mercredi 8 juillet 2026

« Marine Le Pen condamnée et en campagne, un boulet au pied », l’éditorial de Maud Vergnol.



Imagine-t-on une candidate à la fonction suprême faire campagne fraîchement condamnée en appel ? Ce sera une première dans l’histoire de la Ve République. Une première qui dit quelque chose de l’état de notre démocratie. En choisissant de se pourvoir en cassation, Marine Le Pen a donc choisi d’enjamber la case prison (en l’occurrence le port du bracelet électronique) pour se lancer pour la 4 e fois à l’assaut de l’Élysée.

La délinquante en col blanc part cette fois lestée d’un sacré boulet au pied. L’arrêt rendu par la Cour d’appel, bien plus clément que les cinq ans d’inéligibilité réclamés par le parquet général, complique désormais le récit de « l’acharnement du système » à l’encontre de ces oies blanches que seraient les dirigeants du Rn.

Le parti d’extrême droite a dû réécrire à la hâte le récit qu’il avait commencé à installer : celui d’une candidate « naturelle » empêchée par un « système » judiciaire hostile et autres « juges rouges », que le RN avait jetés en pâture après le jugement de première instance en mars 2025, encourageant des campagnes de harcèlement d’une violence inédite contre des magistrats. Lors de son passage à TF1, la candidate aux mains sales a forcé le trait d’une stature présidentielle apaisée. Marine Le Pen a visiblement jugé plus supportable le boulet de la condamnation que de regarder, depuis les gradins, l’ascension d’un successeur susceptible de lui échapper. 

Jordan Bardella aurait sans doute été un adversaire moins redoutable. Ses récentes prises de position en faveur d’un report de l’âge légal de départ à la retraite, ses déclarations d’amour au grand patronat, son idylle avec une descendante bling-bling des rois de France, auraient pu détourner une partie de l’électorat populaire du RN.

Le programme reste le même, les dangers qu’il représente intacts, et les difficultés de l’adversaire ne font jamais, à elles seules, les victoires de demain. D’autant que la stratégie de la cassation a un autre mérite pour la candidate d’extrême droite : continuer de saturer l’espace médiatique avec ce feuilleton judiciaire interminable.

 

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« Marine Le Pen condamnée et en campagne, un boulet au pied », l’éditorial de Maud Vergnol.

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