Des taux
effarants de microplastiques ont été relevés dans les forages alimentant les
sources Contrex et Hépar. En cause : des décharges sauvages de plastique
issues de ses usines, que la multinationale, propriétaire des deux marques, n’a
jamais voulu résorber.
Selon les révélations de Mediapart, très forts taux de microplastiques ont été relevés dans les forages alimentant les sources de Contrex et d’Hépar, propriété du groupe Nestlé.
Non content
d’être soupçonné de traiter illégalement les eaux en
bouteille qu’il vend sous certaines de ses marques, le groupe Nestlé
Waters serait également responsable d’une grave pollution des sols et des eaux
dans les Vosges. Celle-ci se retrouverait sous forme de microplastiques à des
taux « incommensurables », selon la justice, dans les forages
de ses marques Hépar et Contrex.
C’est ce qu’a révélé Mediapart
samedi 9 août, en rendant publics certains éléments d’un rapport remis à
la justice en janvier par les enquêteurs de l’OFB (Office français de la
biodiversité) et les gendarmes de l’Oclaesp (Office central de lutte contre les
atteintes à l’environnement et à la santé publique).
La
multinationale est poursuivie depuis 2021 pour avoir maintenu en l’état quatre
sites de décharge sauvage de déchets sur les communes vosgiennes de
Contrexéville, Crainvilliers, Saint-Ouen-les-Pareys et They-sous-Montfort.
L’ensemble représente un volume de près de 474 000 m³, l’équivalent de 126
piscines olympiques. On y trouve essentiellement des bouteilles en plastique ou
en verre, mais aussi d’autres types de déchets dangereux comme des plaques
d’amiante.
Si Nestlé Waters
France est propriétaire des usines de Vittel et Contrexéville depuis 1992, les
stockages sauvages ont commencé dès les années 60. Sa PDG, Sophie Dubois, a
d’ailleurs reconnu être au courant de leur existence depuis longtemps : en
avril 2021, devant une commission d’enquête parlementaire portant sur la
mainmise du privé sur la ressource en eau, elle a déclaré que « les
représentants de Nestlé Waters ont bien eu connaissance de ces décharges dès
2014 mais n’en ont informé l’État qu’en 2021 ».
Résultat :
après toutes ces années, les matières plastiques ont eu le temps de se dégrader
et de contaminer les sols et les eaux. Le rapport rendu en janvier 2025 par le
magistrat chargé de l’enquête préliminaire est accablant sur ce point. En
comparant les prélèvements effectués sur les différents lieux de stockage, les
enquêteurs ont trouvé des taux de microplastiques entre 28 000 et…
9 millions de fois supérieurs à ceux que l’on peut trouver dans la Seine,
notamment.
Ils regrettent
au passage de n’avoir pu, faute de moyens, procéder aux mêmes analyses
concernant les particules de nanoplastiques,
encore plus dangereuses car susceptibles de franchir les barrières
physiologiques. À cela s’ajoutent au passage des taux d’autres substances
(cuivre, cyanure, manganèse, nickel, nitrates, zinc…) « dans des
concentrations dix fois supérieures aux valeurs » prescrites par l’Organisation mondiale de la santé.
Version sordide
du retour à l’envoyeur : les forages utilisés par Nestlé pour ses marques
Hépar et Contrex sont à leur tour contaminés, avec des taux supérieurs de
5 000 à 3 000 fois ceux habituellement relevés dans les
nappes phréatiques et les sources. Des concentrations, écrit le magistrat
auteur du rapport, « rendant toute vie aquatique impossible et ayant
des effets nuisibles sur la santé, la flore et la faune ». En outre,
cette « dégradation substantielle de l’environnement »
pourrait revêtir un caractère irrémédiable, car les microplastiques se sont « imprégnés
et diffusés dans les sols et les réseaux d’eaux souterraines de sorte qu’aucune
dépollution n’est envisageable ».
Face à ces
données affolantes, Nestlé Waters France reste pourtant droit dans ses bottes,
répondant aux questions de Mediapart que « toutes [ses] eaux peuvent
être bues en toute sécurité » et qu’« aucune pollution n’est
avérée aux termes des analyses environnementales partagées avec les
autorités ». Pour affirmer cela, la multinationale joue sur une faille
réglementaire : aucune norme sanitaire, en effet, n’existe à ce jour en
matière de pollution aux microplastiques ou nanoplastiques, alors que leurs dangers sont désormais avérés.
Un processus
est lancé en ce sens au niveau européen mais, comme toujours en la matière, les
choses traînent d’autant plus que les lobbies de l’industrie du plastique
freinent des quatre fers – tout comme elle pèsent pour que le sommet de Genève sur les pollutions
plastiques, qui doit se conclure le 14 août, renonce à limiter
la production de plastique, seul moyen de réduire efficacement la présence de
ces polluants dans l’environnement.
Pour autant,
Nestlé pourrait ne pas s’en tirer à si bon compte cette fois : pour
l’affaire des décharges sauvages, la firme doit comparaître devant le tribunal
correctionnel de Nancy du 24 au 28 novembre. Dans son rapport, le
magistrat enquêteur estime qu’elle « disposait des moyens financiers,
techniques et juridiques pour ne pas commettre ces infractions ou les
régulariser dès 2015 ». En dénonçant « l’attitude
désinvolte » et le « cynisme » de la multinationale,
il appelle de ses vœux « une condamnation dissuasive ».

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