tournent à plein et engrangent des profits records.

Persévérer dans cette stratégie annonce de rudes épreuves pour les peuples. Outre le fait qu’elle étouffe la voix indépendante de la France, qu’elle participe de l’insécurisation du monde, elle va coûter très cher.

La loi de programmation militaire en discussion au Parlement prévoit une dépense de 413 milliards d’euros. C’est une augmentation de 40% par rapport à la précédente. Le budget annuel de la Défense passerait de 43,9 milliards d’euros en 2023 à 69 milliards d’euros d’ici sept ans. Sur quoi sera prise une telle somme ?

Sur les budgets sociaux, ceux de l’école ou de l’hôpital. Plusieurs parlementaires, dont Pierre Laurent et Fabien Roussel, ont demandé un grand débat national sur ces orientations, afin que le peuple puisse donner son avis et décider sur une telle orientation.

De multiples questions sont en effet posées : À quoi sert de dépenser environ 54 milliards d’euros dans la force de frappe nucléaire ? La France ne se grandirait-elle pas en impulsant des discussions mondiales sur la diminution des arsenaux nucléaires déjà capables d’anéantir plusieurs fois la planète ?

Il est urgent de reprendre des discussions sur la non-prolifération nucléaire et un désarmement nucléaire multilatéral. Et, la France devrait s’inscrire, au moins comme membre observateur, dans le processus du traité pour l’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

À quoi sert de construire un porte-avions supplémentaire si ce n’est pour se projeter loin de notre territoire ? Quand, un bilan sérieux sera présenté à nos concitoyens sur les « opérations extérieures » de la France, qui se sont toutes mal terminées, et qui nous valent d’être haïs par des peuples avec qui nous sommes historiquement liés ?

Enfin quand reprendra-t-on en France, à l’instar de Jean Jaurès et du général de Gaulle, un débat fructueux sur la nature, les conditions et les moyens d’une véritable défense nationale et sur le lien entre le peuple et la nation, loin des volontés présidentialistes actuelles ?

Ce n’est pas à « une guerre d’avance » qu’il faut se préparer, mais à un combat pour construire une « paix perpétuelle ». Même une paix armée n’est qu’une fausse paix nourrissant de nouvelles guerres. On ne pourra entraîner la nation vers un ambitieux projet de transformation sociale, écologique, démocratique si elle se sent insécurisée, menacée comme l’instille chaque jour la propagande des bellicistes.

Rien n’est plus fort, plus solide, plus prometteur que le grand mariage entre patriotisme et internationalisme. L’inlassable action pour la paix appelle un engagement citoyen pour repenser notre défense nationale et notre diplomatie, tout en imaginant une France progressiste faisant vivre la coopération, la solidarité internationale afin de conquérir enfin une sécurité humaine globale. La France serait bien plus forte si elle appuyait et s’inscrivait dans les initiatives de la Chine, du Brésil, des pays africains et du pape pour rechercher urgemment le chemin d’un cessez-le-feu en Ukraine, puis des discussions pour bâtir un projet de sécurité commune et de désarmement. Les mouvements pour la paix sont plus utiles que jamais.

Patrick Le Hyaric

22 mai 2022

« UNE DÉRIVE VA-T-EN-GUERRE », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité.



Depuis ses vœux aux armées et jusqu’à la discussion à l’Assemblée de la loi de programmation militaire, prévue ce lundi, les éléments de langage d’Emmanuel Macron se révèlent graves et inquiétants. Et ils le sont, dans la mesure où ses orientations en matière de défense nationale n’ont d’autre ambition que de parachever la transformation de nos armées pour «gagner la guerre avant la guerre». Résultat: 413 milliards d’euros de budget entre 2024 et 2030. Une augmentation historique : le double de la période 2017-2025. Macron parle d’un «projet de souveraineté nationale». Nous voyons, plutôt, une sorte de sauvegarde d’intérêts propres articulée à une prétention hégémonique…

