Depuis le 28 février, le monde assiste, impuissant et
horrifié, à une nouvelle escalade guerrière menée conjointement par les
États-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran. Les frappes ont semé
la désolation à travers 24 provinces iraniennes : déjà des centaines de morts
en Iran, des centaines de personnes blessées, et des victimes en Israël ainsi
que dans les bases américaines du Golfe.
C’est le bilan provisoire d’une agression dont l’unique
but est de contraindre la soumission d’un peuple souverain aux appétits voraces
de l’impérialisme états-unien, notamment via l’assassinat du guide suprême du
régime, l’ayatollah Ali Khamenei, dans un acte de décapitation politique qui
viole toutes les normes du droit international. Nous assistons au retour du
concept fallacieux de « guerre préventive », comme en Irak en 2003 ou en Libye
en 2011, dont la rhétorique du « Nous avons le droit de nous défendre » est
inchangée. Une seule certitude : son illégalité et le désastre qui en
résultera.
La mort d’Ali Khamenei, au pouvoir depuis trente-sept
ans, marque un tournant brutal. Nul ne pleure ce théocrate sanguinaire,
responsable d’immenses souffrances infligées à son peuple : emprisonnements
massifs, répression sanglante des manifestations et de toute voix
contestataire, négation totale des libertés aux femmes, exécutions sommaires.
Nos pensées vont en cet instant à Narges Mohammadi,
prix Nobel de la paix 2023, toujours emprisonnée, et au souvenir de Mahsa Amini,
assassinée par le régime, dont la mort a déclenché le vaste mouvement « Femme,
vie, liberté », que nous n’avons jamais cessé de soutenir.
Tuer un chef d’État par bombardement n’est cependant
pas un acte de justice, mais un acte de guerre qui ouvre la porte à l’escalade,
aux représailles et à un chaos généralisé.
Ce qui s’est passé n’est pas une « libération »
spontanée du peuple iranien, dont l’avenir ou les aspirations à la liberté et
la démocratie n’ont jamais été le sujet de Trump. C’est une opération militaire
massive et illégale, menée par les États-Unis et par Israël – deux puissances
qui ont elles-mêmes un lourd bilan en matière de violations des droits humains
et d’ingérences sanglantes dans la région (Irak, Gaza, Liban, Syrie…). Elle
laissera des plaies béantes qui nourriront la haine et la rancœur, terreau
d’idéologies terroristes. Cette offensive, baptisée cyniquement « Roaring Lion
», pendant laquelle les fauteurs de guerre osent appeler le peuple iranien à «
reprendre » son pays, n’est rien d’autre qu’une guerre de domination et
d’annexion déguisée.
Trump, ce cow-boy d’un capitalisme sans limites,
promet de « raser » les missiles iraniens et d’anéantir sa marine. Sous
prétexte de « menace existentielle » (programmes nucléaire et balistique iraniens),
Washington et Tel-Aviv ne cherchent qu’à démanteler un État qui n’est pas dans
leur zone d’influence.
Du Nil au golfe Persique, c’est bien la même logique
impérialiste qui est à l’œuvre. Cette guerre est un prolongement direct du
génocide en cours à Gaza, où Israël, avec le soutien inconditionnel des
États-Unis, bombarde impunément un peuple assiégé depuis des décennies,
continue son entreprise d’apartheid et de colonisation en Cisjordanie,
d’annexion de Jérusalem-Est, et de génocide à Gaza. L’Iran va riposter, et
comme toujours, ce sont les populations civiles qui paieront le prix fort. Qui
en profitera vraiment ? Les mêmes qui vendent des armes, qui spéculent sur le
pétrole et qui rêvent d’un Moyen-Orient sous tutelle occidentale.
Quelle hypocrisie des grandes puissances ! Ceux qui
poussaient des cris d’orfraie lorsque Trump a brandi la menace sur le Groenland
tout en applaudissant l’ingérence américaine au Venezuela restent bien
silencieux sur cette nouvelle agression. Ce « deux poids, deux mesures » est
insupportable. Il n’y a pas un « bon » impérialisme lorsqu’il s’attaque à
l’Iran et un « mauvais » lorsqu’il menace les intérêts européens. Il n’y a
qu’un seul et même impérialisme états-unien. Il ne cherche qu’à soumettre par
la voie militaire ou par le déploiement d’ingérence électorale pour s’assurer
d’avoir des dirigeants dociles pouvant être intégrés à la grande alliance
néofascisante qui se réunit désormais sous le label fallacieux de « Conseil de
la paix ».
La France et l’Union européenne, muettes ou
complaisantes, doivent rompre avec cette soumission atlantiste. La France a
certes demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, et condamné
l’escalade militaire au Moyen-Orient. Mais pensons-nous vraiment que cela
suffise ?
Nous assistons à la mort des Nations unies et à
l’enterrement du droit international au profit de la loi du plus fort, et d’un
nouvel affrontement entre hyperpuissances qui ne seront jamais rassasiées dans
leur volonté de domination mondiale. Si nous continuons à laisser Trump et ses
alliés imposer leurs volontés, nous n’aurons plus aucun levier pour sanctionner
des régimes qui violent les droits humains, et Poutine aura un boulevard pour
prolonger sa guerre en Ukraine, comme Erdogan pour écraser le peuple kurde,
comme il en rêve depuis fort longtemps.
Cette guerre n’est pas seulement une tragédie pour
l’Iran, dont le peuple – déjà éprouvé par un pouvoir répressif multipliant les
meurtres et exécutions – paie le prix du sang.
L’embrasement de toute la région ne semble être qu’une
question de jours alors que les frappes iraniennes sur Israël, les Émirats
arabes unis et les bases américaines risquent de conduire à une conflagration
mondiale. Trois soldats américains tués, des civils innocents fauchés à Beit
Shemesh : voilà les fruits empoisonnés d’une politique belliciste qui sert les
intérêts des multinationales de l’armement et du pétrole, au détriment des
peuples.
Face à cette nouvelle escalade impérialiste, nous
devons réaffirmer notre opposition à la guerre et notre solidarité avec les
peuples opprimés, qu’ils soient iraniens, palestiniens, libanais ou yéménites.
La vraie espérance, c’est celle d’une transition démocratique interne, portée
par les Iraniens eux-mêmes – les femmes, les jeunes, les ouvriers et ouvrières,
les syndicalistes – et non par des bombes larguées depuis des F-35 ou des
drones Reaper.
Pour l’Iran, nous ne souhaitons ni la survie du régime
des mollahs ou de leurs successeurs cléricaux autoproclamés, ni le retour du
chah ou d’une monarchie restaurée sous Reza Pahlavi. Ces options, qu’elles
soient théocratiques ou monarchiques, sont rejetées par celles ceux qui luttent
pour un Iran libre, laïque et vraiment démocratique, sans tutelle extérieure ni
nostalgie d’un passé autoritaire.

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