lundi 12 octobre 2026

Inévitables convergences », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin.



Alors qu’une nouvelle semaine de mobilisation se profile, avec en point d’orgue la journée du samedi 17 octobre, il faut décidément être anesthésié par les certitudes du pouvoir pour ne pas entendre la colère de notre jeunesse. Derrière les revendications concrètes, un autre cri remonte des tréfonds de la réalité. Le cri d’une génération à qui l’on demande de préparer son avenir dans un monde qui s’emploie à le rendre assez invivable.

Mais quel débat lui oppose-t-on ? On voudrait asphyxier celui de l’école, tandis que le ministre de l’Intérieur monopolise les micros. Les revendications disparaissent derrière les mots : « débordements », « émeutes ». À force de malaxer le langage, on transforme une mobilisation sociale d’ampleur en menace à la tranquillité publique. La matraque répond aux manifestants, le matraquage médiatique aux idées.

On oublie les causes. Car les causes dérangent. Pendant que les fortunes s’accumulent, l’école manque de moyens pour émanciper la jeunesse. Nous connaissons l’odieuse mécanique : continuer d’infantiliser les lycéens en les présentant comme les marionnettes de partis politiques, plutôt que d’entendre ce qu’ils expriment. Pourtant, cette révolte porte une radicalité salutaire : elle refuse la fatalité sociale, un futur compromis, et l’extrême droite érigée en horizon inévitable…

Depuis quinze jours, de saines convergences sont déjà là, sous nos yeux : lycéens, étudiants, enseignants, salariés, fonctionnaires et retraités. Bref, toutes celles et ceux que la vie chère et l’austérité frappent. Cette convergence souhaitable n’est pas un slogan de cortège, mais bien l’inévitable passage de l’indignation à la puissance collective.

Le pouvoir sait contenir les luttes par la répression, puis les dissoudre dans des concertations sans lendemain afin d’éviter les vrais chantiers politiques. Seulement voilà, lorsque la jeunesse rencontre le monde du travail, l’ordre établi cesse de paraître une « normalité ». L’avenir n’appartient ni aux algorithmes ni aux marchés, mais à celles et ceux qui refusent de leur abandonner leur destin.

 

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