L’épouvantail
de la dette publique est ressorti du placard. À écouter l’exécutif qui prépare
le prochain budget, couper dans la dépense relèverait d’une quasi-loi de la
nature face à laquelle toute résistance serait vaine. Dette ne rimerait qu’avec
austérité. Une manière commode d’évacuer
d’emblée tout débat démocratique en présentant au passage ceux qui préconisent
autre chose comme des irresponsables.
Non, sabrer
dans les dépenses sociales ne relève pas d’un ajustement technique, encore
moins d’une gestion responsable : c’est une orientation politique assumée.
Qu’il s’agisse des services publics déjà fragilisés, des collectivités locales,
des solidarités ou des investissements stratégiques, la direction choisie est
claire. Derrière l’affiche du « redressement des finances », le choix
reste d’épargner les plus hauts patrimoines et les revenus du capital et de
mettre les autres à contribution.
Lorsque les
économies visent d’abord les budgets sociaux et les biens communs, ce sont les ménages populaires
et une grande partie des classes moyennes qui en supportent les conséquences. À
quelques encablures de l’élection présidentielle, on sait déjà que le
Rassemblement national va se draper dans une défense de façade du pouvoir
d’achat. L’examen de son travail à l’Assemblée dément pourtant cette posture. À
chaque arbitrage, les députés d’extrême droite ont refusé de mettre à
contribution les grandes fortunes, rejeté la taxation des superprofits et botté
en touche sur la revalorisation des salaires.
Si le RN parle
fort, il évite soigneusement de remettre en cause les mécanismes les plus
favorables aux plus riches. Sa seule stratégie – et il est bien aidé en cela
par la droite et la Macronie – consiste à déplacer le débat vers l’immigration
ou la sécurité. Le résultat est toujours le même : on parle davantage des
plus précaires que de ceux qui concentrent l’essentiel des richesses… Pour le
plus grand bonheur de ces derniers. Le RN, c’est la garantie pour les plus riches de conserver et d’accroître
leurs privilèges. Comme l’a démontré l’historien Johann Chapoutot, les nazis
n’ont pas pris le pouvoir, ils l’ont reçu des élites économiques.

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