dimanche 10 août 2025

« Les sources Contrex et Hépar contaminés par des microplastiques issus de décharges sauvages des usines Nestlé » (Olivier Chartrain)



Des taux effarants de microplastiques ont été relevés dans les forages alimentant les sources Contrex et Hépar. En cause : des décharges sauvages de plastique issues de ses usines, que la multinationale, propriétaire des deux marques, n’a jamais voulu résorber.

Selon les révélations de Mediapart, très forts taux de microplastiques ont été relevés dans les forages alimentant les sources de Contrex et d’Hépar, propriété du groupe Nestlé. 

Non content d’être soupçonné de traiter illégalement les eaux en bouteille qu’il vend sous certaines de ses marques, le groupe Nestlé Waters serait également responsable d’une grave pollution des sols et des eaux dans les Vosges. Celle-ci se retrouverait sous forme de microplastiques à des taux « incommensurables », selon la justice, dans les forages de ses marques Hépar et Contrex.

C’est ce qu’a révélé Mediapart samedi 9 août, en rendant publics certains éléments d’un rapport remis à la justice en janvier par les enquêteurs de l’OFB (Office français de la biodiversité) et les gendarmes de l’Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique).

La multinationale est poursuivie depuis 2021 pour avoir maintenu en l’état quatre sites de décharge sauvage de déchets sur les communes vosgiennes de Contrexéville, Crainvilliers, Saint-Ouen-les-Pareys et They-sous-Montfort. L’ensemble représente un volume de près de 474 000 m³, l’équivalent de 126 piscines olympiques. On y trouve essentiellement des bouteilles en plastique ou en verre, mais aussi d’autres types de déchets dangereux comme des plaques d’amiante.

Si Nestlé Waters France est propriétaire des usines de Vittel et Contrexéville depuis 1992, les stockages sauvages ont commencé dès les années 60. Sa PDG, Sophie Dubois, a d’ailleurs reconnu être au courant de leur existence depuis longtemps : en avril 2021, devant une commission d’enquête parlementaire portant sur la mainmise du privé sur la ressource en eau, elle a déclaré que « les représentants de Nestlé Waters ont bien eu connaissance de ces décharges dès 2014 mais n’en ont informé l’État qu’en 2021 ».

Résultat : après toutes ces années, les matières plastiques ont eu le temps de se dégrader et de contaminer les sols et les eaux. Le rapport rendu en janvier 2025 par le magistrat chargé de l’enquête préliminaire est accablant sur ce point. En comparant les prélèvements effectués sur les différents lieux de stockage, les enquêteurs ont trouvé des taux de microplastiques entre 28 000 et… 9 millions de fois supérieurs à ceux que l’on peut trouver dans la Seine, notamment.

Ils regrettent au passage de n’avoir pu, faute de moyens, procéder aux mêmes analyses concernant les particules de nanoplastiques, encore plus dangereuses car susceptibles de franchir les barrières physiologiques. À cela s’ajoutent au passage des taux d’autres substances (cuivre, cyanure, manganèse, nickel, nitrates, zinc…) « dans des concentrations dix fois supérieures aux valeurs » prescrites par l’Organisation mondiale de la santé.

Version sordide du retour à l’envoyeur : les forages utilisés par Nestlé pour ses marques Hépar et Contrex sont à leur tour contaminés, avec des taux supérieurs de 5 000 à 3 000 fois ceux habituellement relevés dans les nappes phréatiques et les sources. Des concentrations, écrit le magistrat auteur du rapport, « rendant toute vie aquatique impossible et ayant des effets nuisibles sur la santé, la flore et la faune ». En outre, cette « dégradation substantielle de l’environnement » pourrait revêtir un caractère irrémédiable, car les microplastiques se sont « imprégnés et diffusés dans les sols et les réseaux d’eaux souterraines de sorte qu’aucune dépollution n’est envisageable ».

Face à ces données affolantes, Nestlé Waters France reste pourtant droit dans ses bottes, répondant aux questions de Mediapart que « toutes [ses] eaux peuvent être bues en toute sécurité » et qu’« aucune pollution n’est avérée aux termes des analyses environnementales partagées avec les autorités ». Pour affirmer cela, la multinationale joue sur une faille réglementaire : aucune norme sanitaire, en effet, n’existe à ce jour en matière de pollution aux microplastiques ou nanoplastiques, alors que leurs dangers sont désormais avérés.

Un processus est lancé en ce sens au niveau européen mais, comme toujours en la matière, les choses traînent d’autant plus que les lobbies de l’industrie du plastique freinent des quatre fers – tout comme elle pèsent pour que le sommet de Genève sur les pollutions plastiques, qui doit se conclure le 14 août, renonce à limiter la production de plastique, seul moyen de réduire efficacement la présence de ces polluants dans l’environnement.

Pour autant, Nestlé pourrait ne pas s’en tirer à si bon compte cette fois : pour l’affaire des décharges sauvages, la firme doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Nancy du 24 au 28 novembre. Dans son rapport, le magistrat enquêteur estime qu’elle « disposait des moyens financiers, techniques et juridiques pour ne pas commettre ces infractions ou les régulariser dès 2015 ». En dénonçant « l’attitude désinvolte » et le « cynisme » de la multinationale, il appelle de ses vœux « une condamnation dissuasive ».

 

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