jeudi 28 mai 2026

« Après Sainte-Soline, l’impunité policière devient une doctrine d’État », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Les faits révélés par Libération et Mediapart sur Sainte-Soline mettent en lumière une réalité incontestable : l’impunité policière, au sens large (police et gendarmerie), est une stratégie. Les vidéos documentent des tirs de grenades illégaux depuis des blindés et identifient leurs auteurs, contrairement aux affirmations des services de l’État. Face à cela, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’entête et justifie.

Cette dérive s’inscrit dans une séquence continue de violences contre les mouvements sociaux depuis les gilets jaunes. Elle se traduit par le silence sur l’affaire Quentin Deranque à Lyon, laissant l’extrême droite dérouler sa fable, ou par l’aveuglement volontaire à Espaly-Saint-Marcel en niant le racisme d’une agression.

Cette brutalité frappe aussi la jeunesse lors des free parties, ciblées par des armes de désencerclement. Plus grave, l’assouplissement légal de l’usage des armes de service multiplie les morts pour refus d’obtempérer. De simples infractions deviennent des condamnations à mort.

Ce régime d’impunité est un choix politique. Privé de majorité et rejeté par l’opinion, l’exécutif n’a plus que la violence pour décourager les mobilisations et protéger les intérêts d’une bourgeoisie séparatiste. Face à une base policière poreuse aux thèses du RN exigeant toujours plus de passe-droits, le gouvernement capitule et s’aligne sur l’agenda de rupture républicaine posé par l’extrême droite. Il troque le consentement démocratique contre une fidélité supposée et accélère la bascule autoritaire.

La surenchère sécuritaire au nom de la lutte contre le narcotrafic relève de l’affabulation. Qui peut penser que l’abandon par le service public de quartiers, de territoires entiers, n’ait pas d’impact sur les questions du vivre-ensemble et de la sécurité ? Pas les Nîmois du quartier de Pissevin, où la fermeture du bureau de poste supprime toute présence institutionnelle pour laisser le terrain aux seuls dealers. C’est pour empêcher cela qu’ils se mobilisent avec leur nouveau maire, le communiste Vincent Bouget. Ils savent que la sécurité, la vraie, exige le retour des guichetiers, des profs, des éducateurs et d’une police de proximité à l’écoute des habitants.

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