vendredi 13 février 2026

« Messianisme(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.



Mortifère « La colonisation au nom du Messie » : ainsi titrait en une le journal la Croix, cette semaine, pour évoquer l’expansion sans fin de la colonisation en Cisjordanie, précisant : « En Israël, les sionistes extrémistes s’appuient sur des prétextes religieux pour justifier leur expansion territoriale. » Accusera-t-on le groupe Bayard et la congrégation des Augustins de l’Assomption, actionnaire principal, d’antisémitisme ?

Dans un silence médiatique mondial assez assourdissant, la situation des Palestiniens est passée au second rang, au mieux. Gaza, toujours martyrisée. Et la Cisjordanie, encore et encore sous le joug des fanatiques. Dans un éditorial cinglant, que le bloc-noteur ne renierait pas, la Croix précise que « la tentation d’habiller de foi religieuse l’hubris de la guerre est loin d’être nouvelle », rappelant les siècles passés peu glorieux de notre histoire humaine, citant cette actualité mortifère : « Le phénomène touche encore tous les continents et toutes les religions. C’est le cas du messianisme des colons israéliens, mais aussi des tentations trumpistes de légitimer la violence en se dépeignant comme tenants d’un ordre instauré par Dieu, ou encore de la rhétorique poutinienne justifiant l’invasion de l’Ukraine, ou de l’appel à une « guerre des civilisations » par Éric Zemmour au nom d’un christianisme synonyme, pour lui, de défense de l’Occident. »

La colonisation meurtrière de la Cisjordanie, au nom de Dieu…

Lâche Souvenons-nous de ce « rappel indispensable de l’incompatibilité entre la frénésie et la fureur de la guerre et la foi des croyants ». Ainsi, nommons les choses par leur nom. Ce qui se déroule en Cisjordanie n’est pas un « conflit », ni une « dispute territoriale complexe », ni un « malentendu millénaire » entre deux peuples. Il s’agit d’une colonisation brutale, idéologique, raciale et religieuse, menée par un État qui a décidé que le droit international était optionnel et que Dieu pouvait servir de notaire.

La Cisjordanie n’est pas uniquement occupée : elle est dévorée. Lentement, méthodiquement, cyniquement. Colonie après colonie, colline après colline, olivier après olivier. Une entreprise de prédation qui avance sous protection militaire, financée par l’État israélien, justifiée par un messianisme délirant et bénie par une communauté internationale lâche jusqu’à l’indécence. Un projet politique clair : rendre impossible toute existence palestinienne viable. Transformer un peuple en variable d’ajustement géopolitique… puis feindre l’étonnement quand il résiste.

Mascarade De fait, les colons israéliens sont l’avant-garde d’un projet d’extrême droite théologico-nationaliste, persuadée que la Bible autorise le vol, l’humiliation, la violence et le meurtre. Ils cassent des crânes au nom de Dieu, incendient des villages au nom de la promesse, tirent sur des civils au nom de la rédemption. Et quand ils tuent, l’impunité est quasi totale. Voilà la vérité nue. Cette religion-là est une contrefaçon. Un simulacre de foi transformé en idéologie suprémaciste, où l’élection divine sert à hiérarchiser les vies humaines. Où le Palestinien n’est plus un voisin, ni même un ennemi, mais un intrus métaphysique.

On ne négocie pas avec un intrus : on l’efface. Pendant ce temps-là, l’État israélien joue la comédie, condamne vaguement « les violences de colons » comme on s’excuse d’un dégât collatéral, tout en armant, protégeant et légalisant leur présence. Il parle de démocratie pendant qu’il administre un régime de ségrégation territoriale. Il invoque l’histoire tragique du peuple juif – réelle, immense, indiscutable – pour justifier une injustice. Et, procédé odieux, la mémoire devient un bouclier moral contre toute possibilité de critique. Quant à ce que nous nommons encore « l’Occident », il applaudit ou détourne les yeux, selon les cas. Les États-Unis arrosent de milliards, l’Europe publie des communiqués creux, la France soupire et passe à autre chose. Hypocrisie structurelle.

On proclame l’illégalité des colonies tout en commerçant avec elles, on défend le droit tout en acceptant sa violation permanente. Mascarade. La colonisation n’est pas une dérive, mais une stratégie. Le messianisme n’est pas une excentricité, mais un carburant politique. Et la religion, ainsi instrumentalisée, devient l’une des formes les plus obscènes du pouvoir – parce qu’elle prétend être incontestable. Comment construire un à-venir juste sur une terre volée, surtout au nom de Dieu ?

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