Alors qu’une
nouvelle semaine de mobilisation se profile, avec en point d’orgue la journée
du samedi 17 octobre, il faut décidément être anesthésié par les certitudes
du pouvoir pour ne pas entendre la colère de notre jeunesse. Derrière les
revendications concrètes, un autre cri remonte des tréfonds de la réalité. Le
cri d’une génération à qui l’on demande de préparer son avenir dans un monde
qui s’emploie à le rendre assez invivable.
Mais quel débat
lui oppose-t-on ? On voudrait asphyxier celui de l’école, tandis que le
ministre de l’Intérieur monopolise les micros. Les revendications disparaissent
derrière les mots : « débordements », « émeutes ».
À force de malaxer le langage, on transforme
une mobilisation sociale d’ampleur en menace à la tranquillité publique. La matraque répond aux manifestants,
le matraquage médiatique aux idées.
On oublie les
causes. Car les causes dérangent. Pendant que les fortunes s’accumulent,
l’école manque de moyens pour émanciper la jeunesse. Nous connaissons l’odieuse
mécanique : continuer d’infantiliser les lycéens en les présentant comme
les marionnettes de partis politiques, plutôt que d’entendre ce qu’ils
expriment. Pourtant, cette révolte porte une radicalité salutaire : elle
refuse la fatalité sociale, un futur compromis, et l’extrême droite érigée en
horizon inévitable…
Depuis quinze
jours, de saines convergences sont déjà là, sous nos yeux : lycéens,
étudiants, enseignants, salariés, fonctionnaires et retraités. Bref, toutes
celles et ceux que la vie chère et l’austérité frappent. Cette convergence
souhaitable n’est pas un slogan de cortège, mais bien l’inévitable passage de
l’indignation à la puissance collective.
Le pouvoir sait
contenir les luttes par la répression, puis les dissoudre dans des
concertations sans lendemain afin d’éviter les vrais chantiers politiques.
Seulement voilà, lorsque la jeunesse rencontre le monde du travail, l’ordre
établi cesse de paraître une « normalité ». L’avenir n’appartient ni
aux algorithmes ni aux marchés, mais à celles et ceux qui refusent de leur
abandonner leur destin.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire