Le bleu ne fait pas de
bruit. C'est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui
ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui
l'attire à soi, l'apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de
sorte qu'en elle il s'enfonce et se noie sans se rendre compte de rien. Le bleu
est une couleur propice à la disparition. Une couleur, ou mourir, une couleur
qui délivre, la couleur même de l'âme après qu'elle s'est déshabillée du
corps, après qu'a giclé tout le sang et que se sont vidées les viscères,
les poches de toutes sortes, déménageant une fois pour toutes le mobilier de
ses pensées, indéfiniment, le bleu s'évade. Ce n'est pas, à vrai dire, une
couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l'air. Un
empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi
changeante et transparente dans la tête de l'homme que dans les cieux. L'air
que nous respirons, l'apparence de vide sur laquelle remuent nos figures,
l'espace que nous traversons n'est rien d'autre que ce bleu terrestre,
invisible tant il est proche et fait corps avec nous, habillant nos gestes et
nos voix. Présent jusque dans la chambre, tous volets tirés et toutes lampes
éteintes, insensible vêtement de notre vie.
vendredi 21 octobre 2022
Le bleu !
mardi 18 octobre 2022
Monet-Mitchell, entrée dans un palais de la peinture (Maurice Ulrich)
En rapprochant le travail du maître de Giverny et celui de la grande figure de l’abstraction américaine installée à Vétheuil, sur les bords de la Seine, la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, propose un événement exceptionnel par la qualité et le nombre des œuvres.
C’est une explosion de couleurs et de coups de pinceau à nulle autre pareille. Ces dernières années, à Landerneau (Finistère), une exposition du centre Leclerc consacrée à la peintre américaine Joan Mitchell et à celui qui fut son compagnon, Jean-Paul Riopelle, peintre également, avait déjà permis d’accéder à une belle partie de son œuvre. À la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, dans le grand vaisseau de verre de Frank Gehry, l’exposition appelée « Monet-Mitchell », dont le propos est de rapprocher ou, si l’on veut, « confronter », leurs œuvres respectives – pour Monet, celles de ses vingt dernières années –, est à l’affiche. Mais, à la vérité, la rétrospective Mitchell, en sous-sol, n’est pas une simple « mise en œil » pour ce qui va suivre. C’est, avec un ensemble de tableaux allant des années 1950 aux dernières années (Joan Mitchell est décédée en 1992), un parcours exceptionnel dans une des œuvres abstraites les plus fortes du XXe siècle. La suite, sur trois étages, soit donc sa mise en regard avec le Monet que l’on dira, pour faire vite, des Nymphéas, ou plus largement de son étang et de son jardin de Giverny, peints sans relâche jusqu’à sa mort, est un festin plastique avec le choc, dans la dernière salle, du grand quadriptyque (quatre panneaux) appelé Edrita Fried, du nom d’une psychanalyste et proche amie de la peintre.
Une artiste qui ne s’en laisse pas
conter
C’est une déchirante symphonie où dominent les bleus
et jaunes qui furent ceux de Van Gogh, ici portés dans une nouvelle dimension
au regard de la taille de l’œuvre. C’est là aussi que l’on découvre, de Monet,
le très grand triptyque dit de l’Agapanthe, achevé en 1920.
C’est une autre symphonie, moins déchirée peut-être, dont le motif, on ne dira
pas le modèle, est l’étang de Giverny, là où Monet, déjà célèbre et
suffisamment fortuné, va se vouer totalement à son grand œuvre sans plus jamais
s’en échapper, sauf pour un dernier voyage à Venise en 1908. La plus grande
partie des Nymphéas est exposée en permanence au musée de
l’Orangerie, à Paris. À la Fondation Vuitton, la commissaire de l’exposition,
Suzanne Pagé, a obtenu que les toiles soient débarrassées du cadre qui les
enfermait. Une belle idée les libérant de leur statut de tableaux à accrocher
aux murs du salon pour leur permettre de communier entre eux et avec ceux de
Joan Mitchell. C’est une réussite qui donne à certains moments le sentiment
d’entrer dans un palais de la peinture.
