vendredi 4 septembre 2026

« La TVA sociale, ou le pari insensé de la droite face à Le Pen » ; l’éditorial de Sébastien Crépel.



C’est le nouveau mantra d’un arc de candidats à la présidentielle qui va de Bruno Retailleau à François Hollande, en passant par Édouard Philippe et Gabriel Attal. Le financement de notre protection sociale reposerait trop sur le « travail »comprenez sur les « charges sociales », qui sont en fait une partie intégrante du salaire – alors qu’elle relève, selon eux, de la solidarité nationale, c’est-à-dire de l’impôt dû par tous.

C’est aussi – il n’y a pas de hasard – la position du Medef. Comme l’idée de la TVA sociale qu’il ressort de ses cartons pour se substituer aux cotisations sociales. Le spectre d’une telle mesure a pourtant coûté cher à la droite aux législatives de 2007. À l’époque, elle a privé Nicolas Sarkozy fraîchement entré à l’Élysée de la Chambre bleu horizon dont il rêvait pour régner sans partage à l’Assemblée. C’est Laurent Fabius qui a eu le génie de faire de la dénonciation de cette taxe injuste pesant sur le pouvoir d’achat des classes populaires le thème de campagne des socialistes. « La vague bleue s’est brisée sur la TVA. Le PS doit bien 50 députés à l’habileté tactique de Laurent Fabius », constatait, dépité, le Figaro.

Comment la TVA sociale pourrait-elle passer d’épouvantail il y a vingt ans à formule gagnante l’an prochain ? La raison tient dans le risque inédit d’une victoire de l’extrême droite à la présidentielle. Au lieu de chercher à ressouder le pays dans un projet commun, certains candidats y voient l’occasion de liquider ce qui reste des conquêtes sociales. En s’imposant dans un duel dont la gauche serait absente, ils espèrent du même coup faire valider le programme qui a fédéré dix millions d’électeurs contre lui il y a vingt ans.

Ce pari est suicidaire et insensé. Emmanuel Macron a suivi la même tactique opportuniste en 2017 et 2022. Or si la gauche s’est affaiblie, ce n’est pas au profit de la droite mais à celui de Le Pen, mille fois plus dangereuse aujourd’hui. Il n’est pas dit que les citoyens avaleront le vieux serpent de mer de la TVA sociale comme une nouvelle couleuvre. L’alternative au RN, qui se nourrit de la désillusion politique, ne peut pas être la promesse de démolir ce qui fait encore tenir le pays ensemble.

 

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