jeudi 8 octobre 2026

« Budget : les dépenses militaires dopées, l’éducation nationale au régime sec », l’éditorial de Rosa Moussaoui



Les arbitrages budgétaires ne relèvent pas d’un exercice comptable : ils dessinent des choix de société. Et ceux que traduisent les courbes des dépenses d’armement et des moyens alloués à l’éducation nationale au cours des deux mandats d’Emmanuel Macron sont consternants : pour l’extrême centre, la jeunesse est reléguée derrière la guerre dans l’ordre des priorités.

Le budget du ministère des Armées a enregistré, en dix ans, la hausse la plus spectaculaire des finances publiques : il a doublé pour atteindre 64 milliards d’euros pour 2027 (+ 6,4 milliards d’euros). Une tendance alignée sur les objectifs de hausse des dépenses militaires fixés par l’Otan, et sanctifiée par l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 votée en juillet 2026, qui ajoutait aux 413 milliards initialement prévus une rallonge de 36 milliards.

36 milliards : c’est autant que la masse salariale annuelle totale de l’enseignement secondaire. Et ce serait largement suffisant pour financer, dans les sept années qui viennent, les 5 milliards d’euros nécessaires au recrutement de 70 000 enseignants pour plafonner les effectifs à 20 élèves par classe dans les collèges et les lycées.

Le seul coût du nouveau porte-avions France Libre, dont la livraison est prévue en 2038, suffirait à financer la rénovation de fond en comble de 200 à 300 lycées.

On pourrait multiplier les conversions. L’argent dilapidé dans les bombes, les missiles, les drones, la multiplication des opérations extérieures, l’arme atomique, l’IA et les robots à usage militaire serait mieux dépensé s’il était affecté à la rémunération décente des enseignants, à des formations de qualité et à l’amélioration du quotidien d’une génération abandonnée à des conditions d’études indignes, misérables.

Investir dans l’éducation, ce n’est pas « creuser le déficit », c’est préparer l’avenir. Les revendications des lycéens et des étudiants ne sont pas seulement légitimes, elles sont un signal d’alarme : sans rupture nette, la facture du sous-investissement de l’ère Macron sera très lourde. L’austérité infligée à la jeunesse aujourd’hui, c’est, demain, le déclassement assuré de tout un pays.

 

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