On se satisfait trop vite, parfois, de penser que
Monet, alors, va vers l’abstraction, dont il faut rappeler qu’elle est déjà
actée par Kupka ou Kandinsky, et qui serait au fond un chemin logique, voire
moderniste de la peinture. Ce n’est en aucune manière son problème. Mais ce
qu’il veut, c’est restituer par la couleur, la lumière, les jeux des reflets et
des ombres, les univers de sensations qu’il éprouve dans une sorte d’union
panthéiste avec la nature ou, plus encore, le merveilleux, l’exception de la
Création. « Tout à coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette. »
Arrivée en France dans les années 1950, Joan Mitchell,
née en 1925, est une des figures déjà de l’expressionnisme abstrait de Pollock,
Kline, De Kooning. The Bridge, 1956, une des toutes premières
toiles du parcours avec des graphismes noirs, comme rageurs, des taches de
rouge, est dès ce moment une œuvre que l’on peut dire magistrale. Dotée d’un
solide tempérament, sportive accomplie, l’artiste n’entend pas, à l’évidence,
s’en laisser conter en matière de peinture comme du reste, de relations
humaines. Sa vie de couple avec Jean-Paul Riopelle – dont il faut bien dire au
passage qu’il n’était pas à sa hauteur en tant que peintre – fut orageuse. En
1963, une œuvre comme Girolata Triptych est emblématique d’une
autre phase de son parcours, avec au centre de la toile un aplat opaque et
sombre de vert et de noir. C’est aussi un chef-d’œuvre. Disons-le sans retenue,
on va avec elle et, de toile en toile, dans une sorte de jubilation.
La même émotion panthéiste qu’avec Monet
Son installation à Vétheuil, en 1967, à quelques
portées de pinceau de Giverny, va ouvrir la voie aux simplifications quant à
son rapport à Monet. L’exposition, et c’est une de ses grandes qualités, ne le
dément pas, mais en faisant la démonstration qu’il ne s’agit en aucune manière
d’un suivisme ou d’une dépendance. Pour elle, qui se dit presque désarmée devant
le paysage des boucles de le Seine qui s’offre à elle, il s’agit aussi de
restituer des sensations et il est parfaitement exact que l’on éprouve devant
toutes ses toiles, le plus souvent de très grandes dimensions, en plusieurs
panneaux, la même émotion panthéiste qu’avec Monet. « Ma peinture est abstraite, a-t-elle pu dire, mais c’est aussi un paysage. » On peut aussi penser au Champ de blé aux
corbeaux, mais, là, il s’agit de Van Gogh, qu’elle admirait.
Jusqu’au 27 février 2023. Catalogue
édité par la Fondation Louis-Vuitton et Hazan, 39,95 euros.
samedi 15 octobre 2022
Le 16, le 18…et après !
À Strasbourg, l’université va prolonger de deux semaines
les vacances de fin d’année. Il fait froid à Strasbourg. L’université n’a plus
les moyens de chauffer ! Remontée significative du taux de mortalité
infantile en France ! La fermeture des lits continue
pendant et après le Covid. Le ministre Braun répond : on ferme des lits
parce qu’il n’y a plus assez de personnel ! L’éducation nationale au bord
de l’écroulement. Les profs écœurés quittent le métier parce que tout a été fait
pour le leur rendre odieux. Les instits, ceux des écoles primaires, qui, comme
les soignants, tiennent leur métier pour « le plus beau des métiers », quittent « le plus beau des
métiers », vocations dévastées par la destruction de leurs conditions de
travail ! Les EHPADS et la promesse d’Orpéa : Ouverture, Respect,
Présence, Écoute, Accueil ! Une réforme de l’Unedic qualifiée de « tuerie » jusque par l’homme dont on dit parfois que, si l’esclavage était
rétabli, il négocierait la longueur des chaînes ! Les conducteurs — de
cars, de trains, de métro — : conditions de travail insupportables ! La compétence technologique nucléaire de l’électricien
français : détruite ! Effectifs de pompiers sacrifiés, réduction des
moyens financiers, Canadairs en voie de déglingue, voilà une bonne
idée pendant le changement climatique !
L’Office national des forêts : détruit. Bonne idée pendant le
changement climatique ! Le Centre National du Cinéma : en cours de
destruction ! Les piscines tournent glaciales. De toutes façons il n’y a
plus de maîtres-nageurs — partis, plus recrutés. Etc., on n’en finirait
pas…En 1995 à la Gare de Lyon, Bourdieu prenait la parole, expliquant que dans
la réforme Juppé des régimes spéciaux, il y va d’un enjeu de civilisation. JOFFRIN,
MINC, COLOMBANI, Julliard, ROSANVALON lui rient au nez. Bourdieu lui-même
avoue s’être demandé s’il n’a pas poussé le bouchon un peu loin. Trente ans plus tard, pourtant,
tout est confirmé. Un ensemble, qu’on appelle « néolibéralisme », qui n’a pas commencé avec Macron mais que Macron a
poussé à des sommets sans précédent, détruit tout. Les salariés,
les fonctionnaires, les vocations, les services publics, l’amour des métiers,
les structures sociales, toutes les formes d’organisation collective qui n’ont
pas été jetées au capital et au marché, les mers, l’espace, la terre, l’air à
respirer, l’eau à boire, la planète. Il faut sortir pour les salaires, les
retraites, le climat, c’est une évidence criante. Mais il faut sortir aussi
pour tout ça, le 16, le 18 octobre…et après !
vendredi 14 octobre 2022
Sur le fil !
