La jeunesse
souffre et l’Élysée regarde ailleurs. Depuis le début du mouvement lycéen,
Emmanuel Macron se tait. Ses seuls mots, il les a prononcés depuis l’étranger,
pour fustiger les jeunes sous prétexte qu’« aucun de ces débats, aucune
de ces craintes ne légitime la violence ». Il laisse ses ministres
monter au front, en particulier celui de l’Intérieur, bombardé paratonnerre
officiel d’un pouvoir retranché. Mais l’agitation sécuritaire de Beauvau peine
à masquer l’essentiel : si la police occupe le terrain, c’est pour combler
le vide politique d’un chef de l’État qui n’a jamais su que sacrifier la
jeunesse de ce pays.
Entre Emmanuel
Macron et les jeunes, le mépris a toujours tenu lieu de boussole. Difficile de
ne pas repenser à cette scène édifiante de 2018. Depuis les jardins de
l’Élysée, le président expédiait la détresse d’un jeune chômeur d’une phrase
lapidaire : « Je traverse la rue et je vous en trouve [du
travail] ! » Pour ce pouvoir, la galère n’est jamais la
conséquence d’un système, mais celle d’un manque de volonté individuelle.
Comme d’habitude, le pouvoir sort la matraque
La génération
actuelle refuse le monde version Macron. Ni de la « start-up
nation », de sa précarité généralisée et du tri social de Parcoursup. Ni
la nation-caserne. Le « réarmement civique », l’uniforme à l’école et
le Service national universel au garde-à-vous ne font pas rêver les lycéens. Ni
chair à patron, ni chair à canon.
Alors comme
d’habitude, le pouvoir sort la matraque. Quand les banlieues ont explosé en
2023, le diagnostic présidentiel a balayé toute question de justice sociale ou
de violences policières : « La leçon que j’en tire, c’est
un : l’ordre, l’ordre, l’ordre. La deuxième, c’est que notre pays a besoin
d’un retour de l’autorité à chaque niveau et d’abord dans la famille. »
Le tout
accompagné d’une brutalité comptable assumée contre les classes populaires.
Face à des policiers de la BAC, toujours en 2023, le président théorisait ainsi
la sanction au portefeuille : « Il faudrait qu’à la première
infraction, on arrive à sanctionner financièrement et facilement les familles,
une sorte de tarif minimum dès la première connerie. » Voilà comment
Macron perçoit les jeunes qui se lèvent et disent non : comme un problème
d’ordre public à régler à coups de matraques, d’amendes et de gardes à vue
systématiques.
Si Macron se
tait, c’est car la peur a changé de camp. Il redoute de s’exposer, de
cristalliser des convergences sur sa personne. Si les lycéens font
jonction avec les étudiants, avec les travailleurs et pourquoi pas les gilets
jeunes, le calendrier politique peut exploser et le scénario dont on nous rebat
les oreilles voler en éclat. Emmanuel Macron le sait : il n’est pas de
Gaulle. En mai 1968, le Général avait encore la carte de la dissolution
pour éteindre l’incendie institutionnel.
Macron, lui, a
déjà cramé ce joker au début de l’été. Sans majorité, sans réserves
constitutionnelles, il est coincé. Le ministre de l’Intérieur, bientôt usé
jusqu’à la corde, ne suffira pas à protéger l’Élysée indéfiniment. Le maintien
de l’ordre ne tiendra pas lieu de politique. Acculé, le président va devoir
parler et, pour la première fois, affronter ce peuple qu’il a tant cherché à
discipliner.

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