lundi 7 septembre 2026

« Loi intégrale contre les VSS : se dérober ou pas », l’éditorial de Laurent Mouloud.



L’Assemblée nationale ouvre ce lundi le chantier de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Le début de l’examen des 69 articles en commission spéciale résonne comme une première victoire pour les associations féministes et de protection de l’enfance.

Sans cette pression populaire, jamais ce texte ambitieux n’aurait franchi les portes du Parlement. Il ne faut pas l’oublier au moment où commence la rude bataille autour des amendements et des arbitrages. La reprise de la mobilisation, à laquelle appelle aujourd’hui une large coalition associative et syndicale, est un élément clé. Non seulement pour pousser les députés à préserver la philosophie de la loi. Mais aussi pour la rendre effective en lui donnant des moyens à la hauteur de l’enjeu.

Remise à jour après le meurtre de la jeune Lyhanna, cette proposition de loi intégrale porte une ambition juste : rompre avec les réponses fragmentaires et penser ensemble prévention, protection, justice, réparation. Mais ne nous leurrons pas. Si cette vision large recueille un relatif consensus dans les discours, elle nécessite un vrai basculement budgétaire.

L’État consacre aujourd’hui 12,5 millions d’euros par an à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Une peccadille. Pour mettre en œuvre l’ensemble des mesures, il faudrait trois milliards chaque année. Un chiffrage précis, étayé, inscrit noir sur blanc dans le texte. Droites et macronistes sont-ils prêts à le voter ? Ou multiplieront-ils les manœuvres dilatoires, comme beaucoup le redoutent, se bornant à la dimension répressive du texte, tout en faisant traîner le calendrier parlementaire à l’approche des échéances électorales de l’an prochain ?

Si le camp présidentiel se dérobe, il portera une lourde responsabilité devant toute la nation. À commencer par les 160 000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles et 400 000 femmes cibles de violences en tout genre. Les mentalités patriarcales sont ancrées dans les familles, à l’école, au travail. Au-delà du volet judiciaire, seule une bataille culturelle de longue haleine peut désamorcer cette fabrique sociale des violences. C’est toute l’ambition de ce texte. Nous verrons, dans les prochaines semaines, qui, parmi les parlementaires, est prêt à la soutenir. Et qui est prêt à la trahir.

 

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