Un fil c’est une matière, qui sert à
coudre, parfois, à recoudre. Un fil sur lequel on tire quand il dépasse d’un
pull, fil de laine pour rassembler ce qui nous tient chaud, fil de coton que
nos grand-mères utilisaient pour repriser les chaussettes de grand-père. Et
puis, un fil de soie pour nos foulards colorés, un fil de nylon pour le pécheur
en rivière. Tiens justement le fil de l’eau où vogue le fil de nos pensées. Et
puis le fil du rasoir, celui avec lequel on se prend la tête, de fil en
fil ! J’en perds le fil ! Le fil ? Du téléphone, il a su se
libérer lui. Qui ? Le téléphone sans fil ! Il y a le fil dentaire
bien plus efficace qu’un cure-dent, et plus le fil d’argent moins riche que le
fil d’or, et ces fils qui cautérisent nos plaies béantes. Pas celle du cœur,
non celles- là sont ouvertes à jamais. Fildefériste funambule ta vie ne
tient qu’à un fil. Un fil ? Le fil sur le forum, dans lequel chacun jette
une pensée en vrac. Et puis ce fil, un fil, tout fin, très fin, qui nous retient
sur la toile, ah oui ! Ce fil qui file sous nos doigts, au fil de notre
humeur, au fil de toi et de moi, au fil du temps qui passe, ce fil qui
s’effiloche. Ce fil, le nôtre est-il tendu à se rompre ? Si finement
ciselé au cours du temps, tiendra-t-il encore ?
mercredi 5 octobre 2022
Pour Bercy, tout va bien du côté des finances locales.
Une note de Bercy publiée, dimanche, par Le Parisien, donne une vision très optimiste de l'état des finances locales. Diffusée juste avant le début du débat budgétaire au Parlement, les auteurs de la note nient clairement que les collectivités locales soient financièrement en difficulté.
Cela donne le ton des discussions à venir lors de
l’examen du projet de loi de finances et du projet de loi de programmation des
finances publiques (lire article ci-dessous). Une note « confidentielle »
– mais tout de même opportunément portée à la connaissance du Parisien et
de l’AFP – « ausculte les finances des communes, des départements
et des régions », détaille le quotidien dans son édition du 2 octobre.
Et le diagnostic « va à l’encontre des propos alarmistes des
associations d’élus locaux ».
« 500 communes » en difficulté ?
Rien de très nouveau sous le soleil, en réalité :
la note reprend des éléments bien connus du tous, à savoir qu’en 2021,
l’épargne des collectivités et leurs recettes ont progressé. Le solde du compte
des collectivités locales atteindrait « 60,7 milliards
d’euros » en août 2022, contre 53,8 milliards un an plus tôt.
C’est en particulier la dynamique des rentrées de TVA qui explique cette
progression – une partie des impôts économiques locaux ayant été supprimés et
remplacés par une part de la TVA nationale, notamment pour les départements et
les régions. Les rentrées de taxes foncières sont également en nette hausse.
Ces chiffres augurent-ils, comme la note citée par
Bercy le dit, « des perspectives favorables pour 2023 qui
permettraient de faire face pour la très grande majorité [des collectivités] au
contexte d’inflation » ? Rien n’est moins sûr. Et affirmer, comme
le font les auteurs de la note, que seules « 500 communes »
risquent de rencontrer prochainement des difficultés de trésorerie paraît assez
coupé de la réalité.
Le Parisien évoque également « un rapport du Trésor sur les perspectives
des finances publiques », qui devrait sortir incessamment, et qui
selon le quotidien « enfonce le clou » : « Les
collectivités locales seraient en excédent sur la période ». Ce qui
est un truisme, dans la mesure où, faut-il le rappeler, les collectivités n’ont
pas le droit d’être en déficit. D’après cette note, cependant, cet « excédent »
devrait fondre comme neige au soleil, passant de 4,4 milliards d’euros en 2022
à 1,5 milliard en 2023. Soit une diminution de la capacité d’autofinancement,
et donc des capacités d’investissement, qui n’a rien de réjouissant.
