La France fut
une voix originale dans le concert des nations, capable de porter un discours
distinct de celui de ses alliés. Cette position, héritière d’une certaine idée
de l’indépendance nationale, s’est progressivement délitée. Sarkozy, Hollande
et maintenant Macron, avec une constance inquiétante, ont fait entrer la France
dans le rang. Plus qu’un alignement, c’est une reddition : celle d’un pays
qui renonce à peser sur le destin du monde pour mieux se soumettre à la loi du
plus fort.
Un cap semble
pourtant avoir été franchi à l’occasion de l’attaque conjointe menée
par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran. Face à une agression contre un État souverain, en
dehors de tout cadre légal ou multilatéral, le représentant permanent de la
France aux Nations unies a inversé les responsabilités en attribuant à l’Iran
l’entière responsabilité de la guerre.
Quant au
président de la République, il s’est contenté d’une réserve prudente, estimant
que les « frappes » ne résoudraient pas les problèmes, tout en
précisant que « la France se tient prête à déployer les moyens
nécessaires à la protection de ses partenaires (…) ». Autrement dit, à
s’engager dans le conflit.
Mais la
véritable réponse politique du chef de l’État est venue lors de son discours depuis l’île
Longue, en Bretagne. Il y a annoncé une
nouvelle posture stratégique nucléaire – « la dissuasion avancée »
–, l’augmentation du nombre de têtes nucléaires dans l’arsenal français, et
la fin de la transparence sur cet arsenal.
Un tournant.
Pour Macron, la guerre n’est plus une éventualité, mais la seule perspective
crédible, l’unique boussole d’un monde livré aux appétits
impérialistes. Exit la paix,
reléguée au rang d’utopie naïve, voire d’irresponsabilité. Place à la loi du
plus fort, à la peur comme instrument de pouvoir, à la course aux armements
comme substitut de politique étrangère. Pourtant, ce n’est pas cette voie que
la France devrait emprunter.
Elle pourrait
incarner une autre ambition : celle du droit contre la force, du
multilatéralisme contre les logiques de blocs, de la désescalade contre
l’emballement guerrier. La France a encore une voix, mais a-t-elle encore
quelque chose à dire ?

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire