Le premier
ministre israélien a convoqué la presse internationale pour expliquer que tout
ce qu’on lui reprochait était faux. Il n’entend pas changer son plan, malgré
les 100 000 manifestants réunis à Tel-Aviv samedi.
Quand une
machine de guerre se met en marche, elle est accompagnée d’une autre machine.
De propagande celle-là. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a
donc décidé de convoquer la presse en deux temps. D’abord, ce dimanche
10 août, en début d’après-midi, les médias étrangers puis, en début de
soirée, israéliens.
Dans son
intervention d’ouverture, sur un ton calme et qu’il voulait didactique, il a
d’abord expliqué que « la vérité est que le Hamas compte des milliers
de terroristes armés à Gaza, et que l’organisation veut répéter les atrocités
du 7 Octobre, encore et encore. Le Hamas asservit les Gazaouis, vole de la
nourriture et tire sur ceux qui tentent de traverser vers des zones sûres. Les
Gazaouis nous supplient (sic), ainsi que le monde entier, de nous libérer et de
libérer Gaza du Hamas. Aucun gouvernement ne permettrait un gouvernement
génocidaire à Gaza, et notre objectif n’est pas d’occuper Gaza, mais de la libérer
des terroristes du Hamas ».
Le décor de la
démonstration étant dressé, Benyamin Netanyahou a expliqué, diaporama à
l’appui, que les « cinq principes pour mettre fin à la guerre »
sont les suivants : « le démantèlement du Hamas », « la
libération des otages », « la démilitarisation de Gaza »,
« le contrôle de la sécurité (du territoire) assuré par Israël »
et, pour terminer, « une administration civile pacifique non
israélienne ».
Pauvre
Netanyahou, qui n’a « d’autre choix que de terminer le travail et de
vaincre définitivement le Hamas ». Et pourtant, le voilà face à une « campagne
mondiale de mensonges » qu’il apparente à ces campagnes « qui
ont précédé les massacres contre le peuple juif ».
Dans sa
démonstration devant la presse internationale, il a ainsi ouvert un chapitre
intitulé « le mensonge des enfants
affamés », utilisant deux photos, dont l’une en titre de
Une du New York Times (qu’il menace de poursuites), pour expliquer qu’il
s’agissait d’enfants malades.
Plus de
60 000 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza. Il y en a sans
doute autant sous les décombres de ce territoire détruit à 80 %, mais,
pour cela, le premier ministre israélien n’a pas eu un mot, préférant dénoncer « les
monstres du Hamas ».
De même, si
l’aide humanitaire ne parvient pas aux Gazaouis, ce n’est pas la faute d’Israël
mais de l’ONU qui, elle aussi, ment. La main sur le cœur, Benyamin Netanyahou a
juré qu’il ne voulait que le bien des Gazaouis, que lui et ses ministres
traitaient pourtant d’« animaux humains » et qu’une bonne
bombe atomique pourrait sans doute régler le problème d’une population
considérée comme partisane du Hamas. Ce qui n’empêche pas le chef du
gouvernement israélien d’affirmer, on l’a vu, que les Gazaouis demandent son
aide.
Humain jusqu’au
bout. Lorsqu’une journaliste lui demande pourquoi la presse internationale n’a
pas accès à la bande de Gaza, il répond sans honte : « Pour votre
propre sécurité. » Et d’ajouter qu’il avait ordonné à l’armée
israélienne ces derniers jours de « faire venir davantage de
journalistes étrangers ». Pour voir quoi exactement ? Des snipers
israéliens comme à la fête foraine face aux milliers de personnes qui, chaque
matin, tentent de trouver de la nourriture ou de l’eau potable ?
Le plan de
Netanyahou, qu’il n’a évidemment pas dévoilé, s’apparente à un nassage de la
population puis un passage au tamis. Il a ainsi montré sur un écran les deux
zones de la bande de Gaza que l’armée israélienne n’a pas encore totalement
investies : la ville de Gaza et la zone, au sud-ouest, appelé Al-Mawasi.
L’ensemble représentant 25 % du territoire palestinien.
Netanyahou
projette l’ouverture d’un corridor sécurisé pour faire passer l’aide depuis
Kerem Shalom (en Israël), l’établissement de nouveaux points de distribution
sous l’égide de la sinistre Gaza Humanitarian Foundation
(GHF) et des parachutages de vivres. Il espère ainsi faire sortir la
population, les regrouper dans un camp puis les expulser. Mais cela, il ne l’a
pas dit.
Habitué
jusque-là à ce que personne ne critique les décisions de son gouvernement,
Benyamin Netanyahou a senti que, depuis l’annonce de la réoccupation totale de
la bande de Gaza, le fossé grandissant entre la politique israélienne et la
communauté internationale devenait abyssal. La question humanitaire, les images
de ces enfants mendiant littéralement de la nourriture et devenant la cible de
tirs de l’armée israélienne et des contractants-mercenaires de la Gaza
Humanitarian Foundation ont choqué le monde entier.
Mais, dans le
même temps, les déclarations offusquées des pays
européens pas plus que des pays arabes ne se sont traduites par des
actes concrets : l’Union européenne n’a pas suspendu son accord
d’association avec Israël et personne ne prend de véritables sanctions
susceptibles de faire plier Netanyahou et d’arrêter sa stratégie génocidaire.
En Israël même,
le premier ministre est devenu une cible pour tous. Ses partenaires d’extrême
droite lui demandent d’en faire plus, d’aller plus loin encore. Le ministre des
Finances, Betsalel Smotrich, suprémaciste juif, menace de claquer la porte de
la coalition et de faire tomber le gouvernement. « Je veux tout Gaza,
le transfert (de sa population – NDLR) et la colonisation », a renchéri
l’autre figure fasciste, Itamar Ben Gvir.
Et puis, il y a
ces Israéliens qui manifestent de plus en plus nombreux, pour qu’un accord
permette la libération de tous ceux qui sont encore détenus dans la bande de
Gaza et qui estiment que cela passe par l’arrêt de la guerre. Ils étaient 100 000 l’autre soir
à Tel-Aviv et un appel à la grève générale a été lancé pour faire
plier le premier ministre. Lors d’une conférence de presse dans la cité, les
membres du Conseil d’octobre des familles ont annoncé la grève pour protester
contre la décision du gouvernement d’occuper la ville de Gaza, « qui
met en danger les otages et les soldats ».
La centrale
syndicale Histadrout refuse néanmoins d’y participer. Le président du groupe
parlementaire Hadash-Taal, le député communiste Ayman Odeh, s’est prononcé en
faveur de la grève, appelant « tous les citoyens d’Israël » à
y participer et affirmant qu’il est impossible de poursuivre la guerre
d’extermination et l’occupation.

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