Rappelons que l’AMF, dans une réponse à un récent
rapport de la Cour des comptes, avait très clairement expliqué la différence
entre « excédents » et « santé
financière des collectivités ». « L’importance des
excédents n’est pas forcément révélatrice d’une ‘’situation très favorable’’
mais plutôt d’une situation financière équilibrée. Ainsi par exemple, pendant
toute la période de baisse des dotations, le bloc communal a dégagé des
excédents et le niveau d’épargne est resté élevé, à environ 15 % des recettes
de fonctionnement. Toutefois, cette période d’excédents s’est aussi soldée par
l’effondrement inédit des investissements (- 16 milliards d’euros pour le bloc
communal) ».
« Intox »
Il faut signaler que cette note prend en compte
l’ensemble des collectivités (régions, départements et communes) sans faire de
différence entre elles – les communes, on l’a dit, n’ont pas bénéficié
de « l’effet TVA » autant que les régions. Et elle ne tient pas non
plus compte de la situation différente des collectivités de taille différente
au sein de chaque strate.
Mais surtout, ces chiffres qui portent sur l’année
2021 et le premier semestre 2022 ne tiennent pas compte de l’impact de
l’inflation et, en particulier, de la hausse du prix de l’énergie. Ce qui fait
dire à David Lisnard, président de l’AMF, interrogé par Le Parisien,
que ces chiffres sont « de l’intox », en rappelant
que « les collectivités ont fait de l’épargne de précaution ».
Quant à la présidente de Régions de France, Carole Delga, elle ne nie pas
l’impact positif de la « dynamique de la TVA », qui
devrait rapporter « 750 millions d’euros de plus »
aux régions l’an prochain, mais ajoute que ces recettes supplémentaires seront
dévorées par la hausse des prix de l’énergie : « Dans le même
temps, les régions vont dépenser un milliard d’euros de plus (pour le)
chauffage des lycées, le transport scolaire, le coût du ferroviaire, des
bus… ».
La note ne prend pas davantage en compte le coût, pour
les collectivités, de la hausse du point d’indice et de la revalorisation des
carrières des catégories B et C.
« Réflexe pavlovien »
Il semble bien que la divulgation de cette note
s’inscrit dans le plan de communication de Bercy, à la veille du débat
budgétaire, consistant à prétendre – comme il le fait depuis la crise du
covid-19 – que les collectivités pleurent la bouche pleine. Témoin,
ce « communicant du gouvernement » qui explique
au Parisien que les collectivités locales « protestent
par réflexe pavlovien ». Des propos qui seront certainement appréciés
par tous les maires qui, en ce moment même, face à l’inflation et à la
multiplication parfois par cinq ou six de leur facture d’énergie, se demandent
désespérément comment ils vont boucler leur budget à l’équilibre sans augmenter
les impôts, diminuer les investissements ou le niveau de service public.
Par « réflexe pavlovien », sans doute…
samedi 1 octobre 2022
Nouvelle : « les arbres »
Qui
n’aime pas les arbres ? Du plus loin que nous nous souvenons, ils sont
présents dans notre vie. Et d’abord à l’école ? Dans les cours de
récréation, bordées de grands ormes. Ce sont des arbres magnifiques, puissants,
trapus, à l’écorce rugueuse et aux feuilles
dentées, rudes au toucher, qui laissaient sur la peau une odeur que l’on
retrouve encore, de temps en temps, quand notre main glisse le long des ormeaux
renaissants. On peut parler de renaissance, en effet, puisque les ormes,
contaminés par la graphiose, ont failli disparaître. Aujourd’hui, heureusement,
ils sont sauvés. Avec notre enfance, surgissent les marronniers d’autres cours
d’école, dont les feuilles servaient de modèle aux premiers dessins de l’année.
Feuilles aux fines nervures, d’un vert profond, dont le pétiole, si on
l’écrasait, laissait sur la peau un parfum persistant, un peu amer. Les
marrons, lisses comme le galet, luisaient avec une légèreté surprenante, et
servaient parfois de projectiles, sans le moindre danger. Ils ont gardé leur
mélancolie, celle de l’automne débutant, de la fin des vacances, des premières
feuilles qui tombent. Comment ne pas aimer les tilleuls, pour leurs feuilles
d’un jaune pâle, leur parfum très doux quand elles sèchent, au soleil, le
murmure des abeilles dans les plus hautes branches, le goût des tisanes du soir.
Leur buée montait, envahissait la pièce, attendrissant les regards et le temps.
