Tribune
Il faut en
revenir au constat des contours actuels de l’antisémitisme. Au lieu de
combattre le racisme et ses réalités, la loi proposée par la députée
Caroline Yadan (Renaissance) vise en fait à faire taire toute critique
d’Israël.
L’Assemblée
nationale doit débattre d’un projet de loi destiné à réprimer l’expression de
l’antisémitisme, et surtout à faire taire toute critique de la politique
israélienne. Une pétition rejetant
cette tentative a déjà recueilli plus de 600 000 signatures. Quiconque lit chaque année le rapport de la
Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) consacré à la
lutte contre le racisme et l’antisémitisme le sait : le premier quart de
notre siècle a connu des poussées de chacun de ces deux poisons.
Trois
thermomètres permettent de mieux évaluer l’évolution de l’antisémitisme selon
les deux derniers rapports de la CNCDH.
Le premier est
heureux : il souligne la marginalisation de sa dimension idéologique. Les
juifs sont-ils des Français comme les autres ? La réponse positive est
passée du tiers des sondés en 1946 à 89 % en 2025, « une proportion
supérieure de 11 points à celle observée pour les musulmans, de 30 points à
celle pour les Roms ».
Le second
relève un aspect plus préoccupant : les préjugés. La CNCDH précise : « Il
y a des stéréotypes anciens, spécifiques aux juifs, et reflet de leur longue
histoire, qui résistent voire progressent, dans un contexte de crise favorable
aux thèses complotistes leur prêtant une influence démesurée. Dans la lignée
conspirationniste des Protocoles des Sages de Sion, le célèbre faux forgé par
la police du tsar, persiste l’idée selon laquelle les juifs auraient un pouvoir
excessif. (…) Surtout, le préjugé autour de la « double allégeance »
progresse fortement : 36 % des personnes interrogées estiment que,
« pour les Français juifs, Israël compte plus que la France ». »
En revanche, l’idée que « les juifs ont un rapport particulier à
l’argent », reste stable.
Seuls 13 %
des sondés pensent qu’on l’on « parle trop de l’extermination des juifs
pendant la Seconde Guerre mondiale », soit le plus bas niveau
enregistré dans le baromètre depuis que la question a été posée pour la
première fois en 2013. Ce sentiment d’une présence trop grande de la Shoah dans
les discours publics est plus répandu chez les personnes proches du RN ou chez
les personnes se disant « plutôt racistes » (22 %), mais,
même au sein de ces catégories, il reste nettement minoritaire. Ce sentiment
est en léger recul, partagé par 14 % de l’échantillon (contre 17 % en
2019).
Le troisième
thermomètre, c’est celui des violences racistes dont la CNCDH suit l’évolution,
notamment à partir des statistiques recensées par la Direction nationale du
renseignement territorial (DNRT) et de celles des associations spécialisées. La
DNRT, contrairement à ses prédécesseurs, ne distingue plus « actions »
et « menaces », mais désormais « atteintes aux
personnes » (60 %) et « atteintes aux biens »
(40 %) à condition qu’elles aient « donné lieu à un dépôt de
plainte ou à une intervention de police ».
Si les chiffres
des violences racistes explosent au début de notre siècle, du fait de la
Seconde Intifada et de sa répression, passant de 202 actes recensés en 1999 à
903 en 2000, ils s’aggravent ensuite irrégulièrement, avec un pic en 2023
(3 139 actes). L’islam subit un rejet nettement plus fort. Seuls 32 %
des sondés en ont une opinion « positive » contre 30 % « négative ».
Les sondés sont 46 % à considérer que « l’islam est une menace
pour l’identité de la France ». Un fait majeur renforce l’inquiétude
des Français juifs : l’assassinat de 18 juifs en tant que tels depuis
2000.

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