lundi 10 août 2026

« Les macronistes font le jeu de l’extrême droite », l’éditorial de Maurice Ulrich.



En campagne présidentielle, l’ancien premier ministre Gabriel Attal est d’une certaine manière un indicateur de tendance. De jour en jour, ses choix et ses déclarations le marquent à droite, et même à l’extrême droite. Quitte à instrumentaliser pour cela, d’une manière indigne et bien peu républicaine, les gens du voyage.

Ou plus largement en en rajoutant, après l’épisode de Ceuta, sur le « défi migratoire », mais aussi en durcissant les dispositions sécuritaires pour les plus jeunes, etc. « Tu sais, on s’adapte », aurait-il dit à une ministre proche. Sans doute. L’opportunisme a ses raisons, mais surtout ce qui est en jeu, c’est un changement profond et sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Depuis les dernières élections législatives, qui avaient vu ce qu’on appelle le Front républicain faire face au RN, au profit de la gauche, les élus macronistes n’ont cessé d’agir, c’est bien le cas de le dire, à front renversé. Écologie, sécurité, taxation des plus riches, augmentation des salaires, immigration et jusqu’à la réélection de la présidente de l’Assemblée nationale contre le communiste André Chassaigne, leurs voix n’ont cessé de se mêler aux voix de la droite, souvent avec le soutien de l’extrême droite.

C’est peu de dire que cette dernière est devenue fréquentable. Pour les milieux dirigeants comme pour le grand patronat, son arrivée au pouvoir est désormais une hypothèse parfaitement crédible et acceptable. Mais ce n’est pas seulement une affaire franco-française. Il s’agit d’une lame de fond, déterminée et consciente, portée par les hyper-milliardaires de la tech comme Elon Musk, Peter Thiel, par Donald Tump et les nouveaux dirigeants élus dans les pays d’Amérique latine, par la progression continue des extrêmes droites en Europe.

Le capitalisme, depuis le milieu du siècle dernier, composait avec la démocratie libérale ou, du moins, semblait s’en accommoder. Il a besoin aujourd’hui, dans une course au profit devenue folle et une compétition mondiale effrénée, de s’affranchir des règles qu’avec leurs limites ces démocraties ont imposées jusqu’alors. C’est là que pour le capital les extrêmes droites ont leur rôle à jouer.

 

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