La France
aurait pu se distinguer dans bien des domaines. Elle aurait dû demeurer,
inconditionnellement, le pays des Lumières et des droits humains, de la laïcité
et des services publics, celui dont le modèle social unique reste le ciment
d’un vivre-ensemble solidaire.
Mais Emmanuel
Macron a décidé de la faire concourir dans une autre catégorie. Et son zèle a payé.
La France se hisse sur le plus inique des podiums, médaillée d’argent – sonnant
et trébuchant – du versement de dividendes. Aux actionnaires le banquet, aux autres l’austérité.
En seulement
trois mois, d’avril à juin, les grands groupes cotés dans l’Hexagone ont versé
plus de 60 milliards d’euros de dividendes, pactole le plus élevé
d’Europe, au deuxième rang mondial derrière les États-Unis. Ce chiffre
exorbitant vient de plein fouet en percuter un autre : 30 milliards,
que Bercy cherche à soustraire au budget de l’État.
Si rien n’est
mis en œuvre pour stopper l’hémorragie, le projet de loi de finances virera
immanquablement à la curée. Avec, dans son sillon, des millions de coupes
franches pour les services publics et les agents qui les tiennent à bout de
bras, pour les aides sociales aux plus démunis, pour l’indispensable
bifurcation écologique… Chaque jour qui passe est une piqûre de rappel.
La lutte contre
le réchauffement climatique exige des investissements massifs dans la rénovation
thermique des bâtiments, l’adaptation des territoires, la transition
énergétique de l’industrie, les relocalisations.
Las ! La
Macronie aura fait de son règne une interminable allégeance aux tenants du
capital. La suppression de la taxe sur les superprofits des grands groupes le
démontre ; l’idée de préempter 6 milliards d’euros sur le dos des
retraités le confirme. Il n’est pas là question de compétitivité ou de
souveraineté, mais de marqueurs idéologiques.
Emmanuel Macron
a permis et encouragé la sécession d’une partie de la population, exonérée de
solidarité. Celui qui fantasmait les gares comme « un lieu où on croise
les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien » peut partir avec
la certitude qu’il a fait de la France un lieu où se toisent les gens qui
s’enrichissent et ceux qui n’ont plus rien.

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