La Gironde
suffoque sous l’imposant brasier qui brûle la forêt. Il consume aussi les
sentiers ombragés, les souvenirs de celles et ceux qui y ont construit une vie,
une biodiversité riche dont il faut s’inquiéter. Les flammes transforment les
pignes de pin en grenades incandescentes. Un simple coup de vent suffit à
ranimer un feu couvant, rendant le combat des pompiers encore plus titanesque.
Et l’incendie lèche maintenant les portes de la
métropole bordelaise. Une fois le
brasier éteint, il ne restera que la nuit, les cendres et ces fumées toxiques
qui hanteront longtemps le paysage.
Aujourd’hui,
nos pensées vont aux plus de 220 000 personnes contraintes à l’exode
climatique, aux sapeurs-pompiers, agents de la sécurité civile, aviateurs,
personnels de l’ONF, aux militaires et aux équipes soignantes qui se battent
sans relâche, sans oublier les agriculteurs mobilisés à leurs côtés. Quand le
feu sera maîtrisé, il faudra tirer les leçons. Et répondre à une
question : pourquoi sommes-nous si prompts à légiférer sous le coup de
l’émotion – pour restreindre les libertés publiques, par exemple –, mais si
réticents à débloquer les crédits pour protéger nos vies et nos forêts ?
Imaginons que
le premier ministre réunisse d’urgence le Parlement pour voter une loi dotant
la France d’une flotte renforcée de Canadair ou accélérant le programme
Frégate-F100 d’aéronefs 100 % français : personne ne s’y opposerait.
Pourtant,
chaque été, nos forêts brûlent et nos forces de sécurité civile nous
alertent : la moitié de la flotte est clouée au sol, faute de moyens pour
la réparer à temps. Et à chaque budget, au milieu de l’hiver, le gouvernement
refuse d’augmenter les crédits. Il se trouve même des cours régionales des
comptes pour demander au département de la Gironde de réduire ses dotations au
service départemental d’incendie et de secours (SDIS)…
Et si, à la
rentrée prochaine, les exploits de nos héros n’étaient pas déjà oubliés ?
Une ou deux polémiques suffisent habituellement à effacer les épisodes
caniculaires. Mais cette fois, tout ne peut plus reprendre comme avant. On ne
peut pas laisser un gouvernement illégitime préparer un budget d’austérité. Si
nous avons su mobiliser des milliards pour sauver les banques en 2008, nous
pouvons mobiliser quelques centaines de millions pour la prévention et la
sécurité des forêts. Il est urgent de ne plus attendre.

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