mercredi 4 mars 2026

« On ne sécurise pas le monde avec des bombes », la chronique de Patrick Le Hyaric.





Non, la démocratie ne s’exporte pas sur le dos des missiles qui détruisent tout sur leur passage, tuent enfants, femmes, et des innocents.

La puissance des armes, si sophistiquées soient-elles, n’apporte que destruction et mort : destruction du droit, destruction des corps, destruction sociale.

Avec force, détermination, courage et raison, le peuple Iranien a entrepris de se libérer par lui-même des chaînes dépliées par la théocratie qui l’oppriment.

Il ne peut croire à une libération sous un tapis de bombes larguées du ciel en totale violation, une nouvelle fois, du droit international.

Les bombardements ciblés contre des dirigeants aussi affreux et sanguinaires soient – ils ne peuvent que s’apparenter à des exécutions extrajudiciaires et confirment le retour à la loi de la jungle et ne constituent pas un soutien au mouvement populaire en Iran porteur de justice, de liberté, de paix.

Plusieurs vagues insurrectionnelles, celles portant le mot d’ordre « Femme, Vie, Liberté », puis celle de ces dernières semaines, dessinent les contours de conditions prérévolutionnaires que réprime dans le sang le pouvoir des autocrates de Téhéran et que tentent de dévoyer différentes forces occidentales.

Ces mouvements populaires iraniens portent en eux de profondes aspirations à la démocratie.

Or, les terribles expériences récentes d’interventions militaires en Irak, en Libye, en Afghanistan ont engendré l’exact contraire de la progression de la démocratie et de la stabilité. En se retirant, les chars et les bombardiers américains n’ont laissé derrière eux que le chaos et des populations appauvries, en proie aux intégristes fanatiques.

Dans un contexte différent, l’intervention illégale de la coalition « américano-israélienne » en juin dernier a constitué un facteur d’aggravation des conditions de vie des classes populaires iraniennes. Elle a aussi servi de prétexte à une répression accrue et à une militarisation de l’espace politique et social. En ouvrant la voie au durcissement des sanctions américaines, à une pression renforcée sur les exportations pétrolières, sur le système bancaire et financier, elle a provoqué une chute brutale des recettes de l’État iranien. C’est sur ce fond de crise aggravée que se sont développés les récents mouvements populaires, réprimés jusqu’aux exécutions de milliers d’Iraniennes et d’Iraniens de tout âge, sans aucune forme de procès.

Dans ce contexte de gestion capitaliste et prédatrice de l’Iran, minée par des déficits budgétaires, un système s’est installé, fait de corruption massive, de privatisation des flux de devises, de quasi-privatisation des ventes de pétrole. Les flux de pétrodollars captés par des trusts privés et des réseaux para-étatiques volés au bien public, ont nourri des paradis fiscaux au profit de la caste détenant le pouvoir et le système sécuritaire.

C’est de tout cela ; de l’autocratie, de l’idéologie politico-religieuse et d’un système capitaliste prédateur dont veut se libérer le peuple iranien.

Il conteste d’un même pas les politiques d’accumulation par la dépossession du plus grand nombre, les clientélismes politiques, la rente, les privatisations, les contre-réformes néolibérales, et les multiples formes de domination, d’exploitation, d’autoritarisme et d’injustices. Le mouvement, même s’il est traversé de contradictions, notamment sur l’option future, articule donc un combat démocratique contre la théocratie et l’arbitraire, tout en contestant la domination de genre et porte la volonté de libération de tous les groupes constitutifs de la nation, notamment les Kurdes ou les Baloutches.

L’Occident capitaliste sous-direction américaine cherche à déposséder ce mouvement populaire de sa souveraineté pour y imposer son ordre. Preuve que le peuple iranien, dans sa diversité, lui importe peu : le président américain est prêt à désigner lui-même un nouveau dirigeant pour l’Iran. Il compte pour cela exploiter les divisions au sein du régime lui-même et des différences au sein du mouvement populaire. Ceux qui opposent au mouvement « Femme, Vie, Liberté » un régressif « Homme, patrie, prospérité » cherchent à instaurer un régime nationaliste – bonapartiste autoritaire.

En refusant de respecter la souveraineté du peuple Iranien, la coalition « Trump – Netanyahou » ouvre la voie à une guerre civile interne à l’Iran et à un embrasement généralisé au Moyen-Orient avec ses imprévisibles extensions dans le monde et notamment en Europe.

Nous sommes ici face à un crime d’agression internationale* de même nature que celui commis par La Russie contre L’Ukraine, qui avait été condamnée par l’Assemblée générale des Nations Unies au titre de l’article 2 de la Charte de l’ONU (paragraphe 4). Dans ces conditions, la non-dénonciation de cette agression guerrière américo-israélienne dans les mêmes termes que l’agression russe constituerait un nouveau « deux poids – deux mesures ».