La guerre en Ukraine est passée par là, direz-vous. D’où la ligne idéologique – et politique – du chef de l’État, qui joue sur les peurs et les réactions va-t-en-guerre. Contrairement à la posture traditionnelle, qui veut que la défense, comme son nom l’indique, s’occupe de la protection de nos populations et de nos territoires, nous voilà embarqués dans le renforcement des capacités de projection extérieure de nos forces armées, au moment où l’escalade budgétaire en la matière s’observe partout en Europe, en Asie, aux États-Unis. Officiellement inscrite dans la «boussole de l’UE» et le «concept stratégique de l’Otan», la doctrine française viserait à «renforcer le rôle de puissance d’équilibre (…) moteur de l’autonomie européenne» que jouerait notre pays. Au regard des événements tragiques en Ukraine, comment ne pas interroger sérieusement cette conception?

Rappelons que ces 413 milliards d’euros doivent servir en premier lieu à l’«adaptation» de la force de frappe nucléaire dont le ­budget, déjà énorme, atteindra des sommets inégalés. Autant dire une faute morale et une dérive ­politique, qui contreviennent aux engagements internationaux, notamment au titre du traité de non-prolifération. Car, pendant ce temps-là, le très lucratif marché de la mort se porte bien et les industries de l’armement sont à la pointe de la concentration capitaliste. Question: entendez-vous encore parler de paix, ou de prévention politique et diplomatique des conflits? Mais que devient la France ?

 

dimanche 21 mai 2023

Nouvelle : « Arrêter le temps ! »



La pendule de l’entrée a cessé son balan, le carillon ne sonne plus…J’ai voulu arrêter le temps, simplement l’arrêter pour ne plus avoir à subir ses effets. Oh ! Pas pour lui, mais pour ceux qu’il aime, qui autour de lui petit à petit déclinent et se vident de leur substance vitale. Alors il a fermé sa porte à clef, baissé les volets, coupé le téléphone. Il a éteint les lumières, débranché la radio. De toutes les pendules il a ôté les piles. Il est resté seul à suspendre les heures. Les yeux fermés pour ne plus voir, ne plus les voir, les voir souffrir. Non, il ne dort pas : il ne pense pas. Depuis combien de jours est-il ainsi, impossible à le dire, il a arrêté le temps. Et là, le chat gratte à la fenêtre, le chien pleure dans sa niche, quelqu’un tambourine à la porte. Il ne veut pas répondre, il ne veut plus rien voir. Des cris, des appels, mais pourquoi ne le laissent-ils pas oublier tout ? Il ouvre les yeux... il fait noir, il entend, il entend la cloche de l’église qui sonne midi... Le temps ? Le temps a continué sans lui ! Il a osé lui faire ça ? Il ouvre portes et fenêtres, et il le voit en face de lui, sur le visage buriné du facteur, le temps passé. Il a voulu arrêter le temps, il a filé sans lui, il a voulu protéger ceux qu’il aime, les empêcher de vieillir et de disparaître, en fait il n’a fait que se voiler les yeux, il n’a fait que les abandonner, il les a laissés vieillir sans lui, il a dilapidé ces instants qu’il aurait pu passer avec eux. Il a perdu ces précieuses minutes qui font que le présent est à vivre de peur que demain n’arrive jamais. Personne ne peut arrêter la vie ni suspendre le temps, il faut le vivre intensément pour que chaque minute s’imprime au souvenir et que ces minutes gagnées sur la vie soient multipliées par cent.

