mardi 25 août 2026

« Un chemin pour la colère », l’éditorial de Cédric Clérin.



Les universités d’été des partis de gauche marquent traditionnellement la rentrée politique. Cette année, elles s’ouvrent dans un contexte inédit et préoccupant. À un an de l’élection présidentielle, l’extrême droite apparaît comme la favorite du scrutin. Une situation sans précédent qui fait planer le risque de conséquences très lourdes pour l’avenir de la République comme pour celui de nos concitoyens.

Tout semble réuni pour qu’une forte aspiration au changement s’exprime lors de cette élection. Une envie de renverser la table. Une colère populaire qui ne cesse de croître.

Un Français sur trois estime ainsi ne pas avoir accès à l’ensemble des services publics auxquels il devrait pouvoir prétendre1 ; la même proportion renonce à des soins faute de moyens ou de soignants, et les difficultés en termes de pouvoir d’achat restent la première préoccupation des Français. Ces dernières années, la colère et la contestation progressent fortement : la part des Français se déclarant en colère est passée de 31 % à 43 % entre 2021 et 2025. Et elle ne trouve pas de débouché puisque, dans le même temps, ceux qui estiment que le système démocratique fonctionne mal en France et que leurs idées ne sont pas correctement représentées sont passés de 67 % en 2022 à 81 % aujourd’hui. Merci Macron. Quant à la conviction que les responsables politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels, elle progresse de 71 % en 2022 à 87 % en 2025. Des ferments pour une révolution démocratique ? Ce n’est pas si simple : alors que 76 % des Français considéraient en 2014 que le régime démocratique était irremplaçable, ils ne sont plus que 66 % en 2025…

Les Français n’en peuvent plus de la dégradation de leur situation sociale et ils doutent de plus en plus de la capacité de nos institutions à répondre à leurs attentes. Tous les ingrédients semblent réunis pour faire émerger une alternative politique radicale. Pourtant, comme cela s’est déjà produit dans l’histoire, c’est aujourd’hui l’extrême droite qui paraît la mieux placée pour capitaliser sur ce mécontentement et détourner la colère.

Ce qui caractérise ces derniers mois, ce n’est effectivement ni une dynamique irrésistible de la gauche, ni l’émergence de nouvelles conquêtes sociales ou d’un grand projet de transformation capable d’enthousiasmer le pays. Ce qui marque surtout cette période, c’est le succès de la tentative de normalisation de l’extrême droite et la mansuétude des médias qui l’accompagne. Une façade qui permet le rapprochement croissant d’une partie de la bourgeoisie sociale et politique ainsi que du patronat avec l’extrême droite, dans le souci de préserver leurs prébendes, quelle que soit l’issue du scrutin de 2027. Comme toujours, le capital a choisi son camp. Paul Vaillant-Couturier en 1935 le dénonçait déjà : « Les déclarations pacifiques d’Hitler ne font plus illusion qu’à ceux qui veulent s’illusionner ou qui ont d’inavouables intérêts à propager l’illusion. »

Le match est donc mal engagé pour la gauche. Mais, pour la présidentielle, rien ne se passe jamais comme prévu. Souvent le peuple fait dérailler les scénarios trop prévisibles. L’histoire récente nous l’a rappelé. En 2024, c’est une mobilisation large, profonde et unitaire de la gauche et du mouvement social qui avait permis d’empêcher l’extrême droite, arrivée en tête du premier tour des élections législatives anticipées, d’accéder au pouvoir. Au vu des candidatures déclarées, cela prendra un autre chemin pour 2027. Sur le pouvoir d’achat, les services publics, le travail ou le climat, les propositions de la gauche correspondent souvent aux colères et aspirations exprimées par les Français. Mais le chemin politique est pour l’heure obstrué.

Cet été, Fabien Roussel alertait dans « l’Humanité » sur la propriété privée des forêts, l’une des sources de la catastrophe climatique. « L’intérêt du peuple, c’est le bien public », disait déjà Robespierre. C’est toujours la feuille de route des révolutionnaires : mettre en échec ceux qui détournent la colère populaire et préparer l’avenir.

  1.  « Fractures françaises », Ipsos/Cevipof, octobre 2025. ↩︎

 

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