Il aura fallu
des milliers de témoignages, des prises de parole de personnalités publiques,
des livres coups de poing et des affaires qui glacent le sang pour que la
représentation nationale daigne enfin regarder l’inceste en
face. Pourtant, les chiffres étaient là. Noir sur blanc.
En 2023,
la Ciivise estimait que 160 000 enfants sont
victimes de violences sexuelles chaque année, dans 80 % des cas au sein même de leur famille. Un enfant toutes les
quatre minutes. Une victime sur cinq seulement déclare avoir saisi la justice,
et à peine 13 % des plaintes aboutissent à une condamnation.
Si la France
commence aujourd’hui à sortir d’un déni coupable, elle ne le doit pas au
pouvoir macroniste, mais aux féministes, aux associations, aux
professionnels de la protection de l’enfance qui ont arraché la parole de
l’inceste au secret et à la honte familiale pour la porter sur la place
publique.
Dans le sillage
de MeToo, des victimes ont osé
parler et transformé leur douleur en combat politique. Le mouvement féministe a compris que la lutte contre
l’inceste était la pierre angulaire du combat contre toutes les formes de
domination. Car le système – juridique, de protection de l’enfance –, lui, a
failli. Failli à protéger. À entendre. À condamner.
Des salles
d’audition pour enfants transformées en débarras, 2 500 officiers de
police judiciaire manquants sur le territoire, des formations annulées faute de
moyens, des procédures qui s’étirent sur cinq ou dix ans… Aucun moyen à la
hauteur n’a véritablement été engagé pour faire de la lutte contre ce tabou
absolu une grande cause nationale. Après la fin des travaux de
la commission d’enquête parlementaire, reste à transformer cette
prise de conscience en actes durables.

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