 

vendredi 19 mai 2023

MACRON, «IL COURT, IL COURT, LE FURET» (Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin)



«Il court, il court, le furet, il est passé par ici, il repassera par là…» Ainsi débutaient, cette semaine, deux chroniques distinctes pour évoquer la figure du moment de Mac Macron II. D’abord dans le Monde, ensuite sur France Inter. Cette chanson enfantine fut une rengaine associée au jeu traditionnel dit du furet. Lorsque vous sautillez en déclamant «il court, il court, le furet», vous signifiez, de manière humoristique, que quelqu’un cherche un objet ou une idée, voire que la personne en question effectue présentement une action inutile. Assez bien vu concernant le prince-président, plus désireux que jamais de sauter par-dessus la séquence des retraites en multipliant sa présence dans les médias (quatre apparitions en six jours !), sillonnant notre beau pays en long, en large et en travers pour tenter de réparer son lien avec les citoyens (peine perdue) et, au passage, multipliant les annonces en tout genre pour montrer que la France n’est pas bloquée mais dynamique, moderne, prête à relever les défis du XXI e siècle… et tout ce qui va avec.

On ne sait parfois ce qui se niche dans la tête des chroniqueurs et autres éditocrates, mais le bloc-noteur, lui, connaît la potentielle face cachée de cette chansonnette. En voici l’explication sommaire. Cette mélodie rythmée, rehaussée de paroles en apparence anodines – «Il est passé par ici, le furet du bois mesdames» –, s’adressait particulièrement aux dames, sachant qu’au XVIIIe siècle, seules les femmes nobles pouvaient être nommées «Madame». Jusque-là, rien d’extravagant. Sauf qu’une autre interprétation reste possible, puisqu’il s’agit en vérité d’une célèbre contrepèterie raillant le cardinal Guillaume Dubois, principal ministre du régent Philippe d’Orléans: «Il fourre, il fourre, le curé Dubois joli…» Ainsi pouvait-on entendre, à l’époque, une sévère attaque politique du régent, de même qu’une dénonciation des méthodes de l’abbé Dubois auprès des dames de la cour afin de se maintenir au pouvoir, doublée d’une évidente salve anticléricale. Partant du principe que, sous l’Ancien Régime, les crimes de lèse-­majesté menaient souvent leurs auteurs à la Bastille, certains experts considèrent que le contenu de cette chanson ne doit rien au hasard. Macron II et le «furet», que doit-on comprendre que nous ne saisissons pas?

Restons avec le prince-président dans sa tentative poussée jusqu’à l’absurde de tout emporter sur son passage. Parler, parler, parler. S’agiter, s’agiter, s’agiter. En somme, couvrir le bruit des casseroles dès qu’il sort du palais. Il tente de montrer ainsi qu’il n’est pas contraint à l’immobilisme en multipliant les annonces à grands coups de moulinet, sans jamais, bien sûr, entrer dans le détail – ce qui pourrait fâcher. Déjà transparents, ses ministres se voient donc dépouillés de leurs dossiers et des communications afférentes: hausse de la rémunération des enseignants, délégation d’actes médicaux, sans compter le plan eau, que la première sinistre avait prévu de dévoiler personnellement. Mac Macron II martèle, par exemple, les 13 milliards d’investissements étrangers annoncés lors du sommet Choose France (sic), évitant néanmoins de dire que la production industrielle de la France n’est toujours pas revenue à son niveau d’avant-Covid et omettant volontairement de rappeler que la fameuse «attractivité» de notre pays, pour les industriels étrangers, ne se construit pas seulement en invitant à Versailles les intéressés avec Elon Musk, mais d’abord et avant tout à coups de subventions susceptibles de les inciter à s’installer sur notre territoire. L’offensive médiatique passe aussi par l’autocongratulation stupéfiante. Se montre-t-il méprisant? lui demande-t-on au 20 heures de TF1. Il répond: «Si je méprisais les Françaises et les Français, je penserais à ma pomme.» Du langage de comptoir. Depuis des semaines, beaucoup de ses soutiens lui enjoignent de prendre de la hauteur. Il a choisi la fuite en avant de la surexposition, quitte à brasser de l’air. Et malgré l’avertissement des Français, «il court, il court, le furet, il est passé par ici, il repassera par là»…

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...