dimanche 26 avril 2026

« La violence politique au cœur de la démocratie américaine », l’éditorial de Sébastien Crépel.



La présidence de Donald Trump se résumera peut-être, pour les historiens, à un moment de violence exacerbée. Violence qu’elle produit, dans une contemporanéité inédite, aux quatre coins de la planète, à rebours de toutes les promesses de non-interventionnisme : au Yémen, en Somalie, en Syrie, au Venezuela, en Iran, sans compter les menaces sur Cuba ou le Groenland. Aux États-Unis, cette violence prend le visage de la terrible milice ICE.

Violence dont la présidence Trump est le produit, aussi. N’oublions pas que les électeurs ont voté en toute connaissance de cause pour un chef d’État qui a appelé à prendre d’assaut le Congrès états-unien, en 2021, en réponse à sa défaite dans les urnes. La négation de la démocratie se trouve donc paradoxalement à la source de la seconde élection de Donald Trump. Violence que cette présidence subit en retour, enfin, avec la troisième tentative d’assassinat du milliardaire en deux ans – un record –, ce samedi, à Washington, après Butler, en Pennsylvanie, et West Palm Beach, en Floride, en 2024.

Depuis qu’ont résonné les tirs en plein dîner des correspondants de presse de la Maison-Blanche, on s’interroge : comment se fait-il que la violence, qui ne devrait pas avoir sa place en démocratie, s’est trouvée dans le trumpisme une légitimation électorale ?

Cet oxymore, ce mariage contre nature entre démocratie et violence est une marque reconnaissable des fascismes. « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise », disait Bertolt Brecht. La violence appelle la violence : pour intolérable et inexcusable que soit l’attentat contre Donald Trump, qui est aussi un attentat contre le suffrage universel, il est le reflet, le sous-produit de son époque. Celle où la force remplace le droit, conformément au nouveau paradigme en vigueur sous la présidence Trump.

Tant qu’existent des voies démocratiques, la contre-violence demeurera une réponse sans issue à la violence des fascismes aux États-Unis et en Europe, sous peine de hâter leur triomphe avec celui de leurs méthodes. La résolution de la crise dont parle Brecht appelle des moyens démocratiques, pour une fin démocratique.

 

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