La France a envisagé de saisir le conseil de sécurité. Elle doit le faire au plus vite, au nom du principe de « non-recours à la force », inscrit dans le droit international, et faire transposer une résolution contre ce crime d’agression devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Alors que tout le Moyen – Orient subit les feux de l’embrasement, on ne désigne ce dangereux moment dans les chancelleries occidentales et dans la grande presse que sous les vocables de « frappes », « d’attaques », « d’échanges de missiles » en proscrivant les mots « guerre » et « agression ». Comme toujours la guerre militaire voyage avec la guerre des mots pour empêcher toute discussion contradictoire et stériliser toutes velléités d’action populaire contre la guerre.

Il n’y a ici aucune promesse de libération du peuple iranien. Par contre existe le risque d’une partition de l’Iran dans le cadre d’un remodelage complet de la région, incluant le projet du « grand Israël », du découpage de la Syrie, de l’Irak, sans oublier le chaos terrifiant engendré par l’intervention occidentale en Libye. Cette mise à la découpe des États s’inscrit dans le projet des « 1 000 États-citésgouvernées par des investisseurs » sous le contrôle direct de limperium, comme le théorise lentourage de Trump.

Le peuple Iranien et la démocratie sont très loin des préoccupations de la coalition « américano-israélienne » qui dévaste Gaza et organise l’annexion accélérée de la Cisjordanie.

Les buts de guerre développés par le Premier ministre israélien comme par Trump varient en fonction des moments. Tantôt la démocratie en Iran, tantôt les armes balistiques, ou l’enrichissement de l’uranium, alors que quelques heures avant le déclenchement du feu, les négociateurs américains expliquaient que les discussions étaient en bonne voie et que Trump lui-même avait, au mois de juin, affirmé que toutes les « prétendues » installations pour l’enrichissement d’uranium avaient été détruites.

Les buts sont évidemment autres.

Ils ont l’odeur du gaz, la couleur du pétrole et des minerais avec en prime la privatisation du détroit d’Ormuz.

Derrière cette guerre, se poursuit un projet géopolitique nord-américain : contenir La Chine. Après le blocus organisé au Venezuela, il s’agit de pressurer l’économie chinoise qui ne dispose pas de ressources gazières et pétrolières.

Notre combat pour la libération du peuple et des travailleurs iraniens va de pair avec le refus de cette nouvelle guerre impérialiste.

Notre devoir est double : soutenir la dynamique sociale en Iran pour un nouveau régime démocratique, pour la souveraineté pleine et entière des citoyennes et des citoyens, et agir pour la paix et des initiatives de désarmement, dont la dénucléarisation de toute cette région. En effet, comment justifier l’interdiction à l’Iran de posséder l’arme nucléaire quand Israël en dispose ?

L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies doit être saisie d’urgence afin de prendre, avec le Secrétaire général de l’ONU, des initiatives de paix, notamment la construction d’une coalition diplomatique pour l’arrêt des combats, pour le respect du droit et de la construction d’une paix durable au Moyen-Orient, incluant l’application des résolutions des Nations Unies pour la construction de l’État Palestinien.

Prétendre sécuriser le monde par la guerre et le militarisme ne conduira qu’à normaliser l’insécurité généralisée pour les peuples et l’environnement pour au bout du compte sécuriser un nouveau capitalisme et des impérialismes chargés des nuées noires de leurs bouffées de guerre.

Nous, les peuples européens, avons un rôle à jouer pour que les institutions européennes refusent l’alignement guerrier, pour revaloriser le rôle de l’ONU, afin d’empêcher la généralisation d’une guerre sans limite et pour protéger d’urgence le Liban.

On mesure à quel point ce qui se joue à partir de l’Iran dépasse ce grand pays et son peuple valeureux et cultivé. C’est la conception même de la sécurité internationale qui est en question.

Contester la militarisation de nos pays et de nos sociétés devient un acte de résistance civile et de responsabilité démocratique.

Il s’agit de résister à la normalisation de la guerre, de refuser le concept d’escalade préventive souvent fabriquée au gré des intérêts capitalistes nord-américains.

Il s’agit de soutenir les forces démocratiques et sociales agissant en Iran et ailleurs pour la liberté, la justice, la dignité, la défense des droits des femmes. Des objectifs communs aux peuples qui doivent devenir le point commun d’une résistance internationale.

La paix et la construction d’un monde commun sont le grand combat de l’heure.

* Selon la résolution 3314 (article 1.) de l’assemblée générale des Nations Unis : « L’agression internationale est définie… comme l’emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État ou de toute autre manière incompatible avec la charte des Nations Unis »

 

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