mardi 10 février 2026

« LE DIEU DE TRUMP », l’éditorial de Maurice Ulrich.



« God bless America ». Que Dieu bénisse l’Amérique. Les mots n’ont pas le même sens selon qui les prononce. « Dieu est fier de moi », assurait Donald Trump il y a trois semaines dans le discours sur sa première année de second mandat. On ignore comment il le sait.

Jeudi dernier, alors qu’il participait à un « petit déjeuner de prière nationale », en présence de nombreux invités, il a annoncé l’organisation en mai à Washington d’un grand rassemblement de prière pour « consacrer à nouveau l’Amérique à Dieu ». Il a déclaré qu’il avait « plus fait pour la religion que n’importe quel autre président » et « je ne sais pas comment quelqu’un de croyant peut voter démocrate ».

Le Dieu de Trump bénit l’extrême droite, les suprémacistes blancs, la chasse aux migrants, les meurtres à Minneapolis de Renée Good et Alex Pretti par les flics-gangsters de l’ICE. Le Dieu de Trump bénit Epstein, ses amis, son île et son avion, le Lolita Express, mais a-t-il entendu les prières des victimes ? Dieu a-t-il inspiré la publication sur son compte Truth Social d’une vidéo de Michelle et Barack Obama en singes ?

God bless America. Ce sont les mots à la fin de son show à la mi-temps du Super Bowl du chanteur portoricain Bad Bunny, rejoint par Lady Gaga, avant qu’il énumère les noms de tous les pays d’Amérique, avec le Canada et les États-Unis en queue de liste.

Derrière lui, cent millions de téléspectateurs ont pu lire sur un ballon « ensemble nous sommes l’Amérique » et sur un écran « la seule chose qui est plus forte que la haine est l’amour ». Quelques jours auparavant, le chanteur, recevant un trophée à la cérémonie des Grammy Awards, avait appelé au démantèlement de l’ICE.

Donald Trump a vu « un spectacle absolument horrible, l’un des pires de tous les temps, un affront à la grandeur de l’Amérique ». God bless America. Des manifestations de Minneapolis au concert acclamé du Super Bowl, même sans y croire, on peut tout de même penser que le Dieu de Trump n’est pas le bon Dieu.

 

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