mardi 14 avril 2026

« Quand la noblesse adoube Jordan Bardella », l’éditorial de Sébastien Crépel.



L’amour est un oiseau rebelle, chante Carmen. Il vole là où son cœur l’entraîne, ne nous en déplaise. Il n’appartient à personne de juger l’idylle sentimentale entre Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Si ces deux-là s’aiment, c’est leur affaire, pas la nôtre.

Autre chose est de s’interroger sur ce qui a conduit à se rapprocher deux mondes que l’on nous décrit comme si dissemblables, entre une fille de la noblesse multimillionnaire, appartenant à la lignée des Bourbon qui a gouverné la France pendant plus de deux siècles, et le fils de famille modeste né et élevé en Seine-Saint-Denis. Sauf à croire aux contes de fées, cela n’arrive jamais.

Dans la réalité, les princesses restent dans leur monde, qui n’est pas celui du petit peuple. L’aristocratie veille au grain, l’entre-soi y est un art transmis de génération en génération. Sinon, il y aurait belle lurette que ses titres et ses blasons auraient disparu. Dans cet univers, les intérêts du patrimoine façonnent encore les unions.

L’étudiante au train de vie fastueux ne s’est pas liée à un communiste projetant de mettre à bas les privilèges du sang et de la fortune : si tel était le cas, nul doute que sa famille s’y serait farouchement opposé.

Non, l’héritière d’un pactole familial estimé à une centaine de millions d’euros, fait d’un trust offshore, de résidences de grand luxe à Monaco, Paris et Rome et d’un château faramineux à Saint-Tropez, a rencontré le leader d’un parti d’extrême droite qui brigue le pouvoir dans l’ancienne plus grande monarchie d’Europe. Voilà la vérité crue. Quelle revanche si cela se concrétisait au pays de la Révolution ! Le reste n’est qu’une fable.

Passé des cités de Drancy au service du clan Le Pen, châtelains à Saint-Cloud, Jordan Bardella n’a pu rencontrer Maria de Bourbon que parce qu’ils fréquentent le même monde d’ultraprivilégiés dont il faut partager les valeurs pour y être admis.

Cette oligarchie au sang bleu reconnaît le président du RN comme l’un des siens. « Nul ne peut servir deux maîtres, est-il écrit dans l’Évangile selon Matthieu, car il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » En se posant comme défenseur des travailleurs, le transfuge Bardella est aussi un imposteur.

 

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