Les États-Unis
n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, le traité qui a créé la Cour pénale
internationale (CPI) en 2002. Avec un si lourd passif de guerres illégales et
de violations des droits humains, Washington redoutait sans doute de voir ses
militaires, ses agents et ses responsables politiques traduits devant la
justice internationale. Au cours de son premier mandat, Donald Trump avait tiré une première salve contre cette
juridiction : la CPI avait alors renoncé, sous la menace, à enquêter sur des
actes de torture commis par des militaires états-uniens en Afghanistan.
L’offensive en cours est d’une tout autre ampleur.
La
Maison-Blanche a donné en 2025 le signal de cette nouvelle campagne de
représailles, avec un décret présidentiel autorisant des sanctions contre les
magistrats impliqués dans des enquêtes visant des ressortissants américains ou
ceux d’États alliés comme Israël. Des opérations d’intimidation, de
surveillance et de renseignement sont venues compléter ce dispositif de
coercition digne des hors-la-loi du Far West. Une ligne rouge a encore
été franchie, le 18 août, avec les sanctions prises contre la présidente de la CPI, la Japonaise
Tomoko Akane, et contre le Sénégalais Abdoulaye Seye, substitut du procureur.
Ces attaques
n’ont qu’un but : entraver, étouffer et enterrer l’enquête ouverte pour
crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza, qui a donné lieu à la
délivrance en 2024 d’un mandat d’arrêt contre le premier ministre
israélien, Benyamin Netanyahou. Reconnaissant, celui-ci salue « les efforts résolus de
l’administration Trump contre les abus illégitimes de la CPI », tandis
que le secrétaire d’État Marco Rubio vilipende une institution « politisée »
et « malveillante », dont les enquêtes seraient attentatoires
à la « souveraineté » des États-Unis et de leurs satellites.
Le propos
résonne comme une mauvaise plaisanterie, venant d’un État qui a fait des
changements de régime, des guerres « préventives », des menaces
d’annexion, des sanctions extraterritoriales et des prisons secrètes les
instruments ordinaires de sa politique étrangère, jusqu’au rapt d’un chef
d’État. Les crimes commis par les États-Unis depuis 1945 mériteraient à eux
seuls un tribunal mondial. Las, cet État s’arroge le droit de juger le monde
entier tout en refusant obstinément d’être jugé. L’ardeur que manifestent
aujourd’hui Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans leur croisade contre le
droit international est celle de malfaiteurs en quête d’impunité.

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