Les universités d’été des partis de
gauche marquent traditionnellement la
rentrée politique. Cette année, elles s’ouvrent dans un contexte inédit et
préoccupant. À un an de l’élection présidentielle, l’extrême droite apparaît
comme la favorite du scrutin. Une situation sans précédent qui fait planer le
risque de conséquences très lourdes pour l’avenir de la République comme pour
celui de nos concitoyens.
Tout semble
réuni pour qu’une forte aspiration au changement s’exprime lors de cette
élection. Une envie de renverser la table. Une colère populaire qui ne cesse de
croître.
Un Français sur
trois estime ainsi ne pas avoir accès à l’ensemble des services publics
auxquels il devrait pouvoir prétendre1 ; la même proportion renonce à des soins faute de moyens ou de
soignants, et les difficultés en termes de pouvoir d’achat restent la première
préoccupation des Français. Ces dernières années, la colère et la contestation
progressent fortement : la part des Français se déclarant en colère est
passée de 31 % à 43 % entre 2021 et 2025. Et elle ne trouve pas de
débouché puisque, dans le même temps, ceux qui estiment que le système
démocratique fonctionne mal en France et que leurs idées ne sont pas
correctement représentées sont passés de 67 % en 2022 à 81 %
aujourd’hui. Merci Macron. Quant à la conviction que les responsables
politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels, elle
progresse de 71 % en 2022 à 87 % en 2025. Des ferments pour une
révolution démocratique ? Ce n’est pas si simple : alors que
76 % des Français considéraient en 2014 que le régime démocratique était
irremplaçable, ils ne sont plus que 66 % en 2025…
Les Français
n’en peuvent plus de la dégradation de leur situation sociale et ils doutent de
plus en plus de la capacité de nos institutions à répondre à leurs attentes.
Tous les ingrédients semblent réunis pour faire émerger une alternative
politique radicale. Pourtant, comme cela s’est déjà produit dans l’histoire,
c’est aujourd’hui l’extrême droite qui paraît la mieux placée pour capitaliser
sur ce mécontentement et détourner la colère.
Ce qui
caractérise ces derniers mois, ce n’est effectivement ni une dynamique
irrésistible de la gauche, ni l’émergence de nouvelles conquêtes sociales ou
d’un grand projet de transformation capable d’enthousiasmer le pays. Ce qui
marque surtout cette période, c’est le succès de la tentative de normalisation
de l’extrême droite et la mansuétude des médias qui l’accompagne. Une façade
qui permet le rapprochement croissant d’une partie de la bourgeoisie sociale et
politique ainsi que du patronat avec l’extrême droite, dans le souci de
préserver leurs prébendes, quelle que soit l’issue du scrutin de 2027. Comme
toujours, le capital a choisi son camp. Paul Vaillant-Couturier en 1935 le
dénonçait déjà : « Les déclarations pacifiques d’Hitler ne font plus
illusion qu’à ceux qui veulent s’illusionner ou qui ont d’inavouables intérêts
à propager l’illusion. »
Le match est
donc mal engagé pour la gauche. Mais, pour la présidentielle, rien ne se passe
jamais comme prévu. Souvent le peuple fait dérailler les scénarios trop
prévisibles. L’histoire récente nous l’a rappelé. En 2024, c’est une
mobilisation large, profonde et unitaire de la gauche et du mouvement social
qui avait permis d’empêcher l’extrême droite, arrivée en tête du premier tour
des élections législatives anticipées, d’accéder au pouvoir. Au vu des
candidatures déclarées, cela prendra un autre chemin pour 2027. Sur le
pouvoir d’achat, les services publics, le travail ou le climat, les
propositions de la gauche correspondent souvent aux colères et aspirations
exprimées par les Français. Mais le chemin politique est pour l’heure obstrué.
Cet été, Fabien
Roussel alertait dans « l’Humanité » sur la propriété privée
des forêts, l’une des sources de la catastrophe climatique. « L’intérêt du
peuple, c’est le bien public », disait déjà Robespierre. C’est toujours la
feuille de route des révolutionnaires : mettre en échec ceux qui détournent
la colère populaire et préparer l’avenir.
- « Fractures
françaises », Ipsos/Cevipof, octobre 2025. ↩︎

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