L’été revient avec son cortège de cartes postales, de plages bondées et de
départs sur les routes. Mais derrière cette image familière se cache une
réalité plus brutale : partir en vacances avec Bison futé demeure, pour
des millions de nos concitoyens, un privilège plutôt qu’un droit.
Selon l’Observatoire des inégalités, en France, en 2024, près de quatre
personnes sur dix ne partent pas chaque année.
Il fut pourtant un temps où les vacances incarnaient une conquête sociale. En 1936, avec les congés
payés, le Front populaire ne se contentait
pas d’accorder deux semaines de repos aux salariés. Il affirmait une idée
révolutionnaire : le temps libéré appartient aussi au monde du travail.
Les vacances devenaient un espace d’émancipation, de découverte, de culture, de
rencontres.
Cette ambition s’est prolongée avec le développement des colonies de vacances, des centres de loisirs, des villages de vacances
associatifs, des comités d’entreprise ou encore des politiques publiques portées
par les collectivités dont les élus communistes furent précurseurs et
avant-gardistes. Des générations d’enfants ont découvert la mer, la montagne ou
la campagne grâce à ces dispositifs. Pour beaucoup, ces séjours furent le
premier voyage, la première nuit loin de chez eux, parfois la première occasion
de croire que le monde leur appartenait aussi.
Aujourd’hui, ce modèle est fragilisé. Les colonies de vacances accueillent beaucoup moins
d’enfants qu’autrefois. Les difficultés financières des familles s’ajoutent à
celles des collectivités. La décision récente de la région Île-de-France de se désengager, sans solution
alternative à ce jour, du centre de vacances de Cancale, en Bretagne, illustre cette réalité.
Un engagement précieux
Heureusement, des acteurs refusent
cette résignation. C’est le cas
de nombre d’acteurs de l’économie sociale et solidaire qui font vivre cet
héritage avec leurs structures d’accueil solidaire. C’est aussi le Secours
populaire, avec sa Journée des oubliés des vacances, qui rappelle chaque été
que le droit aux vacances ne peut dépendre du niveau de revenus. Des milliers
de bénévoles permettent à des enfants et à des familles de connaître, parfois
pour la première fois, la joie d’une journée au bord de la mer ou d’un séjour
loin des difficultés du quotidien. Les sections du PCF organisent elles aussi
des journées à la mer, permettant de faire découvrir ce plaisir à des enfants
de leurs villes. Leur engagement est précieux.
Les caisses d’allocations familiales continuent d’accompagner de nombreuses
familles grâce aux aides aux vacances. Ces dispositifs demeurent essentiels.
Pourtant, ils sont souvent insuffisants face à l’augmentation du coût des
transports, des hébergements et des loisirs. Quand le pouvoir d’achat recule,
les vacances deviennent la première variable d’ajustement des budgets
familiaux.
À cela s’ajoute un défi nouveau : le dérèglement climatique. Les
canicules se multiplient et frappent d’abord les plus
modestes, ceux qui vivent dans des logements
mal isolés, sans jardin, sans possibilité de quitter les villes suffocantes.
Les vacances ne sont plus seulement un moment de détente ; elles
deviennent aussi un enjeu de santé publique. Pouvoir respirer un air plus
frais, accéder à la nature, offrir quelques semaines de répit aux plus
vulnérables est désormais une nécessité et doit devenir un droit !
Garantir à chacun le droit au repos, au voyage, à la découverte et à la
beauté, c’est prolonger l’esprit de 1936. C’est considérer que l’émancipation
ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise ou de l’école.

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