Autrefois, on gardait les feuilles précieuses dans un grenier dont les étés
exaspéraient l’odeur. Personne aujourd’hui ne récolte les feuilles. Les grands
chênes, eux, règnent sur tous les arbres. Opulents, magnifiques, ils portent
des couronnes immenses dont les glands émergent comme des joyaux d’or. On ne
peut faire le tour de leur tronc avec les bras. Ils dominent les prés et les
champs avec la conscience de leur force, et, du haut, de leurs certitudes, ils
nous jugent, pauvres hommes dont la petitesse est touchante en comparaison de
leur grandeur sereine. Les plus beaux sont les solitaires. Ils ont écarté tout
ce qui pourrait nuire à leur splendeur. Ils sont orgueilleux, mais ils ont
raison de l’être. Ils ont défié le temps et ils ne croient pas à la mort. Ils
croient à la pluie, au printemps, au soleil, aux étoiles. Ils savent que c’est
dans la patience, dans la lenteur et non dans l’agitation qu’on vit le mieux.
Il est rare que la foudre les frappe. Pas plus que les hêtres qui sont leurs
demi-frères, presque aussi puissants, aussi majestueux qu’eux. Leurs fûts, très
droits, s’élèvent sans branches, donnant aux hêtraies un aspect de couleurs
grisâtres qui soutiennent un feuillage épais diffusant une ombre froide. C’est
âcre, un peu amer. Leur bois, légèrement
rosé, porte des feuilles épaisses qui virent rapidement à l’automne au brun cuivré. Ce sont des arbres pour la
mélancolie. Ils ne sont forts qu’en apparence, ne sont heureux que du souvenir
de leur bonheur : celui de leur splendeur d’été. Plus fragiles que ces
deux princes des bois sont les frênes, les charmes ou les saules. Les premiers,
s’ils dépassent souvent les chênes ou les hêtres, ne sont jamais aussi touffus,
aussi robustes. Le frêne est fragile, comme un adolescent trop vite grandi. Il
n’est pas assuré sur ses jambes, et son bois,
s’il est d’aspect compact, ne résiste pas longtemps à la scie. S’il
s’épaissit son tronc se crevasse, laisse pénétrer les parasites qui le tueront.
Au contraire des charmes, dont les feuilles ovales, deux fois plus longues que
larges, sont d’une extrême douceur mais savent résister en chantant au vent le
plus violent. C’est un arbre pour la douceur de vivre, d’où les charmilles du
XIXe siècle, plantées par les
romantiques. Les saules sont des arbres au bois tendre, comme celui des
peupliers. Ils cassent sous leur propre poids et, s’ils vivent vieux, sont
couturés de blessures comme des grognards d’Empire. Rien ne peut nous émouvoir
davantage, que les chandelles vertes des peupliers. Ils évoquent la Toscane, la
vie simple et douce, comme les trembles qui sont leurs cousins. Leur nom vient
du fait que leurs feuilles s’agitent même en l’absence de vent. Ils disent la
vie en plein cœur de l’hiver, par quelques feuilles jaune citron accrochées à
leurs plus hautes branches. Ils murmurent sans cesse une chanson qui parle de
caresses et de fragilité. Et quoi de plus beaux, plus majestueux que les
bouleaux de Sibérie, le blanc de leurs fûts plus blanc que neige, leurs petites
feuilles tremblantes même en été. Ils évoquent les vastes espaces blancs, Boris
Pasternak, Le Docteur Jivago, Tolstoï, la retraite de Russie, le froid de
l’hiver, tout ce qui dure, l’immensité de la vie. Et puis, dans mon cœur, il y
a l’arbre de l’éternité. Il abrite dans son ombre délicieuse un banc sur lequel
on s’assoit et on pense. C’est un arbre qui respecte le silence et le nourrit
de sa grandeur. Le ciel est toujours bleu sous mon arbre de l’éternité. Je ne
me suis jamais demandé si c’était un tilleul ou un chêne. Quelle importance,
puisqu’il est éternel !
MERCI !
DURANT CE MOIS SEPTEMBRE, 3104 ARTICLES ONT ÉTÉ LUS SUR MON
BLOG, SOIT EN MOYENNE 103 PAR JOUR. UN GRAND MERCI POUR VOTRE
FIDÉLITÉ !
« Subversion », l’édito de Cédric Clérin
La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...
-
Les 15 et 22 mars, les citoyen.nes de notre ville voteront pour élire leur Conseil Municipal. A vec un regard attentif et toujours engag...
-
Toujours curieux de prendre connaissance des différents écrits sur la prochaine échéance municipale, une chose m’a frappé. Notre ville viv...
-
Depuis vendredi dernier, nous connaissons les candidat-e-s qui aspirent à devenir maire de Romainville. C’est le propre d’une compétition ...





